‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 112 sur 157 · Jd.f p. 457-Go · texte numérisé non relu

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Kounvald : Grégoire ne crut pas possible de les repousser, il leur imposa seulement un temps d'épreuve. Les Vaudois avaient suivi avec un vif intérêt le mouvement religieux tchèque : désireux de mieux connaître les Hussitcs» il^ avaient envoyé en Bohème des missionnaires qui en étaient revenus avec une foi plus vive, moins timide : quelquesuns des plus hardis, décidés à sortir d'une situation indécise et fausse, se joij^nirent à la communauté nouvelle. En Moravie, un prêtre de Kromiérziz -Kremsier , Etienne, avait réuni autour de lui un petit groupe de .fidèles, assez semblable à celui des auditeurs de Rokvtsana. Leurs invectives contre TEglise officielle irritèrent le clergé : deux d'entre eux furent mis à mort. Les autres, conduits par Etienne, commencèrent en Moravie et en Bohème un douloureux pèlerinage, AtTaiblis par les divisions, chassés de ville en ville, dénoncés, emprisonnés, toujours suspects bien qu'une enquête les eût déclares purs de toute hérésie, ils rencontrèrent Grégoire à Klatov en 1460 et se jetèrent dans ses bras *. Le nombre des frères augmentait peu à peu, toujours très fiiible encore. Un autre discipfe de Rokusana, le prêtre Martin, s'était joint à eux : il s'était établi dans la petite ville de Krtchin, à quelque distance de Kounvald, probablement avec l'autorisation des seigneurs de Ryzmbourk, dont elle relevait. Il avait entraîné avec lui quelques personnes, et Krtchin devint le second centre de l'Unité. Si Michel et Martin étaient les chefs réguliers, Grégoire restait le chef réel, l'apotre : il parcourait le pays, faisait des prosélytes, jetait les bases de communautés nouvelles, et sa propagande préparait le rapide développement de la nouvelle Eglise.

Son zèle était quelquefois imprudent : comment se comporteraient vis-à-vis les uns des autres ces cléments venus de points si éloignés du monde chrétien? Eviterait-on les divisions et les schismes? Dès les premières années le péril apparut. Les Picards, revenus à leurs erreurs, niaient

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la présence réelle, au grand scandale de ceux qui avaient conservé la doctrine orthodoxe. L'agitation des esprits était extrême, et la communauté naissante semblait menacée de succomber au mal endémique de la Bohême, les discussions religieuses. Elle fut sauvée par Grégoire. Il ne se plaisait guère aux spéculations hasardeuses, et son dernier conseil aux Frères, sur son lit de mort, fut de se défier des savants ', mais il n'était pas cependant indifférent à la vé^ rite et au dogme. Son dévouement, son activité, la netteté de sa pensée, les services qu'il avait rendus, lui assu^ raient une influence contre laquelle personne ne pensait à s'insurger. Dans le synode de Kounvald (1469 ou 1460), il fit rejeter solennellement les doctrines picarde et taborite sur l'Eucharistie : les fidèles ne devaient lire aucun traité sans l'avoir montré aux anciens. Cette déclaration solennelle était nécessaire; il n'est pas possible de supposer l'existence d'une Église dont les membres seraient divisés sur les points essentiels. Depuis un demi-siècle le principal effort des discussions religieuses avait porté sur l'Eucharistie, et les diverses sectes se distinguaient surtout par la formule qu'elles acceptaient sur ce point : l'Unité ne pouvait subsister que si elle prenait nettement parti. La plus vulgaire prudence exigeait, d'autre part, que l'on prévînt une confusion fâcheuse avec ceux qui niaient la présence réelle : toute la tactique des ennemis des Frères consista en effet à établir entre les Picards et eux une complète solidarité ; il importait de marquer clairement la distance qui séparait l'Unité d'un parti compromis devant l'opinion publique par ses excès et plusieurs fois condamné par les diètes *. Les Frères d'ailleurs ne se laissèrent pas

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