FILLE
de l'homme du peuple, il fallait l'écraser par une puissante supériorité.
Les individus naissent en harmonie avec leur temps . Si les grandes époques manquent parfois aux hommes , il est bien rare que les hommes manquent jamais aux grandes époques : un homme de génie apparut. — Cet homme, c'est Charles Lacour.
Charles Lacour commença nar étudier la savate, et arrivé à une force supérieure, d'écolier il se fit maître tout en convenant cependant, ce qui est rare chez les professeurs , que la savate , même comme il l'enseignait, était un art incomplet.
Il rêvait doue nuit et jour aux moyens de perfectionner cet art.
Comme il était plongé au plus profond de ses calculs théoriques, il entendit parler de la boxe.
Quand je faisais partie de la garde nationale, et cpie mon sergent, avec grand'peine , m'avait fait faire demitour à droite, il s'arrêtait, haletant, s'essuyait le front avec son mouchoir, puis me disait, d'une voix lente, accentuée et solennelle, afin de rendre la démonstration plus lucide :
« Maintenant, monsieur Dumasse, demi-tour à gauche est exactement la même chose que demi-tour à droite, excepté que c'est tout le contraire. — Aile/.. •
Eh bien ! pour me servir de la démonstration de mon sergent qui m'a
toujours paru la figure la plus claire de l'école de peloton. — Je redirai après lui :
« La boxe est exactement la même chose que la savate, excepte que c'est tout le contraire. — Allez. »
En effet, écoutez bien ceci : et vous en tirerez encore cette conséquence poli tique qu'il y a, outre la haine nationale, une antipathie naturelle entre l'Anglais et le Français ; n'en déplaise aux preneurs de l'alliance anglaise.
En effet l'Anglais dans fa boxe, — la boxe est la savate de l'Angleterre, — a perfectionne l'usage des bras et des jmings, tandis qu'il n'a considère les jambes et les pieds qrte comme des res -
sorts destinés à rapprocher ou à éloigner le boxeur de son adversaire.
Tout au contraire, dans la savate, qui est la boxe de la France, le Parisien avait fait de la jambe et du pied les agents principaux, ne considérant les mains que comme armes défensives .
Il en résulte que l'Anglais perd toute la ressource qu'il peut tirer des pieds, tandis que le Français perdait toute l'aide qu'il pouvait espérer des mains.
Charles Lacour rêva cette grande entreprise, cette splendide utopie, ce suprême perfectionnement de fondre ensemble la boxe et la savate.
Il partit pour l'Angleterre, et sans leur dire qui il était, il prit, comme un écolier ordinaire, des leçons de Swift et
Adams, les deux premiers boxeurs de Londres .
Puis lorsque Pecolier.se sentit maître, il revint à Paris, et mis sa théorie en pratique.
De cette combinaison est née la savate contemporaine ; cet art terrible qui met l'homme qui le possède en état de lutter, non seulement avec un homme plus fort que lui, mais avec quatre hommes d'une puissance supérieure à la sienne.
A partir de ce moment, et grâce à la réunion des pieds et des poings, qui fait des quatre membres, dont Dieu, dans sa prévoyance, a doué l'homme, des armes tour à tour défensives et offensives. La victoire de l'homme du monde sur l'hommedu peuple ne fut plus douteuse,