‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 147 sur 157 · RÉACTION OLIGARCHIQUE DE · texte numérisé non relu

RÉACTION OLIGARCHIQUE DE

à Lev. Après un premier moment d'émoi, les vaincus relevaient la tête; les places perdues étaient de celles qu'on ne quitte pas sans regret. Lev était fort habile; ses amis personnels et ses complices, fort nombreux, — non pas assez cependant pour lui rendre la majorité ; il chercha un programme, un mot d'ordre, sous lequel se dissimuleraient ses ambitions. On. avait trop abusé des paroles de liberté, personne ne redoutait sérieusement la tyrannie : mais dans un pays bouleversé par tant de révolutions, les prétextes ne manquaient jamais aux factions; il abandonna le terrain politique qui ne lui était pas favorable, et s'adressa aux passions religieuses.

Comme il avait toujours défendu avec beaucoup de zèle les intérêts catholiques, ses remplaçants avaient tout naturellement été choisis parmi les Utraquistes, quelques-uns même assez avancés, plus ou moins ouvertement gagnés aux idées luthériennes; on les représenta comme les adversaires de la foi nationale et on dénonça la grande conspiration contre le Hussitisme. La charge de « juge aulique des villes royales » avait été enlevée à Pachek deVrat et donnée à Hlavsa : pas plus que Lev, Pachek ne se consolait de sa défaite. Leur rancune réunit ces deux hommes, dont la rivalité avait si longtemps rempli la Bohême d'agitation et de terreur. Hlavsa et les nouveaux conseillers penchaient vers les doctrines luthériennes : leurs innovations déplaisaient à une partie de la population, plus superstitieuse que croyante. Lorsqu'arrivèrent les élections, ils furent battus, et Pachek fut de nouveau nommé primat de la ville. Servi par l'impéritie des novateurs, il s'occupa de mettre son pouvoir à l'abri de toute contestation. Ce fut le pendant du coup de main de 1483, mais cette fois les progressistes furent les victimes de la révolution. Les ennemis de Pachek furent chassés de la ville, des règlements sévères édictés contre tous ceux qui s'éloigneraient de l'Utraquisme '.

t. Nous revieudrous sur le détail des ëvcncments au chapitre it du tome II, h propos de rintruductioii de la Réforme en Bohâme.

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Depuis lors, Pachek ne se montra en public qu'entouré d*une garde, et» pendant cinq ans, il exerça sur Prague une véritable tyrannie, — sombre, inexorable, indifférent aux ordrcs du roi comme aux supplications des persécutes. Etroitement uni à Lev de Rozmital, ils groupaient autour d'eux avec les Catholiques, les Utraquistes orthodoxes, hostiles à toute innovation, très désireux de se rapprocher de Rome, si seulement elle autorisait la communion sous les deux espèces. Leurs manifestes, très adroitement composés, dissimulaient leurs véritables intentions. Le régent, Charles de Miinsterberg, éternellement incertain, passait d'un jour à Tautre aux résolutions les plus contradictoires. Louis, plus clairvoyant, n'aurait pas mieux demandé que de punir les audacieux qui avaient violé ses ordres et <c ne songeaient qu'à détruire sa puissance et à le ramener à la misère. » Mais sa colère était impuissante ; Sigismond de Pologne lui conseillait de ménager Lev; il avait besoin de Tappui de Clément VU, savait qu'on le représentait à Rome comme le protecteur des Luthériens et craignait de donner de nouvelles armes à ses adversaires. Il ajourna sa vengeance et par un de ces brusques revirements dont le règne de Vladislas avait donné tant d'exemples, il sanctionna la défaite de ses amis en rendant à Lev la charge de Grand-Burgrave (i 624). Piteux avortement d'une entreprise si heureusement commencée ; la royauté acceptait sa déchéance; Louis, discrédité, porta jusqu'à la fin de sa vie la peine de sa faiblesse.

Le repentir fut prompt, trop tardif pourtant. Lorsqu'il essaya de réparer sa faute, ses ordres ne furent pas obéis. Lev et Pachek, convaincus de leur force, abusèrent impudemment de leur triomphe ; une ligue se forma contre eux. De nouveau deux camps furent en présence, prêts à en venir aux mains.

Sur ces entrefaites, on apprit que l'invasion turque, attendue depuis plusieurs années, avait commencé; Soliman, à la tête d'une armée formidable, avait franchi la frontière de Hongrie. Même en face du péril, les querelles

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