‹ FilmsChapitre 10 sur 48 · DE MAX · texte numérisé non relu

DE MAX

Il a des écharpes étincelantes, des bagues magnifiques. Il se parfume à l'eau de Cologne mélangée de géranium. Sur son lit sont des peaux de tigres ; dans sa chambre des tapis de Smyrne, des bibelots et des coussins de soie ; dans ses cassettes des pièces d'or, des cigarettes orientales et des pastilles à l'encens. 11 est roumain. Il a des yeux étranges et des cheveux en couronne. On sent qu'il a paradé dans l'histoire des empereurs latins et dans la fantaisie des rôles sanglants.

C'est le Jean Lorrain du théâtre.

On l'a sifflé, on l'a acclamé, on lui a jeté des fleurs, on s'est tué pour lui.

Il est innocent et terrible. Il est beau et il a peur de la vieillesse.

Lorsqu'il est rassassié de gloire, il s'enferme dans sa maison, qui est une salle de palais barbare, pour étudier ou pour pleurer, on ne sait pas...

Il nous livre son masque. S'il montrait son cœur il se trahirait et c'est pourquoi il reste arrogant et farouche dans ses attitudes.

Son désir doit être une salle de bal : lumière, fard et volupté. Il veut être continuellement le plus beau danseur de la scène.

Il crie :

— Laissez-moi passer !

Il n'a pas de méthode ou du moins il n'en a qu'une, la sienne. Elle est faite d'inspiration momentanée, de création directe. Il ne joue pas, il collabore. Il dépasse l'auteur ; il l'exhausse et le trahit tout à la fois.

La décadence des époques, des mœurs, des styles trouve en cet athlète paresseux et élégant, son incarnation. Il joue les fous et les saints avec sublimité. Il est Hamlet, il est Néron, il est Saint Paul.

L'exaltation et l'étrange sont cousus à sa pensée et à son corps ; il a la passion, le vice de 'à côté ; il a la maladie miraculeuse de la perversité, comme Baudelaire.

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