LE (I NOUVEAU
Voilà trois ou quatre jours que « Fil-de-Fer », âgé de neuf ans, fréquente l'Ecole Communale.
A l'heure de la récréation des camarades de sa classe l'entourent et l'interrogent, car il est le « Nouveau ».
— « Ton Père ? Comment qu'il est ton Père ? » « Fil-de-Fer » (triple menteur) ne veut, par fierté,
donner la clef de la situation perpétuellement troublée entre les rudes Adversaires.
— « Mon Père ? Oh ! il est grand, beau et fort... il fait de la « bosque », il me l'apprend... c'e^t un Anglais. »
— « Alors, toi aussi t'es Anglais ? »
— « Je ne sais pas ! répond « Fil ».
— « Hé ! « sale Angliche »! Quéqu' tu viens faire en France ? »
— « C'est ma Mère qui m'a amené, et puis aussi mon Père... »
— « On r voit jamais... jamais y vient t'prendre à quatre heures... »
— « Ah ! ben pas encore... en c' moment y voyage, mais y va r' venir, vous 1' verrez. »
Inventions laborieuses détruites, au même instant, par un malveillant petit voyou :
— « C'est pas vrai... y n'a qu' sa Mère... son Père, y n'en a pas. La preuve, c'est qu' sa Mère vient r cîiercher à la sortie... même qu'EUe lui fout des bâfïes... ose dire qu'EUe ne t'a pas mis la beigne, hier... Voui, sale « Angliche », s'il avait un Père y viendrait aussi. »
Alors, convaincus qu'il est sans appui et partant sans force dans la Vie, tous de crier, de se moquer et de houspiller « Fil-de-Fer », comme le ferait une bande de moineaux poursuivant un canari échappé de sa volière.
« Fil-de-Fer » « bosque » du mieux qu'il peut, mais il a le sentiment de son infériorité vis-à-vis des autres qui ont chacun un Père, si ce n'est plusieurs, et le « sale Angliche » qu'il est, reçoit plus de gnons qu'il n'en donne.