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larme de l'introduction des lois étrangères et féodales qui se substituent partout aux vieilles coutumes slaves, et il a une intelligence trop éclairée pour ne pas apercevoir les dangers d'un régime fondé sur l'avilissement de la royauté et l'oppression de la grande masse du peuple. Ce n'est ni un fanatique ni un héros, et une simple menace le décide à modérer son opposition contre l'oligarchie, mais c'est un honnête homme, incapable de fausser les textes pour gagner les bonnes grâces des vainqueurs ou de trahir ce qu'il regarde comme la vérité. Il n'a jamais comme Tstibor exercé des fonctions souveraines, mais il a vécu lui aussi dans la pratique des anciens textes et personne ne les a connus mieux que lui; il a sur Tstibor l'avantage d'une culture supérieure et d'un commerce intime avec les écrivains de l'antiquité. Bohuslas Hasistein de Lobkovits, à qui il disputa le premier rang parmi les humanistes tchèques, s'est vengé par des épigrammes et lui a reproché ses fautes de quantité ; si Vchehrd tourne moins facilement les vers latins en effet, il est bien plus réellement pénétré de l'esprit de la Renaissance et il a emprunte aux jurisconsultes latins quelque chose de leur haute, saine et profonde raison. Seulement, chez lui, l'étude de l'antiquité éclaire le patriotisme et ne l'attiédit pas : personne n'a mieux compris les coutumes tchèques, parce que personne n'a eu au cœur un plus vif amour de son peuple et de sa langue. — « Aurais- je cent langues et cent bouches, une voix de fer et des plumes d'airain, je ne pourrais ni dire ni écrire quelles louanges méritent les anciens Tchèques qui, gouvernant ce royaume, ont su lui donner une justice et un droit si complets, si utiles à leurs descendants. » — Il ne tarit pas en éloges sur leur prudence plus qu'humaine, sur leur œuvre qu'il appelle une inspiration de l'Esprit-Saint. A certains endroits résonne dans son livre la fanfare des jours héroïques et des victoires prodigieuses qui ont porté la Bohême à un si haut degré de gloire : « Le royaume tchèque, dit-il à Vladislas qui gaspille si maladroitement ce riche héritage de puissance et d'honneur, l'emporte sur les pays voisins par
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la situation qu*il occupe et les dépasse singulièrement et de beaucoup par la vaillance des gons qui en sont sortis* ,si seulement les habitants voulaient ne tourner leurs forces que contre leurs ennemis et non contre eux-mêmes\ par la sagesse des lois aussi, s*ils les maintenaient inébranla* blés et fermes, » Que de preuves de leur vaillance? les chrétiens et les païens l'ont éprouvée tour à tour» les femmes tchèques même sont illustres par leur courage ; toutes les fois que les Allemands ont essaye d'envahir le pays, ils ont été honteusement chassés ; ce ne sont pas les chroniques bohèmes seules qui vantent leurs exploits, mais les étrangers, les ennemis, et quelle meilleure louange que celle qui son de la bouche d'un vaincu? Faut-il apfH>rter d*autres témoignages : presque toutes les principautés voisines et quelques royaumes n'ont-ils pas été soumis et réduits en servitude? Les rois Bohèmes leur ont rendu la liberté, mais la sagesse, la vaillance, l'habileté et l'audace guerrière des Tchèques ne sont pas épuisées, et les jours de puissance et de gloîrjj pournmt revenir. Il suffit pour cela que l'on évite l'erreur commise jadis et que l'on observe les lois qui interdisent aux éiran4»ers de s'établir et de faire souche dans ce royaume : est-ce que ceu!(«ci ne donnent pas l'exemple? Les étrangers, les Allemands n'aiment pas les Tchèques, ne veulent pas les aimer •. Ce qu'il faut aussi, c'est ^pie tous aient le même s<juci du bien public, ne sacrifient pas à de mesquines ambitions la grandeur de la patrie, ne violent pas les lois que leur ont léj^uées leurs ancêtres, se scaiviennent que leur piXMtiier cl suprême devoir est de contribuer au bien généial. « Tous les employés doivent avoir devant les yeux qu'ils sont, iv>n pas les maîtres, mais les servileius du pays et du |>euple; c'est pour cela qu'ils reçoivent de lui des ti*aitemeius et de l'argent ^. »»
(Quelle î;cnéreuse émotitm vibre dans cet appel au dé-
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vouement et au devoir! C'est l'honneur de la Bohème d'avoir produit une lignée ininterrompue de grands écrivains qui, de Dalimil à Pallitsky et h Rieger, se transmettent ainsi l'amour de la patrie, le culte de ses traditions, sans que les revers affaiblissent leur confiance ou que les défections diminuent leur foi. Vchehrd mérite une des premières places dans cette élite. Non, en dépit de toutes les fautes commises, de toutes les tristesses de l'heure présente, toute espérance n'était pas perdue, puisque la Bohême comptait encore de si nobles fils; le sang généreux qui avait fait les vainqueurs de tant de combats n'avait pas perdu sa pourpre en coulant dans le cœur de leurs enfants; il eût été possible encore d'arracher la nation à ses défaillances et à ses divisions; mais l'heure pressait, le mal gagnait, la gangrène s'étendait: le livre de Vchehrd reste un impérissable monument élevé à l'ancien droit tchèque, mais ce ne sont pas les livres qui refont une nation, ce sont les hommes, et la Bohême n'en trouva pas.
Vchehrd lui-même est saisi de sombres pressentiments. Le contraste avec Tstibor est saisissant et tristement instructif. Celui-là écrivait en Moravie vers 1485; celui-ci en Bohême, une vingtaine d'années plus tard : déjà les conséquences de la transformation constitutionnelle sont palpables; aussi à la tranquillité sereine et à la hauteur souriante du grand seigneur morave ont succédé l'inquiétude et une mélancolique anxiété. Vchehrd sent que le combat qu'il soutient est déjà perdu ou dans tous les cas fort incertain : les lois, les usages slaves perdent partout du terrain ; il entrevoit les suites déplorables de cette invasion des coutumes étrangères; il y a dans l'ardeur de son patriotisme une sollicitude angoissée; la sincérité de sa passion l'éclairc sur les dangers de Tavenir. C'est dans les heures de crise seules que les sentiments arrivent à ce degré d'exaltation.
Au lendemain du triomphe définitif de la noblesse, en i5oi, il écrivait ainsi le dithyrambe le plus sincère peutêtre et le plus ému dans sa simplicité qu'ait jamais inspiré la langue, tchèque. Il offrait au public une traduction de la
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Conversion du Pécheur de saint Jean Chrysostome ; il s'était proposé par là, nous dit*il, de ramener les âmes à Dieu, mais une autre raison aussi Tavait poussé à ce travail : il voulait essayer de donner à la langue tchèque plus de puissance, de largeur et de noblesse ; « car elle n*est pas aussi pauvre et dure que quelques-uns le croient ; elle est assez riche, au contraire, et assez souple pour pouvoir exprimer tout ce qu'expriment le latin et le grec. A moins que je ne sois induit en erreur par mon amour pour ma langue, il n*y a pas de livre grec ou latin qui ne puisse être traduit en bohème. Et pour l'élégance, je ne sais si on ne pourrait pas tout dire en tchèque avec autant de douceur, d'éclat, de charme, qu'en latin ou en grec, si seulement nous travaillions de toutes nos forces à développer ses qualités. Nos voisins, dont la langue est si dure, si rocailleuse, si obscure que souvent, quand deux Allemands parlent entre eux, ils ne se comprennent pas, ne négligent rien pour la perfectionner, l'enrichissent en empruntant certains mots aux Latins ou aux autres peuples, traduisent les livres anciens, si bien que les œuvres qui en Bohême ou ailleurs sont connues seulement des savants, en Germanie, les ignorants mêmes les lisent et en profitent. Aussi est-ce une chose étonnante et dont beaucoup de gens sont surpris, combien les villes impériales, dans lesquelles les Allemands sont en majorité, combien les pays impériaux s'enrichissent, grftce à l'ordre qui y règne, sans troubles, sans violences, sans meurtres, sans vols, sans dévastations, maintiennent de longues années leurs constitutions et leurs lois, grandissent chaque jour en richesse, en gloire, en honneur, en sagesse, s'illustrent des productions des lettres et des arts. » — Pourquoi la Bohême n'aurait-elle pas la même fortune? Que ne puise-t-elle aussi aux sources intarissables de la beauté et de la sagesse antiques? « Que d'autres, et ils sont nombreux chez nous, écrivent leurs livres en latin et travaillent à perfectionner la langue latine, apportant ainsi de l'eau à la mer ; pour moi, je veux traduire en tchèque les œuvres et les livres des anciens et des bons auteurs ; je pré-
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l'ère enrichir un pauvre plutôt que de risquer d'être dédaigné et méprisé par un ricli(! auquel j'apporterais de tardifs cadeaux. » T^est-ce pas ainsi qu'ont agi les Romains eux-mêmes? Ont-ils abandonné le latin pour le grec? N'estce pas l'exemple que nous donnent les Italiens? Jésus a parlé aux Hébreux la langue qu'ils comprenaient : u J'aurais pu sans doute écrire le latin tout aussi bien que d'autres ; mais je me souviens que je suis tchèque, je veux apprendre le latin, mais parler et écrire en tchèque » '.
Et Vchehrd n'est pas isolé. Son patriotisme fait école, t^a préface à la traduction de saint Jean Chrvsostome est une sorte de manifeste que les écrivains postérieurs reprennent, commentent, développent. Mathias de Myto traduit sur la demande de Ladislas de Vartenberi; /t7 Lumière des Apolhicaires, « pour enrichir, ennoblir et développer la langue tchèque, car elle n'est ni si pauvre ni si rude que le croient quelques-uns » -, C'est une pensée semblable qui, pertdant la même période, soutient dans leur ingrat labeur , de traduction Konatch, Ulrich Vélensky, Jean Tcheska, Grégoire Hrouby de Jelen •^ bien d'autres encore. C'est dans le même but que Vencelas de Pisek, un des plus remarquables humanistes de l'époque et trop tôt enlevé aux lettres, traduit le discours d'Isocrate à Démonique. « J'ai voulu voir, dit-il dans sa belle préface 'dédiée à Hroub}', si la langue tchèque est assez riche pour pouvoir, sans emprunter le jargon allemand, sans mélange de latin, exprimer ce qu'ont dit les Grecs. Et j'ai reconnu que, sans parler de l'allemand avec lequel je n'ai rien à faire, non seulement elle n'a pas besoin du latin, mais qu'elle le dépasse même en quelque mesure. Elle se prête mieux à
i. Chrcslniiuithic ichcnuc, p. in44ct sq.