‹ FilmsChapitre 8 sur 48 · MAYOL · texte numérisé non relu

MAYOL

de l'ingénue, l'effronterie de la modiste et l'habitude de la courtisane. En chantant il donne le détail de la mise en scène de l'amour ; il minaude l'art d'être innocente, la façon de se laisser prendre ou de conquérir, la manière de lever les bras en laissant s'effondrer une robe et de dégager les pieds d'un entassement de mousseline et de soie. Il a le geste exact que l'on fait devant la glace pour retirer un chapeau sans déranger sa coiffure et le mouvement résolu du corps qui se met au lit. Il sait baisser les yeux, envoyer des baisers, faire le chat dans un creux d'épaule, serrer les jambes, pleurer, sourire, pousser des cris, s'extasier.

Quand il glisse ses doigts sur le vide, Mayol semble chatouiller un épiderme. Les doigts de Mayol sont le clavier des notes de ses sentiments. Il remue l'auriculaire comme on donne un son aigu et le pouce comme on presse la forte pédale.

Les dames, aux fauteuils, rougissent et disent à leur voisin : « Vous avez compris ? »

Mais les paroles ne comptent pas après les gestes. Elles sont faites d'un romantisme évaporé qui est juste assez bête pour avoir sa place

au café-concert.

Mayol ne risquerait pas de se diminuer en n'employant que la mimique accompagnée par une musique de situation. Les couplets superflus sont à peine de la mousse dans la tasse qui déborde.

Il doit penser : « Il en vaut mieux plus que pas assez » et c'est pourquoi il exagère peutêtre encore.

COMTESSE DE XOAILLES

Cette rose rouge, dans ce jardin, semble s'épanouir pour contenir plus de lumière. Elle est tellement épanouie qu'une ombre la ferait s'effeuiller. Pourtant elle résiste encore, par orgueil, au vent léger qui ne lui airaclie qu'un peu de parfum à la fois. Et elle est fière de sa victoire sur la timidité onduleuse du vent et elle proclame sa victoire ; elle se couronne de tout l'azur, de toute la convoitise des autres fleurs qui disent entre elles : « Comment la rose rouge fait-elle pour être vivante en étant si dévastée ? » Et la rose rouge est ivre, et des abeilles mystérieuses et chantantes la soutien-

nent dans l'air chaud qu'elle continue à boire éperdûnient...

Cette maison en briques roses, chargée de lierre, que contient-elle ? Si par les vitres on pouvait voir ! Mais il y a tant de soleil sur les vitres qu'on ne peut pas s'avancer car l'on est ébloui. Faut-il attendre le soir ? Si on allait fermer les volets ! Mais voici que l'ombre descend et ravage peu à peu l'azur, les briques roses et le lierre. Il y a une lampe dans la maison, une lampe qui éblouit aussi. Cette demeure est-elle impénétrable à cause du soleil du jour et de la lampe de la nuit ? Quelle est cette maison lumineuse de toutes parts ?

J'ai bu du Chianti dans une albergo où il y avait une fille qui s'appelait Eosina, où il y avait des hommes qui buvaient aussi, où il y avait un petit italien qui pressait un accordéon. La fille, le regard des hommes et la musique de l'italien s'unissaient par la suggestion du vin. Et je voyais la volupté dans Eosina, le crime sur le couteau des buveurs, l'enchantement

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