‹ FilibuthChapitre 4 sur 18 · CHAPITRE III ALICE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III ALICE

« Laissez-moi donc tranquille avec ces mijaurées qui mangent le Bon Dieu tous les jours. Ça ne se dérangerait pas pour acheter une carte de deux sous I Quand je vendais mes fleurs place de la Madeleine, elle faisait le trottoir I maintenant, regardez-moi ça, c'est fier comme un ministre plénipotentiaire ! »

Les chapeaux des mendiants, les chapelets et les images se tendent au Sacré-Cœur près des palissades, en face de Paris.

« Quelle chienne de bonne femme I dit une marchande, avec sa gueule de cheval qui aurait le ver solitaire. Quand j'avais ma machine à sous à Notre-Dame des Victoires, ils avaient des vieilleries rue de la Banque I et aïe donc ! le coude en l'air I à la tienne mon vieux I maintenant, ça se débourre à l'église I »

Le grand Béquillard vint installer ses jambes emmaillotées sur la terre nue, il accommoda un bonnet sur la tête, un journal aux mains, un chapeau aux pieds. Les fidèles et leurs aumônes ne le dérangeaient pas.

« Tu travailles, Victor ?

— Silence, mon épouse divorcée I gardez votre langue comme je garde ma liberté I

— Elle f argue I Pourquoi tu jacasses avec lui puisque vous êtes divorcés. C'est vrai 1 y z'habitent le même hôtel, ils^travaillent au même coin, lui, y desserre pas les dents, elle est toujours à l'asticoter.

— Comme le temps z'est doux, ma bonne demoiselle!

dit un mendiant qui dissimule ses balafres d'ivrogne avec la galanterie de ses sourires, doux comme votre sourire, ma bonne demoiselle. Merci ! je prie pour vous au crépuscule et à l'aube. Etiez-vous en voyage ? Ah î voilà notre chère Virginie 1 En retard toujours !

— Qu'est-ce qui vous cause, fumier ? pourquoi que vous avez pris ma place, homme de vice. Allez 1 la malédiction est sur vous. Dieu me vengera. C'est comme ma pipelette, elle est punie par sa fdle qui est encore partie.

— Je réfléchis, dit le grand Béquillard, quarante millions contre un sou que les Bonaparte reviendront I Encore un ministre qui démissionne 1

— Au lieu de lire votre saleté de politique, écoutezmoi 1 Quel bonheur 1 la fille de ma concierge est encore partie 1 oh 1 la sale fille I moi, je ne suis pas empoisonnée par le vice, moi I

— Je suis de Vincennes, comme M™^ votre concierge. Toute gosse, elle offrait l'hospitalité aux artilleurs sur les fortifs avec son plus gracieux sourire. Il faudrait la décorer pour avoir montré si jeune tant d'intérêt aux miUtaires.

— Je ne suis pas une femme comme vous tous. Moi, je n'ai jamais connu d'homme.

— Eh 1 poupée I la naine 1 la naine I

— Dieu punit ceux qui insultent les vieillards.

— Ayez pitié d'un aveugle. Dieu vous garde la vue, madame 1

— Sa fainéante de lilie ne veut pas travailler : elle se perdra. Elle lui avait dit : « Lave la vaisselle I » Elle a répondu : « Ça ne se passera pas comme ça I » La mère a tapé, la fille est partie, quatorze ans I c'est abominable I

— Votre concierge : le trois-six et l'apéro à tour de bras I du temps de la mère et du temps du mar! ! Rien à faire avec ceux qiii aiment mieux boire que manger : un franc vingt-cinq le chapelet î ah ! non, les bénis quatre francs I une autre fols, alors ! au revoir, madame !

— Ma sale pipelette I ah î vous ne la connaissez pas I c'est pas du monde comme il faut ! ah ! non.

— Ecoutez-moi bien I dit le grand Béquillard. La paix soit sur vous qui êtes sur cette place. Cette enfant, je sais où elle est et grand Béquillard n'est pas un menteur. Donc, en rentrant de mon dîner sur les onze heures, une jeune dame réveillait une enfant sur l'escalier du Calvaire. J'avais mangé du lard aux choux, deux douzaines d'escargots, un potage gras et du raisin sec. Mon vin préféré, c'est le Roussillon. Je reconnus dans la noble dame qui avait pitié de l'abandonnée, l'épouse d'un peintre de la rue Cortot au numéro 28.

— Ah ! les femmes des artistes 1 Grand Béquillard, vous ne restez pas, hein ? vous vous figez le sang.

— J'entends ne demeurer à cette place que lorsque le travail donne à ma volonté.

— INIonsieur a un rendez-vous, dit sa femme légitime et divorcée. Monsieur va faire toilette.

— La jalousie I vous en maigrirez de pleurez-y ! La belle avance ! ça ne doit pas être bien magnifique, allez I son rendez-vous I

Malgré ses injures et ses imprécations contre la mère d'Alice et la fille, M^^^ Virginie accourut calmer les inquiétudes de l'une par les nouvelles de l'autre et ce bon mouvement valut un mois de paix au 105 de la rue Gabrielle, tant concierge et locataire furent heureuses l'une de l'autre.

— Une bonne nouvelle pour vous I disait M^i^ Virginie. Alice est chez une dame rue Cortot. La dame l'a prise I Vous savez, le grand Béquillard est un homme digne de foi !

Dans la kyrielle des plaintes de M^^ Lafleur, sa nièce Angèle n'est pas oubliée. Cette grosse petite gourmande affichait ses rancunes sur les murs de la maison : cette enfant abritée longtemps passait pour une victime. Alice

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en faisait une héroïne ; Angèle maintenant était servante du bar Sancoin rue de Londres ; Aliec songeait à l'imiter. I.a mansarde d'Angèle lui semblait un paradis. Avec son rêve d'indépendance, Alice acceptait en hurlant patiemment les exaspérations de M»"« Lafleur. A ce rêve, la montre qui lui semblait une fortune se mêlait, comme devant retarder la solution de certains problèmes. Un soir de bataille, Alice, en sueur, disait à sa mère qui baignait du nez :

« J'en sortirai de ta boue, va I brute ! je tape mes souliers contre la pierre, tiens, regarde I

— Va chez Angèle, ma lillc I elle te nourrira ! oh î la ! la ! la I la I va 1 je ne demanderai pas de tes nouvelles, fainéante ! »

Elle ne soupçonnait pas que sa fille emportait le trésor de la faiiiille.

Alice couclia sur l'escalier de pierre qui est à vingt mètres de chez elle, parce qu'Angèle était absente. Une dame charitable, après l'avoir inlerrogée. <--'\> 'h^ " • reconduire chez sa mère.

« Eh bien, dans ces conditions, lui répondit tlegaialiqucnient l'entêtée, laissez-moi.

— Réponds-moi de bon cœur, connue à une amie. Allons I tu n'as seulement pas dîné : je te ferai bien crédit d'un dîner, va 1 Dis-moi quelque chose ! dis-moi un petit mot ! tu n'as pas fait le projet de stationner lu toute la nuit ? Celte jupe I ce corsage I ah I tu es correcte, oui ! viens avec moi puisque tu ne veux pas me confier l'adresse de ta mère. Mon mari est ù la campagne, tu coucheras sur le divan et demain tu me repriseras des chaussettes. Qu'est-ce que tu liens en réserve dans ta poche.

— Rien I «

Avec autant de dégoût (jue de délicatesse, la dame déshabillait l'enfant repue et endormie. Un instant après, Alice était dans les draps dont on avait couvert le divan

et la superbe montre clans les mains de la dame révolutionnée.

« J'hésite... Bah I j'arrangerai ça avec la mère !... Ah ! si Auguste était ici !... En somme, je ne suis pas solidaire du vol ; j'ai pris avec bienveillance des mesures urgentes, ('/'est tout de même une gaffe d'avoir un objet volé dans son intérieur. En tous cas, il sera convenable de ne pas exagérer la camaraderie avec une petite voleuse. »

Et le lendemain :

« Voyons I nous nous amusons toutes les deux en Ijonnes copines. Je suis comme toi, moi I Je me classe dans la catégorie des parvenues, tu sais ! dis I tu ne veux pas que j'aille la rendre, cette montre ? La rendre ! je ne dirai pas qui l'a prise : laisse-moi faire I j'arrangerai tout I

— Mais je ne l'ai pas volée ! C'est une montre qui est à ma mère... forcément, puisque c'est la montre de père.

— Bon Dieu I ne me mets pas en colère, petite. Ton père n'est pas assez heureux pour s'offrir des montres d'une valeur pareille. C'est une montre de bon goût et ancienne.

— C'est une montre de notre famille : on la garde solidement chez ma mère.

— Je ne te tirerai donc pas ton adresse I Je me pique pourtant d'être habile.

— Ah I non I ça I je suis décidée à ne pas dire... Gardezmoi comme petite bonne si vous voulez I

— Je n'ai pas de sympathie pour les petites entêtées. » M^ne Lafleur arriva, suivie d'un agent.

« Pourquoi que vous prenez les enfants chez vous au hasard ?

— Madame...

— Dans tous les cas, est-ce que c'est des choses à faire, ça ?

— Ne compliquez pas les questions, madame : je trouve une enfant sur l'escaher du Calvaire, je la traite comme une petite sœur, comme une camarade...

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— 11 fallait la ramener alors, au lieu de réparpiller chez vous.

— J'ai employé tous les moyens pour lui soutirer votre adresse.

— Pourquoi, alors, que vous n'avez pas demandé ?... elle traîne assez par la rue...

— Monsieur l'agent, il n'est pas difficile de penser qu'à onze heures du soir il n'y a pas d'attroupements rue Gabrielle.

— Et les agents de la place du Tertre ? Regardez-moi quel genre de corsage I et du i)arfum I du chocolat plein la figure 1 c'est-y des corsages pour du petit monde comme ça ? Quoi I c'est-y que vous voulez la garder comme petite bonne. Allez-y I moi, ça m'est égal. Bon débarras ?

— Merci du cadeau. Eh ben ! oui, la fille et la mère, sans doute.

— Mère I dit Alice. La montre de père est dans le tiroir de la dame.

— Ma montre 1 quel est le mal appris qui m'a volé ma montre encore ? C'est toi, saloperie ?

— Monsieur l'agent, en déshabillant l'enfant, j'ai trouvé sur elle une montre vraiment inattendue, je suis toute disposée à la remettre à son propriétaire. Drôle d'histoire.

— C'est l'affaire de M. le commissaire de police, dit l'agent.

— On va rire un peu, enfin 1 dit la dame en mettant coquettement et vivement son chapeau. »

Le commissaire, qui connaissait le nom de la dame paj' la notoriété de son mari et celui de M""® Lafleur d'une façon moins avantageuse, félicita l'une de sa < h .i ri tr et se moqua de l'autre.

« M'sieu le commissaire I qu'elle la garde alors comme petite bonne, moi, je veux bien ! elle la nourrira, elle lui donnera (juinze francs.

— Je ne m'imposerai pas des hôtes aussi... imprévus.

— Allons ! toi, fainéante ! marche devant. Donne-moi la montre ou tu vas voir un peu. »

Au bar de Léonce Sancoin, le déjeuner servi, l'heure de la sieste du patron était pour la patronne celle de la toilette, pour Angèle celle de la garde solitaire du bureaucaisse. Alice le savait. Victorieusement, sa mère avait emporté la clef du buffet ; malicieusement, la fille expérimenta qu'il n'y a pas de clef unique pour une serrure.

« Je l'ai dans la main, la montre, dit Alice en entrant dans le bar, rue de Londres, j'ai pas eu à défoncer les portes, va. Faut s'attendre qu'on ne nous donnera pas de l'argent dessus au Mont-de-Piété, parce que nous n'avons pas l'âge. Mais y a pas de bile à se faire : tu la vendras à un client qui soit bien sérieux. Avec l'argent, j'attendrai de trouver une place de petite bonne.

— Laisse-moi faire, ma vieille. Y a Antoine Lhiaubet, le vieux chauffeur, qui me fait la cour, y connaît beaucoup de gens riches chez sa patronne, M"^^ Burckardt. Y sera bien content de me faire vendre ça... Via la femme du singe ! elle n'est pas méchante. C'est ma cousine, madame I

— Elle est gentille, cette jeune fille-là I Vous pouvez venir voir Angèle quand vous voulez, mademoiselle. »

Le patron s'appelait Léonce ; la patronne AuréHe. Les bras agiles de Léonce qui frottaient le comptoir étaient plus expressifs que son regard qui accueillait le client. Léonce Sancoin se démenait devant le zinc de son comptoir. Les hommes lymphatiques et violents sont remués, peau et membres, par leurs crises de mouvement : la sienne ne cessait jamais. La beauté de la blonde Aurélie n'autorisait pas d'autre geste que le sourire et l'épluchage des légumes. Là où Léonce montrait de l'audace, M™^ Aurélie avait de la prudence, l'un et l'autre étaient d'ailleurs d'habiles politiques. Quand l'humeur caustique de Léonce le portait à médire de ses meilleurs camarades, un coup

d'oeil (le la sage Aurélie l'appelait à la modération. Quand l'immobilité d'Aurélie manifestait trop clairement son dédain de la caste des travailleurs, un : «( Allez I ouste 1 grouille-toi un peu de lu ! » invitait la dame dans le cercle des événements quotidiens. Quand Léonce jugeait qu'on avait manqué aux égards qui lui sont dus, Aurélie regardait sa propre bague d'alliance avec la philosophie de la résignation. Quand Aurélie rectifiait l'ordonnance de ses boucles devant la glace du comptoir, Léonce disait : « C'est-y au bal de la Présidence que tu vas ? » Ils contrariaient mutuellement leur amour de la lecture. Leur réciproque aflection les défendait contre leur humeur solitaire et silencieuse et sans la clientèle.

Leur habileté ne semblait pas avoir aidé à leur fortune. Ils avaient servi les buveurs des différents quartiers de Paris et ne les avaient éprouvés que pour se sentir les dupes, ou des clients qui ne reculent le terme de leur dette que pour s'en affranchir, ou des dépositaires de tout le vin qui, en réinstallant les détaillants dans des boutiques les ruinent, faisant des mêmes gens de nouvelles victimes. Le service des boissons et de la nourriture ne leur laissait jouir presque que la nuit d'un ameublement choisi de style Louis XVI, chez Dufayel, et jamais de leur fils dont la i)hotographie sortait sou von I (hi tîroircaisse et qui était à Melun en nourric<v

Aurélie Sancoin était une dame douic it ;iiiii;n»u' phis au jugement de ses clients qu'à celui de son époux. La nuit, Aurélie détendait en même temps l'arc de son corset et celui de ses rancunes :

« Il ne faut pas souhaiter la mort de personne, disaitelle à propos d'un négociant qui s'était montré plus fin qu'elle, mais si j'apprenais qu'il a été assassiné, oh ! c'est moi qui serais contente.

— Parle toujours, Aurélie 1 je t'assure que si je l'avais au bout de mon revolver, je ne le raterais pas. Je ne sais pas si je suis aussi sensible que toi. qui flevleîis rouge tout

de suite pour un mot, mais tu sais que je vise bien... enfin ! il y a plus mal que moi comme tireur, disait Léonce en ajoutant à l'ironie du ton celle du sourire et celle de son œil fixe et sournois.

— Tu as bonne vue, Léonce 1 tu ferais mieux d'avoir de bonnes oreilles. Tu ne m'écoutes jamais ! Ecoute ! tu me dis : « Parle toujours î » et tu es plus bavard que moi. Tu parles ! pourvu que tu parles I la terre peut craquer. Pourquoi as-tu dit à Etienne : « J'aurai tous les garçons de recettes quand je voudrai ? »

— Oui !... elle croit que je suis aussi bête qu'elle I Ça, c'est de la diplomatie... c'est mes affaires, comprendstu, Aurélie ? Je suis un homme secret ! personne ne sait comme je suis secret.

— Eh bien ! tu ne les auras pas les garçons de recettes ! tu n'auras pas même les auxiliaires. Ah ! si seulement tu pouvais l'être auxiliaire I je tiendrai bien le bar toute seule. Quant à rougir pour un mot, je regrette que ce soit vrai ; je suis prudente, mais j'ai du courage. Rappelle-toi l'assaut des apaches rue Saint-Maur dans le magasin... Toi, tu n'as ni la prudence ni le courage.

— Oh I ça va bien... oui... fais-moi penser à envoyer l'argent à ma mère demain. Je vais me coucher tout de suite.

— Ton caleçon est déchiré I tu n'as pas honte !... vrai I ! ! »

Le peu de temps que les époux donnaient au repos ne pouvait être repris par la lecture ; cependant, un volume du Théâtre d'Octave Feuillet, que la Bibliothèque municipale ne réclamait pas, était l'agréable témoin sur la table de nuit d'une espérance, le triste appel d'un plaisir qu'on sait impossible. Le sommeil de Léonce fut rompu, non celui d'Aurélie.

« Regarde, Aurélie, tu dis que je n'ai pas de bonnes oreilles et j'entends marcher dans la chambre des voisins I »

Pourtant, à l'ordinaire, la blanche Aurélie avait le

sommeil si léger ((ue les gémissements enfantins par lesquels sa nature mélancolique traduisait ses images, suffisaient à l'en faire sortir.

Tel était le ménage Sancoin qu'aucun principe de morale ne protégeait et que la montre allait briser en lui amenant l'inconsciente Veuve Lafleur.

« Jérôme, une absinthe gommée, disait, à l'heure de l'apéritif, M. Louis un chauffeur, Jacques, un quinquina, Antoine Lhiaubet, un café. C'est-il Dieu possible que ce qui tue les gens sauve les bêtes ; je le dis et je le prouve : le quinquina a tout pouvoir de faire donner le prix aux bêtes de basse-cour dans les comices. Si tu ne le sais pas, je te l'apprends. La gentiane, c'est pour chevaux s'ils ont l'œil pâle, mettez-la en poudre dans leur manger.

— Tu as raison d'en prendre pour toi, dit Lhiaubet, manille d'atout ! atout et ratatout. Son regard dédiait à la petite Angèle le triomphe dont le rire secouait ses grosses épaules.

— J'ai un petit mot de confidence à vous dire, dit Angèle à Lhiaubet. Venez derrière le billard avec moi.

— L'alcool n'est pas un poison, continua M. Louis, il a tout pouvoir d'arrêter le flot du sang et de cimenter les plaies des chevaux. Le café a tout pouvoir sur les maladies des jeunes chiens, rabsinlhe sur les vers des bovniix, et le tabac lue les pucerons dans les jardins.

— J'aime bien les bêtes, dit Antoine Lhiaui)i i. i u n is qu'à te servir de ton manillon, mon petit Constant. Patron, viens prendre ma place ; la petite Angèle veut dire ses secrets d'oreille ù bouche. Y a bon !

— Toi î Antoine Lhiaubet, dit Louis, tu n'as pas de moralité, tu détournes une mineure de quatorze ans, et le patron te laisse faire pour ne pas perdre un client. Va lui faire ta cour, vieux saligaud, vieille canaille I »

Angèle, qui n'avait pas de poche pour cacher la montre apportée par Alice, se servit d'abord du tiroir-caisse, puis d'un bol. Pendant la journée., ce bol fut dnns la cave

et dans la boîte du chat, dans une armoire dite de pharmacie, enfin, le gousset du chauffeur Lliiaubet, un des plus forts malandrins de Paris, servit de véhicule à ce bijou, commençant ainsi les hautes destinées qui furent les siennes à partir de ce moment. Le bref colloque de la petite servante et de son amoureux quadragénaire fut interrompu par le départ trop brusque de celui-ci et l'arrivée geignante de M"^^ Lafleur. On devait se revoir chez le juge d'instruction.

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