LETTRE A M"^ MARIE LEMERCIER
collègues avides et hypocondrcs pendant toute la chaude journée équatoriale I II est là ! lui ! mais c'est une fête que d'être de ser\âcel Moi, je suis bourru, Breton insociable, paysan ; Decize est arrogant, silencieux : quoi ! le souverain orgueil du nom ! Je ris 1 brocanté au mirobolant bazar de la rue de Siam, le nom, oui ! C'était intenable ! Tu n'as pas besoin d'études spéciales pour déterminer les positions, il t'est facile de reconnaître sans le Barème des Calculs nautiques que c'est avec passion que j'ai ralingue le collègue l'autre fois à Venise. J'ai commencé à être heureux ! Ah ! quel abordage, Mimi 1 Par les gros temps, on dit que la lame mate l'embarcation tu sais quand... eh bien ! j'ai dressé de Cyze sur sa poupe. Il y a là de l'inexprimable que sœurette, dans son New- York, peut élucider si elle s'en donne la peine. Hommes du bord, faites tirer les vingt et un coups de canon du Président, et hissez le pavillon avec ses initiales en or sur le blanc. Y a bon ! Allons, Mimi ! allège tes mélancolies, chasse l'humeur chagrine et que l'image brillante, mais houleuse de mon duel vénitien, ne te rende pas morose puisqu'il m'a conduit à une telle félicité. Il me reste à établir quelle est la sale bête piteuse, ou la femelle vénéneuse, qui s'est donné la joie de t'annoncer cette (au fond infiniment comique) tragédie, qu'elle s'attende à un coup d'aviron sur la tête par sondage de vingt mètres sur fond vaseux. Maintenant, ouvre l'œil au bossoir, je vire de bord !
Oh ! Mimi ! je me suis adjoint une montre volée I comment ! mes galons ont couvert cette marchandise 1 Oh 1 Mimi 1 rougissons 1 telles sous l'influence de la chaleur solaire les fraises de Plougastel dont mère t'a envoyé à Venise des confitures pour moi ! Rougissons, Mimi I Par quelles observations j'ai acquis cette donnée comme certaine, je te le dirai dans un temps à déterminer. De la méthode, Mimi ! et de la clarté I Oh 1 ce n'est pas au Signor Baldo que j'attribue un rôle douteux ! sans Tavoir
étudié de près, je l'évalue comme un satellite dont la trajectoire s'effectue autour des milieux ambiants des coulisses. Baldo 1 c'est, selon moi, la race italienne bonasse, dilettante, coléreuse ou meurtrière ! non 1 moi, j'expliquerais autrement la présence illicite de cet instrument d'horlogerie. Dis ? et le personnel international de ces escadres de mauvais gars à Paris ? est-ce que ce n'est pas par le moyen des ports de mer qu'ils déversent sur des zones lointaines le butin de leurs pirateries ? Minii I ma chère petite sœur, sois satisfaite, ma lettre sera, ainsi que tu les aimes, longue comme un galhauban, mais je t'en prie, ne t'enorgueillis pas cette fois de ce journal de navigation auprès de ton état-major de collègues, car il n'est pas beau d'avoir laissé monter à bord et amarrer à la soute aux bagages un pareil Hotchkiss. Météorologiquement parlant, qu'est-ce que c'était que cette astéroïde, cette montre qui me tombait du ciel par ta munificence royale ? Ah I petite sœur, à quels risques s'expose-t-on en acceptant des aérolithes de cette importance, petite sœur ? Le formidable est que le personnel de ces corsaires internationaux n'est pas un équipage d'incapables, mais non I c'est que leur boussole a réussi à enchanter tous ceux qui l'ont examinée, l^t de grands i)ersonnages î Millcrand I Aristide Briand I Mais vois-tu qu'on apprenne en hauts lieux que le chronomètre dont j'ai fait parade était de la contrebande. Ah I tu ne t'es jamais trompée sur ton frère : il préside 1 il te fera gloire de nouveau, comme toi, mon aimable sœurette, tu lui fais gloire, ('/est moi qui ai été chargé de la mission au Japon. Moi î moi ! toujours c'est moi ! comment se fait-il que des quatre manches à vent préparés exactement sur la question, c'est moi qui ai été nonnné, hein ? Eux 1 trois fils d'archevêques de la Marine ! et qu'est-ce que je suis, moi, qui les embête ? le fils de maman ! Ah ! ils peuvent hisser le pavillon jaune de quarantaine ! on les a laissé tomber avec un bruit sec, oui I Pauvre Vignol 1 le timide Vignol
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est mis à la disposition de sa femme et de sa bonne à Brest. A Tahiti, Cintury î il y était pour des expériences de T. S. F., eh bien I prolongez votre séjour d'un an, mon vieux crocodile, pour inspecter les ventilateurs des cabinets de toilette. C'est un parfait cuistre, tu sais, né colonial, pédant et noceur. Il y en a un aussi qui comptait sur la mission pour la Légion d'honneur. Pfff I 1 1 Cette grande cale de heutenant Hillapourçon : il est avec moi sur le cuirassé. Il est coulé ce mammifère enragé I Qu'il crève donc de la bile qui l'étoufîe : éternellement déçu et éternellement vindicatif 1 En conséquence, donc, tu comprends bien que ton illustre frère doit faire le quart dans tous les blockhaus de sa carrière pour naviguer bien et pointer. Donc, pour les montres volées ! qu'il les avise dans la brume du haut des tourelles de son croiseur, car noblesse oblige 1 A la désinfection I
A quel propos te parlais-je de ces hauto personnages que j'ai eu l'occasion d'accoster bord à bord ? oui ! c'est à propos de ton chronomètre. En tête de tous, à tous points de vue, est Aristide Briand. Ah I voilà un pilote I voilà une boulingue de grand mât ! c'est un maître. Je m'explique maintenant pourquoi c'est à lui que j'avais l'ordre de jeter mon filin à Paris pour recevoir mes instructions ; parbleu, c'est qu'il n'y a pas tel que lui comme moteur. Tiens I le portrait de tonton Georges ! le même gréement de cheveux, la même figure ronde en « cap de mouton », mais des yeux ! quels yeux vivants, Mimi ! Ah I pas des feux de balise, non ! des petits phares qui pénètrent. Dame 1 il se méfierait de Dieu s'il existait. Observe la configuration côtière de cette figure, c'est une carte géographique, tu ne constateras ni cette neutralité idiote, ni cette béatitude de nos chefs, ni le spleen, les regrets, les rancunes, le mal du pays de nos collègues, tu constateras la hardiesse, le passage des bourrasques, l'entêtement, la lutte contre la tempête. Et il est gracieux î et il est aimable I Approximativement, on est en droit
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(l'affirmer que cet liomme-là aime à s'amuser avec les femmes ! mais que de sacrifices il sait exiger de soi-même. Oh ! que je l'envie ! quel idéal d'avoir comme cerveau un Bureau central météorologique et ces mécanismes délicats et splendides. Tu sais ce que signifie pour moi ces mots un « type chic ! » un individu à batteries larges, bien aérées, ù son aise, familier, cpii plane et qui redescend, dont toutes les bordées ont du portant, de la précision, des antennes, qui navigue à la bouline en louvoyant, eh bien 1 Briand est un « type chic». En résultat, un Grand Homme d'Etat 1 Mes études spéciales ne me donnent pas la connaissance de ce que c'est qu'un homme de Prévisions gouvernementales, mais c'est un Homme pour la lanterne de Diogènc et un Homme de parti utile à une Démocratie éclairée..
Il m'a reçu très gaienunl. Il m'a laissé étenlaguer mon câble, disposer mes obus de 32, sans rien relever, sans se servir du frein. Je sentais qu'il examinait les papiers du bord dans mes yeux. Quand j'ai eu assez glissé sur la coursive de la soute à fulmicoton, il a dit :
« Je dois travailler avec Millerand aujourd'hui ù dix heures précises. Votre idée est ingénieu.sc et subtile. Elle se rapproche de la mienne que, depuis un mois, Millerand juge exagérée et qu'il n'accepte pas sans amendement. Vous n'avez pas peur de M. Millerand ? un marin ? Je vous propose de venir ù la Présidence en ma compagnie défendre l'opinion que vous avez soutenue brièvement et très brillamment. Mais, voyons! il vous accueillera de bonne grâce. Il ne sera nullement étonné : Millerand s'intéresse à tout avec extrêmement d'ardeur et de minutie. Je dois dire que c'est une intelligence claire, simple, tendre et fine. C'est tout à fait exact, vous en jugerez par vous-mOme. »
Ma chère Mimi, des astres comme Briand attirent à toute heure une marée de journalistes et de députés. T p Mini*;frp n *;i(nialé son dénnri pour l'Elrséo : ils sont