‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 30 sur 157 · INQUIÉTUDES DU PAPE · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES DU PAPE

sot personnage. II voyait très bien ce qu'il avait donné : qu'avait-il en échange? Des mots. Il attendait depuis des mois la grande ambassade qui lui apporterait la soumission officielle de la Bohême, et cette ambassade ne partait jamais. Les avertissements ne lui manquaient pas. Breslau, qui nourrissait pour le roi une haine inexpiable, inondait la Curie de suppliques et de dénonciations : Georges était un démon, un païen avide du sang chrétien, un Néron furieux, le loup ravisseur qui a fait invasion dans l'étable de l'Église, le plus terrible lion, le grand dragon, etc. ^ Pie II savait ce qu'il fallait rabattre de ces accusations, mais tout dans ces réquisitoires n'était pas aussi frivole. Quelle valeur, lui écrivait-on, convient-il d'accorder au serment d'un homme qui, à la jméme heure, en prête de contradictoires? Au moment même où il abjurait l'hérésie, Georges a promis aux hérétiques de les soutenir. Si les Praguois et toutes les odieuses eommunautés bohèmes n'étalent pas sûres de lui, ils ne lui témoigneraient pas un pareil dévouement ^

Les nouvelles qui arrivaient au pape d'un autre côté, ne lui plaisaient guère plus : son légat Bessarion le tenait au courant des intrigues de Georges en Allemagne; déjà très mécontent du peu d'enthousiasme que rencontraient parmi les princes germaniques ses rêves de croisade, il surveillait avec inquiétude cette ambition du chef bohème que les plus grands triomphes encourageaient, sans l'assouvir. Il pensa qu'il avait accordé assez de délais, agréé assez d'excuses, et avec une aigreur qu'il ne dissimula même plus, somma assez vertement Georges de lui fournir enfin les satisfactions depuis si longtemps annoncées (i4()o). Le roi, étonné et un peu effrayé, recourut à ses moyens ordinaires, protesta de sa

conduite assez sensible. Pie II essayait alurs de revenir sur .les termes dont il s'était servi, afTcctait de parler non plus du roi, mais du royaume tchèque, écrivait aux Silésiens que, s'il avait accorde à Georges le titre de roi, c'était par inadvertance. Regrets tardifs; l'impulsion était donnée; en voulant l'arrêter brusquement, il risquait de se découvrir inutilement. 11 jugea plus prudent de revenir à son premier plan, mais sa surveillance devint encore plus active, et il s'y mêla quelque mauvaise humeur.

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