PROGRES DE LA NATIONALITÉ TCHEQUE
avaient trop gravement atteint les forces de la Germanie pour que de longtemps une tentative de revanche fût à craindre de ce côté ; elle s'était résignée à la sécession de la Bohème comme ii celle de la Suisse çu de la Pologne, elle ne semblait même pas conserver une très vive rancune de vsa défaite; les rivalités de races ne gardaient leur violence que dans les provinces où Slaves et Germains étaient en contact permanent, en Silésie, par exemple, et le reste de TAIIemagne ne prenait ni part ni même intérêt au combat qui se poursuivait sur ses frontières.
La lutte politique qu'ils avaient soutenue contre les Kmpereurs n'avait jamais bien vivement inquiété les Bohèmes ; ce qui avait excité leurs craintes, et ce qui avait en ellet réellement menacé leur nationalité, c'était Tinvasion pacirique et continue de milliers d'étrangers qui fondaient des villes, colonisaient les campagnes et chassiiient devant eux les anciens habitants. Pour le moment, le péril était enrayé; depuis les guerres hussites, et bien que la haine de l'étranger n'eût plus le même caractère de violence, la race et la langue tchèques ne cessaient de gagner du terrain; par une sorte de vitesse acquivsc, la population indigène reprenait chaque jour une partie du sol qui lui avait été enlevé. Depuis les dernières révolutions, la noblesse, un moment possédée par la manie de l'imitation étrangère, oubliait l'allemand; Ferdinand 1" et Maximilien II apprendront le tchèque pour parler avec leurs grands orticiers. Kn ir>io, parmi trente seigneurs bohèmes envoyés à Zittau, pas un ne sait l'allemand. On rei»arde comme une exception à la diète Zdislas Berka de Douba, qui Siiii l'allemand, et c'est pour cela qu'on le choisit pour aller annoncer son élection à Ferdinand d'Autriche '.
Les progrès du tchèque sont plus frappants encore, si on considère les villes et non la noblesse. Jusqu'au w* siècle, elles étaient encore complètement allemandes, non plus
dans les Mittimi. ./t> Venins fur Gc^o'i. Jer Dtutsoifr^t ni /itr'nwr»». i*^*".
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déjà par la population, mais par Tadministration : à l'époque des Jagellons, le slave triomphe dans presque toutes les cités ». En i5i6, le bourgmestre de Bautzen harangue les conseillers de Prague en allemand, et dans cette ville qui passait un siècle auparavant pour la capitale de l'Empire, un seul conseiller le comprend ; le notaire lui répond en latin ^. Non seulement toutes les villes qui se sont ralliées à rUtraquisme sont désormais des communes tchèques, mais celles mêmes qui sont demeurées fidèles au Catholicisme sont entraînées par le mouvement. A Plzen, devant les murs de laquelle se sont brisées les armes taborites, le Conseil, dans une assemblée solennelle à laquelle assistent tous les Élus, décide que les Allemands qui ne savent pas le tchèque ne seront pas admis dans la commune et ne seront pas autorisés à s'établir dans les villages qui en dépendent. Il leur est désormais interdit, à moins d'une décision spéciale des Anciens, d'acquérir une maison, tant qu'ils n'auront pas appris le tchèque ^. Les Allemands sont même menacés du côté où ils attendaient bienveillance et protection : l'Administrateur de l'archevêché de Prague ordonne qu'on ne prêche au peuple qu'en tchèque : il vaut mieux que les étrangers apprennent le tchèque que si une importante commune slave devait à cause d'eux oublier ses origines.
Dans des régions germanisées depuis des siècles et où aujourd'hui l'on ne rencontre plus que de faibles minorités slaves, les Tchèques reprennent l'avantage : Bilina, Lito-
1. Cp. dans le même recueil, Lippert, die Cechisirung der bcehm, Stcedte im XV*^ Jahrh, 1867, p. 174. La faible résistance opposée par la bourgeoisie au triomphe de l'élément slave s'explique surtout parce que ce triomphe se préparait déjà depuis, longtemps; l'oligarchie allemande ne formait, dès le commencement du xv* siècle, qu'une très légère surface qui recouvrait la masse de la population tchèque. Comme il est facile de le comprendi-e, l'influence germanique ne disparut pas complètement. Les droits des villes ne sont longtemps que les anciennes coutumes allemandes traduites. Jusqu'à Ferdinand, les communes que régit la coutume de Magdebourg demandent dans les cas difficiles des instructions aux tribunaux de Saxe.