‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 100 sur 157 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LES FRÈRES BOHÊxMES

Le mouvement religieux à la fin du xv* siècle. — L L^traquisme; décadence profonde; disette de prêtres et corruption du cierge. Le Consistoire; son impuissance. — IL L*Unité des Frères Bohômcs. EfTcrvcsccncc religieuse. Millénaires et Taborites. Rokytsana, sa prédication. I^s Auditeurs de Rokytsana, Grégoire. — IIL Kheltchitsky; sa biographie et sa doctrine. — IV. Les confréries de Kounvald. Georges de Podicbrad et les Frères. Première persécution. Constitution de l*Égtise des Frères : Mathias, leur premier év6que. Leur propagande. — V. Transformation de TUnité. Amos et le Petit-Parti. — Loukach de Prague. Les doctrines des Frères, leur credo et leur morale. — Le décret de Saint-Jacques (i5o8). — Progrès des Frères et causes de leur échec définitif.

Pendant tout le règne de Vladislas et la période qui suit, les agitations politiques rejettent au second plan les querelles religieuses : elles ne les suppriment pas; non seulement les passions et les rivalités confessionnelles font brusquement explosion de temps en temps et sont, sinon la cause, du moins l'occasion et le prétexte de la plupart des crises, mais encore elles forment comme la trame de l'histoire. Les convictions ou les souvenirs religieux expliquent bien des contradictions apparentes dans l'attitude des partis ou de leurs chefs, des résolutions étranges, des alliances surprenantes.

Tout se tient dans la vie d'un peuple : le développement religieux de la nation tchèque à cette époque est caractérisé par les mêmes traits généraux que son histoire politique.

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et le tableau n'est guère plus consolant. C*est la même con* fusion, la même impuissance i s'élever aux décisions Tiriles, le même abaissement des âmes et la même absence de clairvoyance et de dévouement. L'Utraquisme, prot^é par des privilèges solennels et soutenu par la très grande majorité de la nation, perd l'occasion de sortir de la situation incertaine dans laquelle Tont laissé ses victoires, s*enferme dans une défensive timide, et devenant à son tour exclusif et intolérant, ne constitue plus guère qu*un obstacle au progrès. Sa décadence visible induit en tentation les catholiques : mais leurs nouvelles attaques, molles et promptement abandonnées, sont condamnées d'avance à un échec, sans autre effet que de perpétuer un état général d^inquiétude et d'ajouter une nouvelle cause de désordre à toutes celles qui troublent déjà le pays. En religion comme en politique ce* pendant, mais plus nettement, quelques s\inpt6mes favorables se manifestent, et, en face de TUtraquisme, un pani nouveau grandit, prêt à prendre en mains la tâche devant laquelle recule le Hussitisme officiel, c'est rUNrré des Frè< RES Bohèmes.

En attendant qu'une nouvelle direction morale s*offre au pays, rUtraquisme continue sa carrière monotone, dans laquelle les mêmes incidents reparaissent avec une régularité fatigante. Au dehors, les négociations avec la cour romaine n'avaient jamais cessé complètement ; de temps en temps on envoyait quelque pétition, une assemblée préparait un progromme et désignait des délégués, un légat s'abouchait avec les ambassadeurs calixtins; le dialogue était prévu : ils marmottaient les demandes qu'ils ânonnaient depuis plus d'un siècle, la continuation des Compactats, la nomination d'un archevêque uiraquîstc, l'approbation de quelques menues coutumes qui s'étaient introduites dans leurs cércmonics; le légat répondait par les exhortations connues cl les tins de non recevoir habituelles, et l'on se séparait, irrite, déconcerté : quelques mois, quelques années plus tard, sans que des expériences si multipliées servissent jamais ù rien, on recommençait.

INERTIE DE l'ÉGLISE ROMAINE 283

Au dedans, les tiraillements ordinaires et la lutte sourde avec les Catholiques. La paix de Koutna-Hora- n'avait pas gagné tous les seigneurs à la tolérance : mais les quelques conversions, plus ou moins volontaires, qui ramenaient çà et là trois ou quatre villages à la religion romaine, n'avaient pas grande signification et passaient en somme assez inaperçues : ces variations journalières ne modifiaient guère la force respective des partis. Les Utraquistes s'émurent davantage lorsque, en iSoy, le grand chancelier Albert de Kolovrat fut nommé régent du royaume. Fils de l'ancien Adiriinistrateur catholique \ Albert était connu par son zèle bigot et il se regardait comme le représentant des intérêts du clergé. Sur ses terres, il chassa les curés utraquistes et les remplaça par des prêtres romains : son ardeur fit honte aux seigneurs catholiques, et quelques uns suivirent son exemple. Le roi favorisait le mouvement ; ce fut comme une nouvelle* attaque de la fièvre qui avait sévi dans le royaume en 1 480 : quelques couvents se rouvraient, à Prague les moines expulsés étaient revenus, les diètes retentissaient des lamerftations des Hussites. Mais les accès s'atténuaient: pour calmer toutes ces ardeurs orthodoxes, les protestations suffirent cette fois, sans émeute. Rien ne montre mieux la torpeur du Catholicisme à cette époque que son inaction en face d'une secte aus^i caduque que l'Utraquisme ; il n'avait plus ni force de propagande ni énergie vitale. Il était temps que la Réforme le réveillât de ce sommeil léthargique. Pour le moment, les défaillances de la Curie discréditaient la religion et enlevaient aux catholiques tchèques jusqu'au désir d'une revanche. « Oh! si Pie II revenait, s'écriait un de leurs chefs. Pie II, le dernier des bons papes! » Ce guide qui devait les conduire à l'assaut, ils l'attendirent de longues années encore.

Les difficultés intérieures de l'Utraquisme étaient plus

t. L* Administrateur, commo on le sait, était nommé par le chapitre; tant que le siège archiépiscopal de Prague était vacant, il était le plus haut dignitaire de la hiérarchie et le défenseur naturel de& idées catholiques eu Bohdme.

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graves que celles qui lui venaient du dehors. Le temps n'apportait aucune modification favorable, — au contraire: pas de discipline, pas d'administration régulière, surtout pas de prêtres. Comment combler les vides qui se produis^iient, pourvoir les paroisses de curés canoniquement institués? Les Tchèques avaient de temps en temps des aubaines imprévues : on se rappelle la joie avec laquelle ils avaient appris l'arrivée de Tévcque de Saniorin ^1482^; une vingtaine d'années plus tard, un vieillard, touché par les plaintes et les prières des Bohèmes, consentit à se mettre à leur service, Philippe de Novavilla, évèque de^ Sidon in pariibus ; il fut accueilli à Prague avec des transpons d'allégresse. Effusions sans lendemain. A peine installés, les évOques d'occasion s'inquiétaient des divergences de coutumes et de rites, prenaient au sérieux leurs fonctions et essayaient de plier à la règle le clergé, depuis longtemps déshabitué de tout frein : de lu des tiraillements, des scandales, une mauvaise humeur réciproque. Augustin Lucien n'était pas en Bohème depuis un an qu'il se repentait de son coup de tète, implorait la Curie, sollicitait son pardon ; les Tchèques ne le retinrent qu'à grand peine, presque de force, et la confiance ne revint jamais entre le pasteur ei ses ouailles '.

Philippe de Novavilla fut plus malheureux encore : dans le premier élan de gratitude, on lui avait remis la haute direction de rKglise nationale, ei Vladislas l'avait même reconnu comme évèque bohème et président du Consistoire uiraquiste, l^\ bonne entente ne fui pas longue : les Hussiics eniendaieni le réduire au rôle » d'ordonnateur »» automatique -, protestaient contre toute ingérence dans lesquestions de discipline et de culte, discutaient au lieu d'obéir.

I. l.cs pmii.nMN lie Pia^uc ;i\aicni ctc ch«Hincs Jcs libivs hahîtuJcs Jcs pjcïics ii.ilicn>. XuijiiNim Lucien in«>urnl en i4m-^.

j. 1 *iinK|i;e Je>«i ile-s rti\K|mN(CN el.nl vl'asMirer r>nstiHUi«»n eaiioiùque, de ni.Miicie a n».n'>icnii le Ikm iu)Niiv)ne vnii rall.iehc les preires au\ a|V»- (re^. Nmun \cii>»'î> le «««le viue i«'Ue encMic celle prê«H:cupaln»n Je ruiaie el \le la c«>iituunie vie II uhse chez les TicreN hohcuies, si libix*s J'espnl ce^vudam.

PHILIPPE DE NOVAVILLA 285

Les excommunications et les interdits les indignaient : que Ton frappât ainsi des Allemands et des Italiens, soit; mais des disciples de Hus, des représentants de la vérité! Les maîtres qui dirigeaient le Consistoire avant la venue de Philippe, supportaient avec impatience la déchéance à laquelle ils avaient consenti, en même temps que leur orthodoxie étroite s'eifrayait des quelques modifications que révêque s'efforçait d'introduire : un parti d'opposition se forma autour de Koranda, de Paul de Zatets et de quelques autres membres de l'Université; la population de Prague se prononça pour eux. En 1 5o5, le Consistoire reprit toute son indépendance : Philippe suspendit les ordinations. Ses adversaires l'atteignirent dans ses partiisans. Le vicaire du curé du Tyn était soumis à l'évêque: le juge de Prague le fit arrêter en compagnie d'une femme suspecte, promener avec elle dans toute la ville et jeter eh prison. Philippe de Novavilla suspendit le service divin : pendant trois jours on n'entendit même pas le son d'une cloche; mais cette mesure d'énergie acheva d'exaspérer ses adversaires : Vous n'avez aucune autorité sur nous, criaiton aux prêtres, vous êtes payés pour faire un travail, et vous n'avez pas le droit de vous y dérober. Les maîtres de l'Université et les magistrats de Prague ordonnèrent qu'on ne tînt aucun compte de l'interdit '. Philippe annonça qu'il quitterait le royaume : on le lui défendit. « Il souffre avec nous l'injustice et la méchanceté humaines, écrit un de ses partisans, pleure et se lamente sans cesse, et c'est une chose triste que la vue des chagrins de ce vieillard * ». Il réussit enfin à sortir de Prague, mais les honneurs qu'il reçut à Tabor n'effacèrent pas le souvenir des avanies qu'il avait subies. Le séjour en Bohême lui était désormais odieux ; il s'enfuit de nuit, déguisé; on le rattrapa. La mort le délivra enfin (iSoy). La leçon servit, et depuis lors aucun évêque étranger ne céda à la tentation d'offrir ses services à l'hérésie.

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