‹ FilmsChapitre 28 sur 48 · MONNA LISA · texte numérisé non relu

MONNA LISA

Il est des femmes qui sont trop belles pour n'appartenir qu'à un seul. Cette Monna Lisa, qui avait de la volupté dans le visage et sur les mains, était devenue une sorte de maîtresse commune à tous les hommes.

Ses amants n'étaient pas jaloux entre eux; ils s'assemblaient, parfois, pour se montrer, les uds aux autres, quelque détail d'expression de la favorite et ainsi ils exaltaient leur mutuel amour.

L'épouse du florentin Francesco del Giocondo, de par le génie de Léonard de Yinci et la générosité de François Ier, était comme une collectivité du cœur.

Nous avions donné à cette maîtresse un ap-

parlement nous paraissant digne d'abriter sa tranquille beauté et c'est au Louvre que nous l'allions voir.

Il ne nous serait pas venu à l'esprit de deviner la Joconde infidèle, car nous avions la garantie de l'adoration de chacun qui la surveillait.

Peut-être notre facilité à lui aller rendre hommage quand il nous plaisait, à nos heures, l'habitude d'être certain de la retrouver d'une humeur parfaitement égale, nous auraient entraînés vers un mouvement de lassitude si notre orgueil ne s'en était mêlé. Le sentiment de la chose acquise ne détruit pas la gloire de la propriété et Monna Lisa nous tenait par son attitude de chef-d'œuvre.

C'est notre confiance qui nous a perdu et aussi M. Homolle qui était un amant comme nous, mais un amant officiel, c'est-à-dire un chargé de responsabilité.

Un jour, la Joconde s'envola de son cadre et de son Salon et nous apprîmes la nouvelle avec la stupéfaction et la jalousie d'un mari trompé.

— Eh quoi ! nous écriâmes nous, cette femme charmante, vertueuse pendant des siècles, s'est soudainement prise de frivolité?

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