‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 108 sur 157 · Osviéta^ 1875, p · texte numérisé non relu

Osviéta^ 1875, p

2. Sur ces précurseurs de la Réforme bohème, voir mon Histoire de Hus et de la guerre des Hussites, p. 21 ci sq., (Paris, 1878).

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le chrétien que s*il s*arrache à ses pièges et se retire loin de lui. — Ces paroles ont bien souvent déjà retenti au moyen âge : que de prédicateurs ont répété que le serviteur de Dieu doit avoir mépris et horreur de la terre> que le renoncement et la pauvreté sont les conditions nécessaires du salut, qu*il est plus diCBcile aux puissants et aux riches d'entrer dans le royaume des cieux qu*à un chameau de passer par le trou d*une aiguille ! Ces doctrines sont si di- * rcctement fondées sur TÉvangile et elles répondent si bien à certains côtés mystérieux de Tàme humaine que TÉglise catholique s*était appliquée à ne pas les heurter de front, avait cherché seulement à les règletnenter, à les tourner à son profit, sans réussir toujours à supprimer ce qu'il y avait là de dangereux pour elle et pour la société. Jamais cependant avant Kheltchitsky, la théorie de l'opposition absolue» radicale, irréconciliable, entre le monde et le christianisme, n'avait été développée peut-être avec autant de rigueur et poussée à ses plus extrêmes conséquences.

Que demande à l'homme le christianisme? la bonne volonté. Qu'entend-on par venu, par mérite? le libre effort de notre âme uniquement animée par l'amour de Dieu. Quiconque fait le bien par force, pour obéir à la loi» par crainte du châtiment, n'est pas vertueux et n'a droit à aucune récompense. Sur quoi est fondé cependant l'Etat? Sur la contrainte, sur la force, sur la violence, c'est-à-dire sur un principe directement opposé à celui du christianisme. L'Église officielle, qui n'est qu'une forme de l'État, implique la négation même de l'idée de vertu. Le jour où il n'y ' aurait plus ici-bas que devrais chrétiens, animés les uns visà-vis des autres d'un esprit de justice et de charité, l'Église et l'État cesseraient d'exister : mais, tant que le mal et le péché régnent, et îls régneront toujours ', l'État ne saurait être supprimé ; c'est un mal nécessaire, (lé du besoin de contenir les passions mauvaises et violentes, il empêche

t. Kheltchitsky ne croit pas que le bien et la vertu doivent jav>«iîs rëfiitr sur la terre : tout au plus les disciples tîdèles du Christ deviendront4Is un peu plus nombreux.

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les guerres incessantes et les crimes qui aboutiraient rapidement à la disparition complètç de Tespcce humaine. Il a encore une autre utilité : le joug qu'il fait peser sur les chrétiens leur rappelle à chaque instant que leur destinée ne s'accomplit pas ici-bas; les persécutions sont un avertissement salutaire et une purification '.

Les fidèles n'ont ri^n de plus à demander h l'État que cette protection indirecte et toujours menaçante; qu'ils prennent pour modèle ces communautés de croyants qui vivaient dans l'empire romain saps se mêler aux païens. Soumis aux magistrats, quelquefois tolérés, le plus souvent proscrits, ils ne jouaient aucun rôle public, ne détenaient aucune parcelle de l'autorité, supportaient sans se plaindre les charges dont on les accablait, souffraient et mouraient .sans colère et sans révolte. Tout a été compromis lorsque, 'SOUS Constantin, l'État est devenu nominalement chrétien : en réalité l'Eglise s'est livrée au monde. La bête trône, adorée, à la place du divin maître. « L'Eglise primitive, stupide^ célébrait le service divin sans ornements, sans autels, sans édifices, sans autre prière qu'un paler : parlez moi de l'Église nouvelle. En voilà une qui sait honorer Dieu ! Elle a entassé des pierres, élevé des autels et de magnifiques cathédrales, inventé des ornements splendides, développé les chants et les prières dans les messes : elle s'est arrangée de manière à assurer à Dieu le culte somptueux qu'il mérite, car chacun sent bien qu'il ne peut pas être honoré autrement et qu'il est froissé quand on ne brûle pas beaucoup de cire et que les murs ne sont pas richement décorés! ))ies ministres de Dieu ne manquent pas, il ont des manteaux éclatants, de hautes mitres et de gros ventres; ils chantent le Seigneur sur tous les tons, mais leur bouche seule le loue, leur cœur est loin de lui -. Ils se réclament du Nouveau-Testament, mais leur seule loi csj celle qu'ils font eux-mêmes. Le concile de Bàle n'a-t-il pas osé décla-

1. Goll, Tchas.y 1881, p. Sa; Khcltchiisky, Réplique ù Rokytsana, publiée par Goll, Quellen, H, p. 9!^.

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