LETTRE A W^^ MARIE LEMERCIER
acheté à Toulon deux petits cochons de Norvège. Si tu songes à la sincérité de nos chics types de matelots, à leur douceur puérile, à leur franchise, à leur bon cœur, tu comprendras comment les deux cochons furent amenés et spontanément annexés à l'équipage, adoptés. Je m'explique mal les titres qu'on leur offrit avec la collaboration de tout un cercle : pourquoi Béhanzin, et pourquoi Mamik-Coz? Et les voilà sous la lune et sous le soleil, se baladant, brillants de propreté comme un obus, comblés de gâteries. Or, une catastrophe faillit anéantir Mamik-Coz I Une catastrophe à ce bichon I à ce bouquet vivant ? Hélas I tels les hommes, les cochons sont imprudents et exaltés ! Comment ton frère si prudent dans ses calculs nautiques, est-il si brutal avec ses collègues ? Un matin, Mamik-Coz disparut dans la dépression d'un escaUer-échelle. Ah I Mimi, quel ouragan I grand branle-bas de combat I tout le monde sur le pont 1 et chacun de lâcher les manœuvres I chacun d'accourir comme si on avait touché I chacun de prétendre à des avis sûrs pour repêcher le malheureux. Pavillon en berne, Mimi I le cochon a les côtes brisées, ce n'est plus qu'une épave I il n'y a plus qu'à utiliser son tonnage en lard ! Un vieux gaillard qui a tiré sur les rides de la viande avant de rider les voiles des embarcations, reçut l'ordre d'écorcher Mamik-Coz. Oh I les cris ! les cris bien spéciaux I ils durent étonner au loin l'azur équatorial, effrayer le surintendant des îles Andaman et Nicobar, et tous ces messieurs les exportateurs du Canal de Sombrero dans les bois de cocotiers et de figuiers ! Ces cris indiscrets et sonores dégoûtèrent passablement l'inventeur de l'anémomètre. Le lard I voilà bien le véritable culte du marin breton ! Restait à déterminer quelle branche de l'équipage l'aurait à sa disposition. Le Gall.ne manqua pas d'en faire l'hommage à messieurs les officiers. Ah I le rang I Mimi î le rang prédomine 1 Des plaintes, un peu de nervosisme, de l'amertume, de l'envie à bord I eh bien ! oui I
pour un cochon mort I En considération de ces raisons, les ofllcicrs furent gênés d'accueillir l'olTrandc de Le Gall : ils pensaient que l'équipage serait heureux que le cochon lui revînt, mais telle est la délicatesse des matelots qu'ils ne consentirent pas à le garder. Kn résultante, qui a utilisé ces munitions de lard, j'aurais été bien embarrassé pour fixer ce point ridicule : je luttais désespérément avec mon anémomètre, et rien ne m'intéressait plus particulièrement. Parfois, je restais hébété, absent de moimême, dans un demi-rêve, devant la page blanche qui s'étalait devant moi, impérieuse... Ordre fut donné de faire disparaître Behanzin pendant l'escale ù la Grande Nicobar (50 kilomètres environ). Quand on eût hissé le pavillon de partance (il est bleu et blanc, Mimi I) Le Gall, pendant un dîner assez gai, s'avance jusqu'au carré des officiers et se met au « garde-à-vous » : « Une montre qu'on a trouvée dans les boyaux du cochon, répond-il avec ses inflexions bretonnes à nos (piestions obligeantes, BéhanzinI oh I il y a longtemps que l'autre est loin I les chauffeurs qui l'ont mangé I C'est moi qui avais vendu l'autre cochon. A un marchand qui est dans les bois par là pour les cocotiers (|ue j'avais vendu le cochon ! 11 est venu apporter cette monlre-lù I Oui I dans les boyaux du cochon qu'il l'avait trouvée 1 alors, il l'a ai)portée ici de retour I » Puisse l'accent vigoureux du quartier-maître assainir les coulisses du Metropolitan Théâtre de New- York, et apaiser ton âme par l'évocation de notre porl d'origine, Mimi I On authentifia le cadran solaire, et alors les rires de claquer connue bourlingue au vent. En tenant compte des probabilités, j'expliquais les conditions de l'absorption de la montre par le pourceau : mes matelots remorquaient toujours Behanzin ou Mamik-C'A)Z sans amarre, c'est-à-dire (|ue l'un ou l'autre de ces marcassins domestiques louvoyaient autour des espadrilles de nos hommes. L'hypothèse de mon boy balayant ma carrée et de la présence de Behanzin dans riclipti(|ue du l>nl:n fut vérifiée par
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les indications particulières et les données fournies par lui. Or, tous les naturalistes s'accordent à enregistrer les phénomènes d'attractions sur les animaux, des objets en raison de leur éclat : « Bien, dis-je, la montre finira son congé dans lune de mes cantines non en service quotidien jusqu'à nouvel ordre ! » Quant à mon boy, au-dessous de tout comme boy, maître en gabegies diverses et recrudescentes, j'étais ravi de cette grosse affaire pour le renvoyer normalement à son bastingage.
Retiens ce nom-là: Jean! c'est lui qui obtint le grade de boy de ton illustre frère, c'est par lui qu'il m'a été facile de déterminer comment le chronomètre a quitté sa propriétaire Lafleur d'une façon non réglementaire et quels bords elle a couru^ Est-ce dégoût du bourgeois vautré et de l'intellectuel accroupi, est-ce besoin urgent d'enthousiasme, après la soupe j'aime à faire le rassemblement des hommes de l'équipage tout près de moi, dans un coin, et passer la soirée à leur distribuer avec amitié ces connaissances que j'ai acquises avec tant de travail et d'entêtement. Astronomie I géographie ! ethnographie 1 hydrographie, on aborde partout ! Ah î si tu savais comme j'ai raison de croire le matelot intelligent et d'avoir confiance I Que c'est passionnant de river à ces esprits élémentaires les principes de la science. J'ai cette conviction que toute vérité est réductible en formules de la langue vulgaire et après avoir décanté les termes techniques. Oh ! ça t'amuserait, Mimi ! songes-y ! l'application de l'argot maritime à la géométrie ! Bien entendu, mon système n'est pas à préconiser généralement : il y a une question d'ambiance à prendre en considération. Exemple : les officiers de terre ! les ingénieurs de l'industrie I Quelle amarre les attache à leurs hommes ? mais, pour moi, c'est un axiome qu'il y aurait plus de lest et moins de tangage dans les équations sociales si les seigneurs de l'élite abaissaient leur orgueil pour communiquer leurs connaissances aux subalternes. En parti-
culier, je remarquais un engagé volontaire excessivement timide pour la hardiesse avec laquelle il enfonçait parfois le cabillot de ses réparties. Je t'avoue que je n'ai qu'une vague confiance dans les Parisiens ! Parisien 1 ouvrier chaudronnier I engagé volontaire ! eh bien ! je n'en ai que plus vivement ressenti ensuite le charme de sa simplicité saine et de son aristocratie — je n'exagère pas I — En effet, tu ne seras pas étonnée que Jean ait grimpé les échelons de mon intimité-: j'étais très touché de retrouver chaque soir cette jeune admiration étalée devant moi, et le silence de cette reconnaissance terrassée par le respect. Et puis, c'est si rare le physique d'un enfant heureux avec l'état d'esprit d'un homme I c'est précieux I De mon côté, je me disais : « La science même pour un ouvrier chaudronnier a plus d'avantages que d'inconvénients ; voilà un moustique qui est sain, normal, d'une hérédité riche : il est en mer pour faire son temps de service 1 Ce ne sont pas les redoutables crocodiles de son atelier de chaudronnerie qui le prépareront à l'étude, ni les amis de la métropole, ni les cinémas, ils le feraient plutôt aller au fond. Le mieux qui pourrait lui arriver dans la solitude et l'ennui, ce serait qu'on lui ouvre un hublot, n'est-ce pas ? oh I un aflectueux dévouement qui lui apprendrait ce qu'il ignore de l'espace du Monde de l'Idéal ! Et moi, je serais fîer d'avoir été son propulseur dans la Science ; qui sait ? En ce moment, il se ballade pieds nus dans la salle de l'hôtel de Monju d'où je t'écris cette longue lettre, car après tous ces mirobolants raisonnements, je pris Jean comme boy et je ne m'en plains pas. Mais je noircis du papier et je te noircis l'âme. Assez de montre, de cochons 1 tu as assez de mes ofhciers, et assez de mon équipage 1 Sincèrement, j'ai peur qu'ils ne te passionnent pas beaucoup. Mimi I comment va ton habituelle nostalgie de voyages ? est-ce qu'ils se perpétuent ces désirs insatisfaits de mouvement à l'infmi ? Pauvre Mimi I je t'embrasse, glorieuse Mimi 1
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Tout à l'heure, Je te priais, à propos des cochons Béhanzin et Mamik-Goz, qui avalèrent ton chronomètre, de graver dans les cambuses de ta mémoire, le nom de mon boy : Jean I Or, je disais un matin à l'hôtel Monju :.
« C'est avec ma peau de chamois que tu astiques mes chaussures de touriste, Jean ? eh bien 1 puisque tu entres dans tes fonctions de camériste avec tant de passion, je te signale ma cantine n^ 6... ma quincaillerie, mes bagues mon bracelet-montre.
— Ah !... ça ?... ça serait plus rigolo que le centcinquième épisode du roman-cinéma ! Mon lieutenant I hein ? dans quel patelin c'est-y que vous avez rencontré cette miniature de toquante-là ?
— Patelin I... toquante... oh I je t'assure que c'est... dérange le sabord de la commode pour trouver mon peigne à barbe... dans mon nécessaire, désordre î... que c'est infiniment douloureux... je me donne beaucoup de mal pour ennoblir tes métaphores I... as-tu remarqué ? Patelin !... toquante !...
— Vrai I vous savez ! je suis confus que vous vous fassiez tant de bile pour un pauvre chaudronnier, inscrit maritime, mon lieutenant î vous êtes mignon et gentil I... Oh I ce serait cocasse tout de même I ce serait rigolo î...
— Que ces choses-làr me déplaisent ! Pouah ! oh I que tu m'agaces mon pauvre Jean I « Mignon », « gentil », ah I oui I c'est tout toi, ça. Je t'offre de comprendre qu'il faut devenir un homme très fort, tu me réponds : « Mignon, gentil ! » Quelle horreur I Ah 1 tu préfères donc rester toujours un coquet, un séduisant. « Ma chère », va !
— Oh I ça va bien I... ça va... Passons I... Dites, mon lieutenant I il est très possible que ce soit la même toquante, hein ? Et qui sait ? les hasards sont si grands 1 Oh I ce coup-là, alors... c'est introuvable deux trucs à part de la même eau à ce point-là !
— Travaille, négligent 1... au lieu de faire des études
de mœurs sur ma montre : il serait plus simple, plus logique et plus humain de brosser mon veston safran.
— Ah I mes félicitations pour votre petit veston peluché I ah oui I il est bath I ça gratte quand on le brosse, j'aime ça I Tiens I après la classe, je m'offrirai un petit canotier comme le vôtre avec un ruban rose I
— Quel enfant ce marin ! quel marin puéril ! Crétin, va I
— Alors, pour la toquante ? puisque je vous dis, mon lieutenant, qu'elle ressemble comme deux gouttes d'eau à l'autre toquante. Répondez-moi ! enfin ! c'est vexant. La rue Gabrielle, à Montniartre... la concierge, si ça vous intéresse pas 1 alors I... oh ! vous savez, c'était pas une personne très correcte... M»^^ Lafleur. Elle gueulait : « La montre de père I oh I les cochons d'enfants I oh I mais j'irai au commissairiat. Elle était dans le tiroir des chaussettes : elle ne sort jamais du tiroir, ainsi I » Ce qu'elle était pointue la bonne femme ! Allez I... au Montde-Piété I quoi 1 les gosses calculaient pour la voler I
— Deux montres peuvent être identiques sans se confondre dans l'identité même.
— Ça, c'est vrai I c'est-à-dire, qui sait I Evidemment, ça coûterait pas grand'chose d'ouvrir le boîtier...
— N'esquinte pas mon chronomètre ! je te commande en service d'astiquer le métal, et puis n'en parlons plus, homme à la folle imagination 1 c'est ma sœur qui me l'a olîerte généreusement. li)lle avait été mise à sa disposition par un signor. h]t un signor de la catégorie des gens graves, délicats et responsables de leurs actes : i)as des impulsifs et des frivoles connue toi, Homunculus 1 elle avait alors le premier rôle dans un magnifi(|ue drame de l'Empire. Allons, toi qui es costaud, lâche-moi une bordée sur l'Empire I qu'est-ce que je t'ai appris ?
— Alors I eh bien I c'est Napoléon, tiens I il a bu un bouillon à Waterloo. C'était un type assez chic !... Je vous fais rire ? quoi 1 c'est pas si farce que ça ? Ce qu'il était serin tout de même I au lieu de rester à la Cour
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avec toutes les dames, il voulait aller clans l'Inde parce qu'Alexandre le Grand avait navigué du côté de cette colonie-là aussi. Ah ! c'est marrant ce truc-là I quelle drôle d'idée !... Tout de même, mon lieutenant, ça m'a bougrement l'air que c'est la même toquante. Ça m'est délicat à vous expliquer, mais quelque chose me dit, si J'ouvrais, que le nom est fignolé fin en délié sur le boîtier. Hein ? Lafleur !
— Mais c'est un cyclone cette toquante, nom d'un sabord ! Tu es libre de l'ouvrir si tu y trouves du plaisir, punaise de méninges ! Tu ne dormirais pas cette nuit. Est-ce que tu acquerras une certitude qu'elle recèle un mystère parce que tu auras collationné le nom du bâtiment sur l'arrière. Si elle a eu l'envie d'aliéner son bijou ou la nécessité, cette concierge, c'est bien naturel ! Il est clair que rien, là, ne donne prise aux soupçons et au contrôle. C/est clair. A la suite de résultantes, de tiers, la montre a abordé à Venise : il n'y a pas à chercher d'explications.
— Ça y est ! ça y est en plein I Venise 1 regardez, mon lieutenant, si ça vous monte sur le dos I Justement, la belle dame et son maître d'hôtel, ils ont mis le cap sur Venise I Ah I des gens tout ce qu'il y a de plus huppé, vous savez 1 ceux qui ont chauffé la jolie toquante. Puisque c'est le juge qui a jugé quand il lui a tait des observations de sa conduite à la belle dame qu'elle devait plaquer tout par remords, ainsi I I I et que tout irait bien si elle restait de côté à Venise. Elle avait trahi la France I Venise I c'est ça I ça y est en plein 1 Voilà la mère Lafleur plus dégoûtée que jamais lors de son retour du Palais de Justice : < Ben ! qu'elle disait, je l'ai pas encore, vous savez I non! ohl c'est pas le juge, on s'entend bien tous les deux I je la tenais bien dans ma poche I quel miracle î la montre de père I mais c'est eux autres qui se sont encore rabattus dessus I Quel toupet, hein?» Hein, mon lieutenant ! Ça ne se cache pas maintenant...
Venise I Ça serait difficile que ce ne soit pas la dame qui ait embarqué la montre pour Venise avec sa cargaison. Oh I moi I je suis ravi 1 1 I
— Sur quelles données édifies-tu le compte rendu de ton rapport, Jean ?
— Dame ! j'sais pas, moi î est-ce que je sais ? comme vous pensez bien, j'ai pas assisté à toutes ces histoires, mais grand'mère est épicière rue Gabrielle, M'"*' Nave. Toutes les scènes de la vie, ça se passe dans sa boutique : un salon, quoi 1
— Bon ! pas besoin de s'esquinter le cerveau par la quadrature du cercle I Assez 1 nous avons : 1° le clair témoignage de ta grand'mère ; 2» les plaintes véhémentes de la sinistrée. Pendant la Révolution française, et même en des jours plus béats, on a fait tomber des têtes après des enquêtes moins valables. Allons, décidément, tu jures solennellement que tu dis la vérité. Bon ! ouvre donc cette montre ! Si le nom parfumé de la passionnante sentinelle de ta rue brille sur la coquifie de l'huître, il est de mon devoir impérieux de remédier à une situalion peu honnête. Pas avec ton couteau à patates, chaudronnier miteux 1 tu vas rider le métal avec ton cabillot I es-tu assez bête I est-ce que c'est une boîte de conserve ? pourquoi pas le burin de la grand'bouline ? Tu n'as donc pas de partie cornée à l'avant de tes gros doigts, charcuterie ! Tiens I passe-moi la barre I »
Mimi ! tu as la connaissance en famille de mon tem{)érament. Tu sais comme il pousse (hi fond, comme il désinfecte, tel tonton Georges 1 Moi, qu'on me blâme ou non quand j'ai acquis une certitude... allez 1 les moyens rapides et l'exécution 1 je ne rate pas le courrier, va I Donc, aussi vite que j'aperçus < Lafieur, rue Gabrielle », gravé, comme une balise dans la brume, mon initiative fut décidée. N'est-ce pas, Mimi, qu'après le contrôle, je n'avais plus qu'à hisser le drapeau jaune de la quarantaine, tu ne me garderas pas rancune ? Vois-tu, tout ce que j'ai en
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moi de forces physiques s'appauvrit devant ce qui n'est pas sain, paisible. Ah ! chercher la vérité à chaque page de la vie, se révolter contre les crétins, ce n'est pas le plus court chemin pour atterrir aux honneurs et à la fortune, je le sens. Dis, Mimi, on ne les prendrait pas au sérieux les plaintes d'un lieutenant de vaisseau, à propos de l'opulence et du luxe. Avec ça que c'est gai cette vie médiocre ! Puis-je t'avouer que ma supra-sensibilité en arrive à la morbidesse, à la persécution ?
{L'auteur a cru devoir supprimer dans cette lettre l'expédition de la montre à M™^ La fleur, les réflexions de Jean sur les Japonaises qu'il trouve prétentieuses^ les descriptions du théâtre et du paysage japonais. Voici la fin de la lettre :)
Ma très chère Mimi, voilà une des plus longues épîtres de ton gaillard de frère ! Je suis un malheureux enchaîné par un tas d'idées saugrenues, mais j'aime énormément ma sœurette, porteuse de lyre. O ma petite musicienne, t'intéresseras-tu à mon rapport ? nous l'espérons : impressions I aventures ! nouvelles de ton chronomètre de contrebande : la toquante, comme dit mon boy. Trop long, Mimi ? il faut pratiquer le pardon ; tu sais qu'installé devant la feuille blanche, je m'enthousiasme et prend feu à mes confessions, mes textes et mes descriptions, et en ta compagnie j'oublie que je suis ennuyeux. Tu serais bien aimable de me dire si mon recueil ne t'a pas importunée, s'il serait nécessaire que je ne déborde pas à l'avenir. J'ai tellement envie que tu aies de la joie.
Très chère sœurette, je t'embrasse de tout mon cœur magnanime.
Lucien Lemercier.
P.-S. — Ci-joint des timbres pour la collection de M. Charles.