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LES NOUVELLISTES

Les meilleures el les plus fraîches nouvelles de Paris nous viennent encore de l'étranger. Ce ne sont plus, par exemple^ comme au xvni* siècle, des seigneurs allemands ou russes qui entretiennent à grands frais chez nous des écouteurs aux portes. A cette époque, le métier de correspondant n'avait rien que de facile et d'agiéable; une fois par semaine seulement, on saisissait la

plume et Ton écrivait : a Voici, Prince, la nouvelle qui bouleverse Paris en ce moment. Le sieur 0**% architecte^ avait depuis longtemps promis à une danseuse de lui bâtir un bôtel; il vient de lui en envoyer un de pain d'épice, où rien ne manque^ pas même les garçons frotteurs. »

Aujourd'hui ce sont les journaux et les revues qui se sont emparés du rôle des princes; et rien ne saurait être comparé à leur exigence. Les anciens correspondants auraient beau voir avec eux. Où M. le baron Grimm prendrait-il le loisir de se faire accommoder à Toiseau royal? Quand La Harpe trouverait-ii une heure pour rimer une scène de tragédie? Le journal étranger veut que sontorrespondantlui appartienned'use manière exclusive et n'ait d'a^utre souci que celui de la chasse aux nouvelles. 11 faut que Leipsick, Bruxelles, Sa int-Pctersbourg, Bcr-

lin et Londres soient mieui et plus vite in> foiinés que Paris. Aussi y a-t-il des eorrespondants que l'on voit sans cesse en communication avecdes somnambulcsextra-lncidi s pour leur arracher les secrets du lendemain et les faits divers de la semaine prochaine.

Dans de certains journaux^ tels que Vindépendance belge j ils sont trois^ ils sont quatre qui^ chaque jour, fonctionnent avec la foudroyante rapidité du télëg que. Ils connaissent tout comme Tancien Solitaire de M. d'Arlinconrt.

Qu'un ministre ait l'intention de donner un bal, ils savent avant lui l'heure et le jour de ce bal, le chiffre des lettres d'invitation^ )e nombre des lustres et des bougies^ les titres des valses que Strauss doit conduire. Ils nMnventent pas, ils font mieux: ils devinent. Dans les dernières années du parlemcntal'isnie, le gouvernement français se servait

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t et disent tout, V * ^o '

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104 FIGUKI.NKS PAKISIËNNËS.

des journaux étrangers pour sonder Topi-nion publique ; tantôt il y laissait entrevoir la possibililë d'un changement de ministère, tantôt il y faisait annoncer une taxe nouvelle ; puis^ il confirmait où il démentait^ selon l'efiet produit. Le gouvernement es- .sayait sa politique sur les cori^spondants.

Les correspondants d'aujourd'hui n'ont de commun avec les conespondants d'autrefois que l'esprit et l'indiscrétion. Quant aux vastes questions de philosophie et de dogme, elles sont à présent délaissées par eux : ils ne se préoccupent plus tant dVcraser Vinfâme, Grimm, une ibis le courrier partie écrit des feuilletons de musique pour le Siècle ; on l'a même surpris aiguisant des pointes de couplets sur la meule du Palais-Royal (1). La Harpe est un ancie

( I ) M . J ulcfi Lcconi te .

secrétaire du théâtre de la Porte-SahU-Martiii (1). Fréron, abrité derrière un morceau de verre devenu fameux dans les annales de la myopie^ continue à donner les plus belles espérances dramatiques {%), Depuis un nombre illimité d'années^ le Courrier de l'Europe, qui se publie à Lon- * dres, est justement renommé pour la verve et la bonne allure de ses chroniques parisiennes. L'annonce d'un procès que le directeur de la Revue des Deux-Mondes se propose d'intenter à M. Philarète Chastes^ nous a dernièrement appris que cet aimable savant est le correspondant assidu et malin d'une publication moscovite. Nous citerions bien d'autres écrivains, si noire mémoire ne . nous faisait pas défaut, qui ouvrent également au delà de la frontière leurs mains

(i) M. Villemot.

(2) M. Paul Foucher.

106 FIGURINES PABISIGNNES.

pleines de vérités, et s'empressent de couQer aux roseaux de la Yîstule et du Rbin le secret des oreilles du roi Midas.

11 n*y a pas jusqu*à la province qui ne s'avise d'imiter l'étranger dans la manie luxueuse des correspondants. Jotit marqms veut avoir des pages, a dit La Fontaine.

Rouen a M. Vergniaud, un des journalistes les plus entendus qui existent; Bordeaux a M. de Saint-€héron. Ce n'est pas là, croyonsnous, le moyen d'arriver bien vite à cette décentralisation politique et littéraire qu'appellent sans relâche les ambitions départementales ; mais c'est le moyen de se procurer des abonnés et des lecteurs

Depuis Métra, l'orateur en plein air, et depuis les rédacteurs des Mémoires secrets^ la race des nouvellistes n'a fait que s'accroi- Ire en France. Les collectionneurs à venir U-ouveronl dans lcî> cinquante années qui

FIGURINES PARISIEM^ES. iOl

vieoneut de s'écouler un énorme amas de matéiiaux. Rëpétons4e bien^ rëpëtons-le souvent, afin de ne pas nous laisser gagner par le dire des vieilles gens qui cfaei*ehent à chagriner tout le monde : comme esprit^ comme bonne humeur^ comme imagination, comme originalité , comme anecdotes , comme peinture de mœurs, nos journaux ont dépassé le xviii'' siècle; ils ont été plus audacieux et aussi vrais que ses vo^ lûmes clandestins. Celui qui dépouillera un jom* le Figaro, le Charivari, le Corsaire, avec intelligeùce et dans mî ordre chronologique indispensable» datant ses réflexions d'un point de vUe élevé> iious rendra la vraie phystonomiie de ce demi-siècle.

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