WILLY
Quoi ! parce que vous l'avez vu passer en voiture ayant Polaire à sa droite et Colette en face, sur le strapontin ! parce que son chapeau avait des bords plats inaccoutumés ! parce que, avec un dédain solennel, il vous a raconté les pires aventures qu'il semblait avoir eues et que vous seuls aviez ! parce qu'il a pris une attitude dévergondée d'écrivain et qu'il a crâné, de partipris, devant l'étonnement public ! parce qu'il s'est fait, paradoxalement, le chevalier du vice, vous le méprisez ou le condamnez ?
Pauvres mufles ! auriez-vous eu sa qualité d'exagération et son héroïsme !
Il vous méprisait, comprenez -vous ! S'il ne vous avait pas flanqué ses maîtresses à la face
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et ses livres, les moins grands, au cerveau, vous sériez-vous occupé de lui !
Baudelaire vous donnait aussi ses cheveux teints en verts! Les cheveux verts de Willy c'est sa façade parisienne. Ce n'est pas à vous que Baudelaire livrait ses poèmes. Ce n'est pas à vous que Willy livre sa pensée.
Faux bonshommes î tartuffes ! sénateurs Bérenger! criez contre les cheveux ! acharnezvous sur des perruques !
L'homme est déjà loin quand vous faites la police autour des feux de bengale qu'il a allumés en l'honneur de votre ahurissement.
De là-bas, il vous contemple et vous étudie. Willy vous jette sa peau en pâture pour voir comment vous vous comportez devant une peau chargée de tous les péchés humains.
Quand vous êtes assemblés, vous agitez le sceptre de la morale, mais, quand vous vous croyez seul, vous dérobez, comme une relique, un x^etit morceau de cette peau et vous la pendez autour de votre existence secrète.
Vous parodiez en cabinet particulier et en chambre de banlieue la comédie de luxure dont cet épiderme est la signification.
Willy s'est déguisé en pantin pour la joie de tous voir tenir véritablement le rôle. Et il tire la ficelle de vos sens, à perpétuité.
Il rit, il rit, comme il rit!
Xon il ne rit pas, il souffre, il est écœuré... Il pense: — «Pour vivre je suis obligé de leur vendre l'apparence de la joie. Si je leur offrais mes sentiments d'honnête lionime, je ne les amuserais plus et je crèverais de faim ».