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(/ collègue nous pouvons ne pas hésiter à prendre contact pour les sympathies et, je le souhaite^ la camaraderie. Je me flatte que nos tentatives d'art vous passionnent. Je bavarde devant vous, illustre signor, en robe du Premier Empire. Nous répétons Madame Sans-Gêne, pièce que nous ne traitons pas légèrement, je le déclare. H y a d'abord en jeu toute une reconstitution par le décor et les accessoires. J'estime que l'organisation de l'ensemble dépend de la convenance des détails amusants et intéresscmts. Nous réunissons avec zèle et bonne foi tout ce qui compose l'époque. Eh bien ! — je suis ambitieuse, vous nous ferez grand plaisir en nous communiquant, en nous confiant cette précieuse montre de l'Empereur dont tout le monde parle. Rien que cela! ! ! oh! je vous serais si reconnaissante! Ce serait une telle attraction! le plus bel ornement de notre représentation. Vous ne pouvez pas refuser.
Je suis inquiète de l'accueil que vous ferez à celte audacieuse lettre que j'ai tant Iiésitc à écrire.
Et vous prie, en attendant une visite qui serait un honneur pour nous iouSj de recevoir mes salutations distinguées.
ViOLETTA,
Premier rôle en représentations au théâtre San Théodore.
Très belle dame^
Ma foi» oui! et avec entliousiasme^ soyez-en persuadée! Puisque cette montre sourit à votre imagination d'artiste, je ta mets à votre disposition. C'est avec une joie spontanée que je vous accorde son concours. A un costume empire, elle siéra à ravir. Et moi, je m'unis à cette représentation ; je contribue à l'Art tout entier en bloc, très belle dame, avec plaisir. J'en suis cliarmc, inutile de wus le dire. Moi,
le théâtre me met en révolution : en ce monde, chacun a sa marotte. Vous savez que l'Italie n'est plus cette terre où un million de touristes par an viennent sonder l'histoire ancienne, non! l'Italie n'est plus un cadavre, « le tombeau de marbre pour les amateurs d'architecture et de sculpture », ma chère patrie a senti la nécessité de la science modernCf et surtout de l'Art. Ce sont de charmantes artistes comme vous, belle dame, qui la rajeunissent. Aussi, subit-elle avec impatience les bourgeois chargés de graisse et d'argent qui l'embêtent, passez-moi la vulgarité de l'expression, mais elle reçoit avec enthousiasme, croyez-le, les artistes de la France, gracieuse et légère, comme des hôtes qui lui versent des trésors d'art. L'Italie se comptait aux pièces de Victorien Sardou et à celles de tous vos autres génies.
Vous ne sauriez croire quelle fête c'est pour moi de transporter à vos pieds l'objet que vous désirez si ardemment.
Et de me dire, belle dame, le serviteur profondément dévoué de la grâce, de la beauté pour lesquelles vous luttez continuellement.
Cecco Baldo.
La concierge du théâtre San Theodoro inspecta les souliers vernis de Baldo, son bouquet blanc et son écrin bleu pâle. Elle ne lui marqua ni Thonneur qu'il espérait d'être reconnu par elle, ni les remerciements qu'elle lui devait pour une petite somme d'argent acceptée. Elle disparut.
« Un bien désagréable corridor pour attendre une femme. La nuit comme dans un four et la nuit humide 1 derrière des scènes, c'est toujours la boue, le dégel... En somme, la lettre de Violetta, cette petite, est tournée artistiquement, hein ? Attention à l'écriture : c'est la conséquence directe du tempérament des gens. Eh bien, en somme, c'est une personne élégante comme toutes les actrices ; l'écriture était ravissante, elle était large, l'écri-
turc, elle était ronde, elle était magistrale ! De la régularité, de la correction, bref de l'éducation I »
Certaines récriminations historiques et musicales avaient été interrompues par un jeune machiniste frisé auquel le penseur versa un pourboire. Elles furent reprises sur une marche de pierre à cet appel lancé connue une cloche de cathédrale « Do-mé-ni-qué ! » « Attendez-moi-là I » dit le jeune machiniste consolant qui abandonna l'excursionniste et la descente d'un très étroit escalier. Un don Juan qui a les cheveux teints est patient.
Un monsieur, finement habillé, monte de la profondeur des pierres avec des factures et des télégrammes.
« Au premier abord, monsieur, ma présence vous paraîtra baroque, elle signifie que j'ai été invité par jViue Violetta ù venir la voir aujourd'hui. Il n'aurait pas été courtois que je manquasse à son rendez-vous, vu sa bonne grâce.
— Monsieur, je regrette... Mais Violetta répète et, en principe, elle est invisil)le.
— Généralement parlant, il y a de quoi I je comprends que le simple accès du bourgeois sur le plateau puisse interrompre l'inspiration des artistes. Mais, pour moi, c'est très spécial I je suis tout timidement le moyen de transport, le passage d'un accessoire.
— Ce n'est pas ce bouquet, je suppose ? oh I il est de très bon goût et Violetta l'appréciera, mais la direction est entêtée... en principe...
— Mon Dieu I le bouquet est une agréable prévenance. Il n'est pas urgent... On n'a pas été sans vous parler en ville de l'histoire d'une montre...
— Ah 1... ah I... vous seriez donc le signor Cecco Baldo, le fameux, l'illustre. Oh 1 signor Baldo, je suis désolé I Vraiment, je regrette beaucoup 1 c'est dommage que vous ayez attendu. Heureusement, je suis arrivé juste... C^amjmbasso, régisseur I Ah I nos gens du petit personnel II I quel est encore l'inflme qui vous a laissé dans cet escalier ?
Nous nous faisons un plaisir dans ma maison, tous I de savourer la montre de Napoléon pr, et je ne vous cache pas qu'étant collectionneur moi-même, je suis très sensible à ces splendeurs, à ces richesses. J'apprécie tout ce qui est de style grand seigneur. Consentirez-vous à me précéder dans le bureau du directeur ? Il me semble intéressant qu'il soit en communication avec un personnage aussi à la mode que vous. Entrez donc 1 je vais le prévenir. »
M. Mandaccio, le directeur du théâtre, jouait dans la vie vénitienne le rôle de l'homme d'affaires américain et mieux qu'aucun de ses acteurs ne jouait les siens sur la scène. Voyons d'abord le décor ! Sachez que vous n'êtes plus dans l'ancien monastère, aujourd'hui tnéâtre. Dans ces « régions directoriales », ne vous sentez-vous pas en Amérique ? l'Amérique du Nord ! et quelle image fidèle de l'Amérique, telle que nous la rêvons, tous : ce vestibule meublé de trois machines à écrire un peu poussiéreuses I ces deux téléphones I ces quatre chaises censément fabriquées à Londres ! et ce bureau ! ce bureau grillagé de cuivre ! ce bureau d'un appariteur absent ! Lui qui se plaît à dire que le luxe l'enchante sans l'étonner jamais, M. Baldo ! M. Baldo est médusé par l'Amérique ! et si bien que le bouquet qui fut tenu comme une lance î la lance du chevalier en quête de la Belle Inconnue dans la forêt théâtrale, le pauvre bouquet devenu embarrassant en Amérique, il pend comme une quenouille ! Et notre écrin de velours bleu pâle. Où est-il cet écrin où vit le trésor de M"^^ Lafleur ? où est-il, sinon dans quelque sombre poche ? Ah ! don Juan des actrices, l'Amérique a eu raison de toi, car te voilà transformé en un vulgaire solliciteur. Près de la Porte Sacrée (<( Direction »), voici le jeune machiniste frisé, Doméniqué ! Baldo ne le reconnaîtra pas d'abord, parce que, dans les conjonctures présentes, il a une casquette et une veste de livrée ensuite, aurait-il le temps de le reconnaître ? il a disparu. Maintenant, Baldo comprend par le nombre des affiches sur
les murs élevés, que les acteurs de ce théâtre ont recueilli des palmes dans tout l'univers (est-ce cela ce que signifie ces affiches ?) et par cette multitude de petits fragments de papiers sur le tapis que le directeur reçoit beaucoup de lettres et les méprise. Il paraît que M. Mandaccio déchire du papier blanc le malin et le sème à poignées dans un certain but. M. Baldo hésite î lui, parfois si violent, et toujours si patriarcal, il a perdu ses grâces I Eh 1 quoi I M. Baldo aurait-il peur d'une paire de jambes : elles sont longues 1 elles s'écartent d'un secrétaire en citronnier et d'une sorte de tabouret de piano jaune I oh 1 ces tristes jambes ! c'est sur un ton découragé qu'elles parlent I car elles ont parlé I elles ont dit :
« Qu'est-ce que c'est encore ? »
Les hommes les plus occupés paraissent l'être le moins : rexemple de M. Mandaccio prouve que la réciproque est vraie. A table vide, mémoire pleine. M. Baldo n'y est pas trompé et c'est ce qu'on désirait. Attitude froide signifie méditation active. Est-ce que « Mandaccio » ne signifie pas « mensonge »? Le dossier mécanique, vernis, du tabouret s'adapte à toutes les postures, il prend le dos de limpresario quand, renversé à l'américaine, sans doute, M. Mandaccio regrette certaine trace gothique sur le plafond. Pourtant, ù un Américain authentique, elle donnerait des joies artistiques cette trace gothique. Les grands yeux de l'imprésario n'exprimeront jamais qu'un muet reproche. Lui, il est plutôt long et creux que large. Sa figure fait songer â un bœuf orgueilleux. Insolence parisienne d'un pseudo-Américain (ses jambes ne se sont pas levées !) M. Baldo y répond par la politesse française, car il est italien. Dans son profond salut, il remarque un pli du l)antalon dont il parlera ce soir â son propre tailleur ; le gilet de velours noir î\ fieurettes. trop commun chez les acteurs ne semble pas. auprès des actrices, prometteur des succès que Baldo ambitionne, tandis que le pli...
« Votre régisseur, M. ('.ampobasso, m'accompagnait en
gravissant un escalier. Il est probable qu'il a eu la bonté de me protéger sympathiquement près de vous.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Pour parler franc ! je sens très bien qu'il est inconcevable que vous vous mettiez de confiance à la disposition d'insignifiantes bagatelles, illustre maestro. Le temps file si vite, n'est-ce pas ! Je vous assure que, dans ma nature, je tremble au fond, je meurs lentement, mais je dirais volontiers que je n'ai pu résister à ce mot à la hâte de M™e Violetta, et qui témoigne si besoin est...
— Ah ! Violetta ! oui I eh bien ? »
L'ensemble des élégances américaines comporte aussi les apparences de l'ennui, un ennui tel qu'aucune lettre au monde ne le pourrait diminuer. Après avoir fait voleter la deuxième page de celle-ci dédaigneusement, il dit :
« Qu'est-ce que c'est que cette maîtresse-montre? »
Les élégances américaines ignorent les potins de Venise, bien que M. Mandaccio les connaisse.
« Je me trimbale beaucoup chez les antiquaires... en touriste, répond Baldo en offrant l'écrin ouvert : c'est mon sport favori. On les traite de voleurs et, ma foi, ces antiquaires sont une race bien bizarre. Oh I dans mes investigations, je m'enfonce au milieu de quantités négligeables. Voyez, si je n'ai pas de quoi être consolé de mes déceptions de chercheur. Oh 1 je suis bien tranquille sur l'originalité de l'objet et sur les sources I »
Et la séance, monsieur Baldo, de sommeil divinatoire chez M™e Burckardt qui donnait tant de relief à votre trouvaille et à vous. Fi donci une mention du surnaturel près de cette sérieuse Amérique n'est pas admissible I Et l'ingénieuse fable d'Anna Spoleta ? la fable du présent d'amour de la choriste ? Dans la double course aux mensonges, le bluff amoureux fut étranglé par le bluff à l'américanisme ; faut-il croire plutôt qu'on n'ose pas mentir devant les Grands ? cependant nous assistons à une série nouvelle de vanteries inaugurées par le besoin
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urgent d'intéresser : le bluff archéologique. Bah I il fallait bien une revanche -h tant d'humiliations! et notre réputation de dilettante auprès des journalistes nous a suggéré cette improvisation: qu'on loue un homme pour un mérite, il l'acquiert.
« Pas de doute ! ça tient dans la main I ça a une valeur en poids. Comme nos aïeux travaillaient solidement I comme ils œuvraient avec conviction. Aussi, qu'arrive-t-il? c'est que des constructions si bien trempées passent à la postérité. Pas de doute : Bréguet, près le Pont-Neuf. Lafleur, rue Gabrielle, Paris, 7877. C'est bel et bien les noms du fabricant et du propriétaire : ce sont des garanties fortes, ça. Non 1 vous n'avez pas à vous tourmenter sur l'authenticité de la pièce... Houm I eh bien, qu'est-ce que vous voulez que je fasse de ça dans mon théâtre ?
— En ce monde, chacun a sa marotte, illustre maître. Moi, le théâtre me met en révolution, et puisque la lettre de M'"« Violetta disait en détail qu'elle veut se servir justement de la montre, alors, je me réjouissais et, ma foi, j'avais grande envie, je grillais d'apporter mon concours à..
— Ah I oui ! Violetta ! un accessoire î eh bien I mathématiquement, ça doit marcher avec les plans du metteur en scène, le travail d'un caporal quelconque. Cliez moi, monsieur, c'est la grande école, l'école de l'organisation, des directives. Chacun à son poste ! Il est de toute nécessité que mes acteurs soient costumés, grimés, sous une seule main, une main lourde !... Dès lors... je ne me persuade pas très bien de la signification de votre visite... c'est de la fantaisie, de l'artificiel... Qu'est-ce que vous faites-là ?
— En somme, je le déclare du fin fond de mon cœur, convié par M»"» Violetta, j'apportais mon complet dévouement à la cause de l'Art. Ma fol, je suis stupéfait, épouvanté, annihilé...
— Monsieur, je m'appelle Mandaccio. Mes aïeux, qui n'ont jamais obéi qu'à la force, sont des colonnes qui se perdent dans les fondations du Milanais, J'ai bai.ssé le
cou sous le travail tous les jours de mes années, insensible, indifférent. D'autres, moins trempés, se sentiraient vieillir, se flétrir. Regardez-moi, j'ai trente-neuf ans, je suis parfaitement jeune, vibrant, élastique. Eh bien I ma situation est intenable, je suis paralysé par les affaires. Ce bureau, ce vaste bureau — c'est du citronnier — regardez-le, il abrite cent soixante-douze lettres agglomérées aujourd'hui, tout ce qui constitue une tournée en Amérique ! une entreprise grandiose ! le matériel est là. J'étends mon pouvoir dans le monde entier. Il aborde ici une masse de dépêches sans compter le téléphone. Vous I vous crochetez ma serrure sous un prétexte, vous arrivez î vous arrivez devant moi pour me parler de quoi ? de M^ne X***, d'une montre !... »
La voix de M. Mandaccio est mince, sourde, triste, lente. Sauf le projet de tournée en Amérique, chacune de ses paroles est un mensonge. La manie des grandeurs ne se satisfait que de l'écrasement. M. Baldo est écrasé. Le personnel du théâtre admire trop M. Mandaccio pour se plaindre de lui : il est d'ailleurs généreux pour étaler sa puissance, mais il est féroce dans le même but. Qu'il se montre ceci ou cela, sa voix faible ne s'élève pas plus que le < muet reproche » de ses yeux ne s'éclaire. Si M. Baldo était capable de comprendre ce à quoi ses affections ne l'unissent pas, il eût pu doucement mépriser M. Mandaccio, mais la répulsion l'abrutit ; s'il n'était pas d'avance médusé par le milieu théâtre, tant d'insolence aurait arraché du fond de sa chair de miel l'une de ses colères grossières. Il s'éloigne, aussi confus que possible.
Le bon Gecco est comme un agneau errant dans les couloirs. Il constate, avec un contentement de soi, qu'il ne s'est pas mis en colère, et avec admiration que, modernisé, le théâtre est livré à des gens parfaits, les trusters. Il ne pouvait être en de meilleures mains. Baldo se reproche d'avoir dérangé un de ces hommes parfaits. Il aime un
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peu moins les grandes affaires depuis qu'il souffre de leur égoïsmc. Quoi ! ne pas mettre le long de ces grosses murailles quelque aimable casquette galonnée ou quelque inscription pour qu'on se dirige. Mais il se reproche cette amertume devant ceci : Scène côté jardin, sur une porte. Tout son corps la pousse, tandis qu'en souriant d'aise, il écarte avec un geste de dame fleuriste les fleurs pour donner plus d'ampleur au bouquet qu'il tient de la main gauche, ainsi que l'écrin bleu pâle. Surveillons-nous dans un milieu qui n'est pas le nôtre. « Qu'alliez-vous faire en cette galère, Baldo ? » C'est la nuit de tous les côtés, la nuit malgré ces vers luisants rouges et violets. Au-dessus (le vous, ces échafaudages de cathédrale en construction ne vous inquiètent pas ? et ce gouffre de charpentes à vos pieds ? Mais M. Baldo ne pense plus qu'à sa belle, la belle qu'il n'a jamais vue : ce sont des amours de chevalier (lu temps jadis et leurs aventures ne sont pas faites pour les hommes de votre âge. Prenez garde aux clous des planches et aux basques de votre gracieuse jaquette, petit danseur gras I Savez-vous ce que c'est qu'une ferme ? non ? eh bien ! on appelle ainsi le châssis et la toile de décoration quand ils sont ensemble. MonsieurBaldo hélas 1 en connaîtra au moins le poids tout â l'heure. Votre crâne est un peu chauve et vos cheveux sont teints. I^xcellent et noble monsieur, j'en suis peiné, il y a du (langer, et vous 1 vous écoutez les acteurs qui sont derrière le décor. La monotonie de leur manière de déclamer vous cause une grande déception. Aux lumières, la joie des yeux trouble le jugement qu'on i)ourrait en avoir : c'est pourtant, à ce qu'il paraît, comme cela que parlaient les gens à l'époque de « Madame Sans-Gêne ». Tous les héros de toutes les époques parlaient comme ça. Et puis, n'est-ce pas, qu'importe ? c'est plus joli I Cependant, une « certaine ferme » se met à tomber comme le volant d'une grosse roue d'usine. Elle s'est mise en route sans faire de bruit ; le départ a été dans un grand silence. Elle arrive»
rait de même si elle n'avait entraîné des planches lourdes. Cela se tait quand cela va dans l'air... Ah I trop tard, noble Baldo I trop tard pour reculer... Ces planches s'appellent un « praticable... » Hélas ! Baldo n'est plus là 1 il est sous cet amas que ses bras courts essaient de retenir au-dessus de la tête. Il a gémi, le pauvret I il a gémi bien bas. Les hommes élégants ne font jamais d'éclat, même devant la mort. Le « praticable » a ouvert le décor avec le bruit que fait la grêle sur une vitre. Voici quatre raies de lumières d'où sortent une demi-douzaine de personnages bizarres et voici le tonnerre des planches déchirant le nuage de la poussière illuminée.
« Donc ! il est probable, alors, que c'est vous qui retournez tout ! Tant de chahut pendant qu'on répète, hein ? dit en découvrant Baldo un des hommes qui s'occupe méthodiquement à réparer le désordre. On n'a rien de mieux à faire, hein ? il fait pas assez chaud, hein ?
— Il est inconcevable qu'on ne soit pas libre de circuler seul, normalement, sans trembler de se détruire dans les locaux d'une administration qui paraît si moderne. Je ne suis pas de cristal, mais je rapporte une mauvaise impression, répond patiemment le martyr de l'Art en ramassant son chapeau et le bouquet qu'il rejette parce qu'il est flétri. Oh I tout le monde est dans l'inquiétude I en révolution I Grand merci, mesdames, soyez aussi tranquilles que possible. Tout compte fait, mes contusions sont sans gravité I Un peu de vertige I un peu d'étourdissement ! non ! je n'aurai pas à subir les consultations des médecins I mais ce qui m'arrive est navrant I je suis au désespoir. Mon Dieu I purement et simplement, une conséquence directe de l'accident. En effet, j'apportais par plaisir un présent — vous ne sauriez croire avec quelle joie — à une dame qui m'avait fait l'honneur de le désirer et, en résultat de cette dégringolade, il est perdu. Que cela m'ennuie ! Bien bizarres toutes ces histoires I