‹ FilmsChapitre 37 sur 48 · PAUL MARIÉTON · texte numérisé non relu

PAUL MARIÉTON

Il disait : « J'ai sept ans de sommeil en retard ». Ce sont ces sept ans de sommeil en retard qui Pont emporté. Il était venu à Avignon où les soins du docteur Aubert, le soleil et le ciel semblèrent un moment l'arracher à son mal.

Mistral lui rendait visite chaque semaine, lui apportant, avec une simplicité touchante, des œufs frais de Mailla ne.

Pauvre Mariéton ! Xi la Provence, ni ses amis ne purent le sauver.

Il mourut à Nice, comme si le destin avait pris le soin élégant d'abriter dans un salon les derniers moments d'un homme d'esprit.

Mariéton n'était pas un félibre comme on l'a écrit, car les félibres ont oublié les bonnes manières dans l'exaltation de leur foi. Il était un amoureux du Midi, simplement. Son cœur ne sachant se résigner à une heureuse solitude, il éprouvait le besoin de partager ses affections. C'est ainsi qu'on le voyait conduire de Paris à Arles une farandole de jeunes femmes qui n'auraient connu, sans lui, les Alyscamps et St-Trophinie.

Il était le maître des cérémonies du pays du Bhône.

Son protocole était tour à tour souriant et hautain.

S'il s'amusait de son défaut de langue, il ne cherchait pas ses mots dans les situations où ses sentiments d'artiste étaient enjeu.

Orange lui devait sa gloire. C'est devant le Mur qu'il répondit à un américain qui lui en demandait le prix :

— Deux mille ans, monsieur.

Il avait la fierté d'un poète. Des gens se trompèrent qui crurent que Mariéton n'était qu'un amuseur et qui ne retinrent que ses mots. Il portait une âme profonde et émue. La

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