‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 110 sur 157 · Osvieta^ p. ?7t · texte numérisé non relu

Osvieta^ p. ?7t

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la vie pauvre et humble du fils de Dieu et ne croyez pas à sa parole '. »

La société civile n'est pas moins atteinte par la corruption que rÉglise. Les pages dans lesquelles Kheltchitsky nous décrit les souffrances des pauvres et des serfs, Tinjustice des seigneurs, sont au nombre des plus éloquentes qu'il ait laissées. Il est né au milieu des paysans ; il a vécu de leur vie de longues années : son âme droite et tendre crie d'indignation au souvenir de ce qu'il a vu partout autour de lui. Sa déposition, trop émue pour être déclamatoire, nous touche parce que nous la sentons sincère, que sous la phrase biblique nous apercevons le fait réel, les empiétements de la noblesse, le paysan puni de ses révoltes par une servitude plus lourde. Les plantes, nous dit-il, résolurent un jour de se donner un roi ; elles offrirent la couronne d'abord à l'olivier, puis au figuier et à la vigne, qui la refusèrent. Elles s'adressèrent au chardon qui accepta. « Puisque vous m'avez élu roi, leur dit-il alors, vous sentirez que je suis votre maître : je vous gouvernerai si bien que peu d'entre vous garderont intacte leur écorce. )> Pauvres plantes, malheureux paysans qu'on écorce comme un tilleul. Racle, racle, dit celui-ci; le paysan est comme le saule qui vit dans l'eau, il se guérit vite. — Mais pourquoi donc pas? reprend un autre, tout reluisant de graisse, au ventre rebondi. Ce sont nos gens, nos pères les ont achetés, ils nous appartiennent pour toujours; nous en avons la preuve dans nos papiers et dans les registres publics. Pourquoi n'useriohs-nous pas de nos droits et de notre autorité sur eux? — Vos pères vous ont laissé des titres en règle, je n'en doute pas, mais ils vous ont transmis aussi un autre héritage, c'est la mort et l'enfer. Ils ont acheté et ils vous ont légué des terres et des âmes ^ ! ils ont acheté ce

i. Osviéta, p. 304.

2. Kheltchitsky condamne-t-il la propriété ou seulement le mauvais usage de cette propriété? Son opinion me parait un peu flottante. Je traduis aussi exactement que possible : a Si vos pères vous ont acheté des hommes avec des biens et des terres, ils ont acheté ce qu'ils n'avaient pas le droit d'ache-

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qu'ils n*avaient pas le droit d'acheter» on leur a vendu ce qu'on n'avait pas le droit de leur vendre. Ces hommes avaient déjà un maître» Dieu» qui les a crées dans sa bonté et qui fait plus de cas d'un d'entre eux que de tous les trésors du monde. Le Christ les a rachetés» non avec de Tor et de Targent» mais avec ses souffrances et son sang. Et ces libérés du Sauveur» vous usurpez sur eux une autorité sans limites : vous leur demandez de vous assurer une vied*oisi« veté et de luxe. Ils sont méprisés» moins bien traités que des chiens ; on s*engraisse de leurs souffrances» on s amuse de leurs larmes» on les accable de corvées comme un bétail réservé à Tabattoir. Au jour du jugement» ces larmes et ces souffrances crieront contre le mauvais maître. Un chrétien doit-il gouverner comme un païen ? Ne sommes-nous pas tous les fils d'Adam» souillés du même péché» affranchis par la même grâce ! Aimez-vous les uns les autres» a dit lapôtre, et qui aime son prochain remplit la loi ". — Ces revendications de Tégalité et de la dignité humaines sont fréquentes chez les prédicateurs chrétiens : est-il téméraire d'admettre cependant que le spectacle de la révolution oligarchique qui s'accomplissait alors et des misères du peuple a contribué à faire mieux comprendre à Kheltchitsky lespiH rôles de l'Évangile» comme il a donné à ses protestations» qui par elles-mêmes ne sont que des lieux communs, un accent plus pénétrant et plus ému ?

ter sur un domaine qui n*ctait pas à eux. Car telle est la rentable parole de Dieu : à Dieu appartient la terre et toutes ses dépendances, les montagnes, les vallées, les continents, les provinces ; il est le seigneur de loat« et il gouverne dans sa justice souveraine les cieux et les terres qu^l >« crèês^ QuVnit donné vos pères pour cette terre oui est à lui, aAn de vous la laisser en toute pn>priété, à vous, ses ennemis f Celui qui n*est pas de Dien» ne peut ni jouir justement de ce qui appartient à Dieu ni le posséder; il a*ia d^autre titre que celui d*un usurpateur qui, injustement et par vîoleiice, occupe et détient un bien qui ne lui appartient pas. » {Osinéta^ >^/^ P« ^'^f^ Il semble, dans ces parttles, que Kheltchitsky n'admet de légitime propriété que celle des justes : mais un peu plus loin et dans la suite do raîsonBe» ment, il ne parie plus que des mauvais traitements infligés aux serf^de l^in* jure taitc au Sauveur quand on regarde comme des bestiaux les créatures qu*il a rachetées de son sang; la première partie semble perdre ainsi mi peu de son sens absolu et ne s'appliquer qu*à la p«>ssession de Thomme par l*honune. Les Frères n'ont jamais pr6:hé le communisme. 1. ()*»vt7a. 44-^-45o

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Prenons garde cependant de nous y tromper : Khéltchitsky est peut-être un révolutionnaire, ce n'est certainement pas un révolté. — Le riche et le noble qui abusent de leur autorité seront punis, mais Dieu seul a le droit de les frapper. Que le chrétien obéisse à son maître, quelque injustes que soient ses exigences; son humilité et ses souffrances lui serviront devant le Juge suprême. Le fidèle vit en dehors de l'État, mais ne s'insurge pas contre lui. La loi divine est la seule qu'il reconnaisse, mais elle lui ordonne de s'incliner devant les pouvoirs établis : rendez à César ce qui est à César. Toute tentative de résistance est criminelle; toute guerre, même la plus juste, est impie et mauvaise ' ; tout recours à la force est un péché. Le chrétien, lésé dans ses intérêts, se résigne et se soumet; si l'on exige de lui une action que lui interdit sa conscience, si on veut le contraindre, par exemple, à porter les armes ou à trahir la vérité, il refuse d'obéir, mais sans révolte, et subit avec résignation le châtiment de sa résistance. Il n'accepte aucune fonction publique, parce qu'il ne le pourrait guère sans compromettre le salut de son âme ' ; il ne siège pas dans les tribunaux parce que la punition des coupables est une sorte de vengeance et que le disciple de Jésus ne se venge pas ; l'Évangile d'ailleurs réprouve la peine de mort comme le serment. Pénétrés de la loi du Christ, les fidèles ne cherchent pas h s'élever au-dessus de leurs frères : il n'y a parmi eux ni nobles ni vilains, ni seigneurs ni serfs, ni maîtres ni esclaves ; tous sont égaux, également anoblis par le sacrifice du Fils de Dieu. Attentifs à éviter les pièges de Satan, ils ne recherchent pas la richesse, évitent le commerce qui surexcite l'avidité et ne va guère sans fourberies : les poids et les mesures ne sont-ils pas déjà une marque de défiance, une injure au prochain? L'habitation des villes est dangereuse pour le salut; Gain les a inventées,

1. Voir sur l'importante discussion relative à la légitimité de la guerre, au début des guerres hussites, Goll, Tdtas.y 1881, p. 10, et QucÙcu^ il, p. 12-14 et 47-57.

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