‹ FilmsChapitre 9 sur 48 · COMTESSE DE NOAILLES · texte numérisé non relu

COMTESSE DE NOAILLES

dans la mélopée du musicien. Le Chianti avait un goût pesant, acre et savoureux qui me crispait la gorge et m'étourdissait le cœur. Et je buvais, et je buvais...

O petite Comtesse de Noailles, vous êtes cette rose, cette maison et ce vin !

BEETEAUX

Le petit jour. Fête d'exécution capitale î Paris ne s'est pas couché. Du cabaret on est allé an champ d'aviation.

La foule s'est amassée, énorme, noire... Des escadrons de cuirassiers passent et font une barrière mouvante contre l'entassement qui voudrait voir de plus près. L'enthousiasme s'élève comme une épaisse fumée qui s'épanouit. Il y a des cris, des espérances ; chacun prend à son compte la victoire qui doit couronner les favoris. Au seuil des hangars les moteurs ronflent, les mécaniciens s'agitent.

Là-bas, un remous... C'est le cortège des ministres...

— Vive la France ?

BERTEAUX 25

Monsieur Lépine donne des ordres. Les casques des soldats étincellent dans le jour gris, sous le ciel bas.

— Vive l'armée !

— Prenez donc garde aux chevaux ! dit un bourgeois solennel,tandis que la foule l'oppresse, l'étouffé.

On rit.

— Les clievaux ! ah ! ah ! pas de danger !

Et sur la piste immense, déblayée, les grands

oiseaux s'élèvent, tournoient, prennent le vent,

courent vers Madrid !

Les yeux sont rivés à la fuite des monoplans

qui ondulent, en écartant l'espace.

— Oh ! celui-ci qui n'est plus qu'un point noir !

Celui-là qui ne veut pas voler !

Entre deux départs, le cortège officiel quitte

la tribune, va faire un tour sur la piste. On n'est

pas du gouvernement pour rester derrière les

barrières !

Mais « celui-là qui ne veut pas voler » surgit,

tombe on ne sait pas d'où, et roule sur le sol, de

tout son élan, de toute sa folie...

L'hélice tourne, tourne encore- Un saut à droite, à gauche, en avant, un saut

n'importe comment pour échapper à cette machine monstrueuse qui fauche devant elle, sans considération, sans merci.

Le cri d'horreur de la foule. Tous ne sont pas sauvés. Un homme est-là abîmé : c'est le président du conseil.

— A qui est ce bras ? ce sang? cette figure labourée !

— A M. Berteaux, ministre de la guerre.

Il ne respire plus ; on l'étend sur une civière ; on le mène à l'infirmerie.

Le bourgeois solennel mis au courant du carnage prononce gravement :

— Je l'avais prévu.

Et comme il est auti-gouvernemental et qu'il a des principes il cite l'oraison funèbre de Bossuet : « Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et terribles leçons » .

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