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ANTOINE

M. Antoine est un timide. Comme les timides il exagère pour se prouver qu'il ne Test pas. C'est de ce combat sur lui -môme que naquit le sentiment audacieux de ses efforts. Il alla droit aux avant-postes, monta sur la scène, tourna le dos au public, joua les pièces révolutionnaires et sortit de la mêlée avec des blessures et de la gloire.

C'était le temps héroïque.

L'ambition est une maîtresse qui dompte avec des baisers les plus audacieux élans.

Le petit gazier regarda un jour sa vie, le chemin parcouru et le chemin qui lui restait à suivre.

Il se disait :

— Eh ! Eh ! j'ai bien marché !

Sa tête carrée, normande, ses petits yeux brillants, témoignaient d'une réflexion profonde. Il se tâtàit cependant. Il voyait sa valise de comédien d'une part et un titre officiel de l'autre. Le cabotinisme et le protocole luttaient en son cœur. Deux voix sonnaient à ses oreilles : « Mon clier interprète » et « Mon cher directeur ». Il s'opposait ses propres titres : « J'ai joué Poil de Carotte » et « j'ai révélé Ibsen ». L'interprétation et la littérature se disputaient son orgueil. Il connaissait les applaudissements, il voulait attirer le respect. Qu'allait-il faire f

Il songeait aussi à la sagesse, qui enrégimente les plus audacieuses inspirations, car cet Odéon qui s'offrait àw lui était une caverne à l'eau de rose.

L'Odéon ! L'Odéon !

Il aurait préféré être moins rive gauche !

Mais TOdéon c'était tout de même un théâtre d'Etat i

M. Antoine pourrait dîner chez M. Fallières !

Il se grattait le nez, montait ses épaules, il s?arc-boutait contre le classicisme qu'il devait mettre dans ses programmes.

Bacine, Corneille, Molière cela l'intimidait un peu.

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