LES CATHOLIQUES PRENNENT L^OFFBNSIVE
bonne foi» répondit aux menaces par des lettres fort humbles : il n'était pas responsable des délais dont se plaignait la Curie; le retard de l'ambassade était puremeYit fortuit, elle allait se mettre en route. Comment cette timidité, cet effarement visible , ces effusions d'obéissance n'auraient-ils pas confirmé le pape dans son opinion qu'un peu d'énergie emporterait les derniers scrupules du souverain hussite et ne l'auraient-ils pas engagé à persévérer dans ses exigences?
La fortune lui fournit bientôt après une occasion qu'il ne laissa pas échapper. Les projets de Podiébrad sur l'Allemagne avaient complètement échoué, et si, comme la suite des événements le prouva, cet échec n'avait aucune gravité, il créait du mdins pour l'instant au candidat malheureux divers embarras. Georges, comprenant que la cour de Rome voudrait en tirer parti, essaya de détourner l'orage par quelques démonstrations, frappant ceux de ses sujets qui s'éloignaient trop ouvenement de TÉglisc, sévissant contre une nouvelle secte, depuis célèbre, les Frères de Kheltchitsky. Ces mesures de détail ne suffisaient pas aux Catholiques, les excitaient plutôt. Ils crurent le moment favorable pour frapper un coup d'éclat. Tandis que Pie II, toujours plus mécontent, envoyait en Bohême le frère minorité Gabriel de Vérone, pour y f^oursuivre les Widéfistes et les Hussites et forcer ainsi Georges à prendre ouvertement parti ', les Catholiques tchèques résolurent de provoquer une explication par une offensive hardie '. L'évêque de Breslau, Jost de Rosenberg, prêcha publiquement contre la communion utraquiste au château de Prague (jeudi saint, 2 avril 1461}.
La confiance des Calixtins dans Georges était si naturelle que pendant longtemps ils ne s'étaient pas trop émus de ce qu'il y avait de louche et de flottant dans ses démarches. Il est difficile de supposer que les principaux d'entre eux
I. 30 mars 1461 ; G. Voigt, Enta SiMo de Piccohmùmi, HI, p. 456. Cp. la lettre du chargé d'affaire*- ''^ Georges à Rome, dans laquelle il Tavertit de la gravité de la situatioh ' omtes rer. Austriacarum^ XX, n* 238, 5 avril 1461.)
a. Il me parait en effet difficile de supposer qu*ils aient réellement espéré coifvertir les Utraquistes.
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n'aient pas, si lion connu, au moins soupçonné Tabjuration et le serment du sacre; ilsles avaient interprétés dans ie même sens que Georges lui-même et ne s'étaient pas crus visés par les menaces contre les hérétiques. Peu à peu cependant quelques soupçons naissaient, grandissaient : la faveur du roi pour certains catholiques, Tinfluence de l'évêque de Breslau et de divers autres conseillers de même nuance, les espérances qu'ils affichaient, les relations avec les princes allemands, Talliance avec Tarchevêque de Mayence, avaient été vues d'assez mauvais œil. La persécution des -Frères de Kheltchitsky, contre lesquels on n'avait guère ^ d'autres griefs que leur ascétisme, avait attristé tous ceux qui désiraient encore la réforme de l'Église. L'audace de Jost fut la goutte d'eau qui fait déborder le vase. L'émotion ftit telle que l'on craignit une journée révolutionnaire '• Le gras à^êque dut quitter la ville précipitamment, Georges revint en toute hâte, et, pour calmer les esprits, confirma solennellement les libertés et les privilèges du pays, en y comprenant les Cotnpactats (i5 mai 1461).
La tentative des Catholiques avait tourné contre eux ; leurs effons n'avaient abouti qu'à réveiller l'ancien fanatisme : les passions endormies étaient de nouveau déchaînées. Le jour du Saint-Sacrement, deux processions parcoururent la ville ; le roi et la reine suivaient la procession utraquiste, les seigneurs catholiques, l'autre; on redoutait un conflit, et les catholiques avaient caché de longs couteaux sous leurs habits. On les accueillit par des huées, il s'en fallut peu qu'une bataille sanglante ne s'engageât ^. Les décrets qui à Prague ne reconnaissaient de droits civils et politiques qu'à ceux qui communiaient sous les deux espèces et qui n'étaient
1. D*après Frind, Kirchengeschichie^ IV, p. 52, Rokytsana aurait prêché contre le roi dans TéglUe du Tyn, mais le fait est plus que douteux, sans autre preuve que le. ^cit d*Hajek, toujours suspect. — Quant à rémotion des Utraquistes, M. GoU ne paraît pas la prendre très au sérieux. Cependant le Ticux chroniqueur dit, p. 176 : « Cette année, le Jeudi Saint, l.*év6quede Bres • lau prêcha 8u château de Prague contre le calice. Et il y eut à cause de cela un grand tumulte dans la ville de Prague contre le gras évêque ». — Ce qui me semble plus caractéristique encore, c'est le brusque revirement du roi.