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CHAPITRE IV

LETTRE DU LIEUTENANT DE VAISSEAU LE- MERCIER A i\/iie MARIE LEMERCIER, DITE VIOLETTA, ARTISTE DRAMATIQUE, EN REPRÉSENTATIONS AU GRAND THÉÂTRE DE NEW-YORK. (États-Unis d'Amérique),

Monju (Japon), Hôtel Impérial, le 12 septembre 192***.

Ma chère Mimi,

Quel est le calfat ivre qui a osé te raconter la crise de mon duel ? Enfm î toujours les idiots 1 que n'était-il pendu à trente-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer au capelage du chouque d'artimon un jour de tempête, celui-là I Calme-toi, petite sœur I calme plat ! je t'assure que ce fut splendide, très Venise au temps des galères. Rien de tragique, va ! un peu de révolte inconsciente et bête ! Ce n'est pas que tu ne puisses avoir des amants à la douzaine sans mon consentement I moi, je n'ai pas à adresser de plainte au vice-amiral Préfet maritime de l'arrondissement : tant que nous avions de la religion, c'était l'étrave de l'arcasse, maintenant. Dieu merci, le bon Dieu a le pavillon en berne : alors, où est-il son étambot à la morale ? on nous embête avec la morale ! Seulement, quoi I des médisances à ton sujet ? ah I il me semble que ma raison perd l'équilibre 1 ma brutalité brestoise passe sur sa barre I je marche à tâtons jusqu'à l'effusion du sang. Donc, on s'est rencontré comme deux

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bigues. Passez, dégagez ! coule ton maillon au lieutenant (le Cyze. Le bout-dehors de fer de mon épée a dû atterrir dans les parages du cubitus et du radius. Ah 1 la vie est belle, et c'est à moi de t'être reconnaissant. Tu calculeras aisément combien un fds d'une coiffe de Brest s'est réjoui d'enfoncer son mat dans la carne du fds de Cyze. Que de millions de fois nos épées, fussent-elles fantasmagoriques, ont subi l'attraction ascensionnelle de nos cages thoraciques et particulièrement l'angle supérieur gauche. Excuse la configuration brumeuse de mes métaphores et leur gréement : la soudanile aiguë sévit à l'état latent depuis mon séjour dans le Ilaut-Xiger et le gouvernail va à la dérive. As-tu senti combien sont déplaisants ces faux nobles qui se font remorquer par un « de » en laiton ou en maillechort. Sûrement qu'ils doivent l'être exactement au double pour ceux de l'axe de noblesse et grandeur plus que pour nous, les passagers de quatrième classe, les « soutes aux bagages «. Enverguer de la morgue, c'est leur système général pour louvoyer car leur blason et leur cœur sont des mâts désarmés. Une attitude orgueilleuse et dégagée (15.000 tonnes de déplacement avec un bon moteur), c'est le problème le plus important |)our eux. Comment ! tu ne te souviens pas du fds tle Cyze (\\n fut mon labadens sur la Frégate-Ecole pendant mon stage d'application? O petite sœur I un an de croisière I ô volupté de la première croisière en Orient, si de V.yze n'avait pas été lu I Tu le connaissais bien le grand-père Decize, le grand bazar de la rue de Siam 1 Ah î je t'assure (|ue le nis Edgard n'avait pas ù examiner de près l'annuaire <le tes admirateurs pour amener la brusque variation du baromètre. De quelle jaune rage me fait griller un niouslique de ce caUbre-ià ! ICncore ce voyage-lù, m'avoir plaqué sur la quille ce triste pied, fier et triste à crever, c'était excessif I Tiens compte que les portes de nos chambres s'ouvrent sur le carré des officiers : nul bastingage, nulle cuirasse ou vibord pour vous défendre des

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