‹ Filles de la pluie (scenes de la vie ouessantine)Chapitre 16 sur 23 · J8 FILLES DB LA PLUIE · texte numérisé non relu

J8 FILLES DB LA PLUIE

Jeannic et Bibiane se glissèrent au Naoulou, intriguées par ce sentiment qu'elles considéraient comme une anomalie. Elles voulaient savoir le secret de tant de sagesse.

— Mais qu'es-tu devenue, Julia?... Je croyais que tu étais morte ! fit Jeannic.

— Et moi, j'affirmais qu'elle vit toujours, reprit Bibiane, et qu'elle est heureuse. Car je savais que Julia n'a plus rien à envier, puisqu'elle aime.

— Hoppelal... je n'ai pas entendu, dit Julia.

— Ah! ne nous conte pas d'histoires. Tu es folle de ton kouer (homme étranger). Et tu n'as pas tort. Mais ce n'est pas une raison, Julia pour t' enterrer et lui montrer trop d'attachement. Parce qu'ainsi tu n'en obtiendras rien.

Julia se mit à siffler.

— Et n'oublie pas, reprit Jeannic, que rien n'est sot comme de se dévouer entièrement à un homme. C'est toujours se préparer du chagrin.

Alors, Julia, dans le cœur de qui personne n'avait jamais su lire, jura que son ami était, en tout, semblable aux autres hommes. Et que certainement il pourrait la tromper, comme, sans doute, il en avait déjà trompé d'autres, et

comme elles, Bibiane et aussi Jeannic, avaient déjà été trompées.

Les deux bonnes âmes soupirèrent.

— Je comprendrais encore, fit Jeannic, si tu étais mariée — ou, si, vieille et laide, tu avais eu le bonheur de retenir quelqu'un. Mais tu es jeune encore, Juliana, et tu es jolie. Et beaucoup envient ton étranger ; il y en a plus d'un qui pense à toi, ici.

— Beaucoup qui t'aimeraient si tu étais moins sauvage, approuvait Bibiane. — Et voilà des chances dont il faudrait tirer parti.

« Mais toi, Juliana, qui ne t'es jamais affichée avec un homme, puisque tu t'es décidée, enfin, à choisir un ami, pourquoi tant de retenue, dèslors, et au point d'en être ridicule?... N'oublie pas que tu seras quittée comme les autres !

Or Juliana demeurait indifférente à ces discours tendancieux. Pourquoi Bibiane, moqueuse, ajouta :

— Juliana du Naoulou est restée vierge — je le dis, parce qu'elle le dit, mais qui le croit?... — est restée vierge longtemps. Mais un jour, enfin, lassée de sa vertu, elle s'est avisée du proverbe ouessantin : « Si tu vois un homme, dépéche-toi de le prendre : il n'y en aura pas

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