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GABY DESLYS

Je pense que l'ai connue demoiselle d'honneur dans un grand mariage où le général Canonge était témoin. C'était au temps familial de l'adolescence de Gabrielle Caire. Elle était une charmante petite oie blanche de province en ce temps-là ! Les collégiens passaient amoureux sous ses fenêtres demi-closes. Elle était la jeune fille, élevée par les dames de Saint-Maur et qui se marierait à son tour.

Le café-concert l'a emporté sur le ménage ; la visite à Monsieur le Préfet s'est changée en villégiature chez le roi de Portugal ; la jupe de la pensionnaire a cédé la place au maillot de la chanteuse ; Gabrielle Caire, deuxième prix de

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pliant du Conservatoire de là-bas, est devenue Gaby Deslys, première étoile de la scène de Paris. L'affiche a remplacé le tableau d'honneur. Je puis, aux Folies-Bergéres,voiv les jambes qu'il n'était point permis à mon jeune âge de soupçonner. Je n'en suis pas plus heureux. Je me dis :

— Comme la vie est drôle ! Voici une jolie personne qui porte des jupes courtes au moment où elle devrait les avoir longues.

Le monsieur de l'orchestre, qui étouffe d'impureté près de moi, ne peut pas me ressembler parce qu'il n'a pas pris part au même passé. Il voit des colliers sur la peau quand je cherche une médaille sur la poitrine.

La lumière, les fleurs, les applaudissements, tout cela m'émeut en sens inverse. Je fais du romantisme, dont je me rends compte, sans le trouver inutile, ni bête. J'ai encore la foi.

Si je n'avais pas de religion, cela me serait égal qu'on dise du mal du bon Dieu.

Devant Gaby Deslys, il m'est pénible d'entendre « le dernier cochon » soupirer :

— Oh ! là là ! ce qu'elle doit être fondante ! Une certaine philosophie pourrait me com-

mander de me suffire du moment décolleté que m'offre une jeune femme qui a sa place dans les revues que je vais voir ! Je m'acharne à ne pas la différencier de ses camarades de scène qui lui ressemblent, sans doute, et qui ont leur histoire bleue comme elle, évidemment. Peine perdue !

Les cheveux blonds, le fard des lèvres, la rondeur de la gorge, la nudité des bras, la gracilité des jambes, s'évanouissent devant un souvenir. J'ai un paravent immaculé qui se dresse entre la route parcourue et la route à suivre.

Le monsieur de Porchestre continue à s'agiter.

Moi je récite les vers d'Albert Samain :

O leur petit cou blanc noué de scapulaire

Et leur corps sans péché dans la blancheur des lits...

EDMOND, KOSEMONDE

ET MAUEIOE EOSTAND

Je suis Tu es Il est

Nous sommes Vous êtes Ils sont

I am Thou art He is We are You are They are

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