ANTOINE
il se disait :
— Si ces bougres n'étaient pas des gens si Louis XJV ! Si je pouvais en faire des hommes nets, brusques, des hommes comme ceux de Renard, des hommes comme ceux que j'ai joués, comme ceux que j'ai vus !
11 se révoltait, se tournait vers sa boîte de maquillage, mais il était trop tard. M. Antoine était bien devenu directeur du Théâtre National de l'Odéon. Il ne lui restait qu'à se défendre.
— Quoi ! je ne vais pas faire du Ginisty !
Et d'un cou]) il fit entrer le café-concert dans la comédie classique.
— Je suis Antoine !... le fondateur du Théâtre Libre î On verra bien !
Il présenta Dranem et Vilbert. Il se trompait mais il avait la foi.
— Le respect à la tradition î des blagues ! Antoine était de son temps. Il faut être de
son temps.
Molière était un cabot, comme les autres. On n'allait pas faire des manières avec un copain. Et puis enfin Dranem et Vilbert c'est de l'argent qui rentre ! 11 faut de l'argent dans les grands théâtres !
Et voilà M. Antoine dans son cabinet.
Ce bureau, devant lui, le fait un peu sourire. Au fond il sait bien que c'est de la fausse mise en scène.
Il est bourru ; il se doit à l'apparence de sa position. Il renvoie des visiteurs ; il heurte un machiniste ; il épouvante une comédienne
Puis tout à coup, se retrouvant, il se rue sur des manuscrits, des œuvres de jeunes et il écrit à un nouveau-né qui en meurt d'émotion :
— Venez me voir, je mets votre pièce en répétition, dans trois jours..
C'est la revanche de son passé.