‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 62 sur 157 · VLADISLAS ROI DE HONGRIE · texte numérisé non relu

VLADISLAS ROI DE HONGRIE

pouvaient de nouveau être réunies à la couronne, et le furent en effet en dépit de quelques protestations des Hongrois qu'aggravèrent les hésitations et les contradictions du monarque. Le traité d'Olomouts était effacé, bien que,comme nous le verrons plus tard, toutes les fâcheuses conséquences qu'il avait entraînées, n'eussent pas disparu avec lui. Mais, à d'autres points de vue, la réunion, sous le sceptre de Vladislas, de la Hongrie et de la Bohême fut regrettable pour celle-ci. La situation de la Hongrie exigeait impérieusement la présence du roi : l'agitation y était encore plus profonde qu'en Bohême, les luttes de classes plus acharnées, les mœurs politiques plus mauvaises; vers le sud, les Turcs menaçaient sans cosse la frontière. Vladislas, qui ne s'était jamais plu à Prague, fixa désormais sa résidence à Pesth, et ne fit plus en Bohême que de rares et courtes apparitions : la prospérité de ce peuple hérétique le touchait peu ; il se désintéressa de sa propre cause, heureux encore quand il ne poussa pas l'impéritie jusqu'à se prononcer contre ceux qui combattaient pour lui.

La royauté abdiquait; les seigneurs n'eurent même pas à s'emparer du pouvoir, ils occupèrent la place devenue vacante. Ils comptaient parmi eux nombre d'hommes supérieurs. Jamais peut-être la noblesse tchèque n'a produit autant de politiques remarquables : de la rude école des guerres civiles était sortie une génération vigoureusement trempée. A l'habitude des grandes affaires et au goût du gouvernement, elle joignait l'indépendance d'esprit et la fermeté de caractère que donnent l'incertitude des situations et la nécessité de ne compter que sur soi-même; sous la forte direction d'un roi digne de son titre, elle aurait fourni au pays de glorieux serviteurs. Ils ne furent ni guidés ni contenus et devinrent un danger et un fléau. — Que l'on se rappelle ce qui se passait en France vers la même époque : quels admirables auxiliaires trouva Louis XII dans la noblesse, soumise et non encore servilc! Quel eût été cependant l'avenir du royaume, si les hardis capitaines des expéditions italiennes avaient été lâchés sans maître, sans

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but, livres aux suggestions de la cupidité et de rombition et comme condamnés à épuiser dans des luttes impies leur fièvre d'activité et leur turbulente vaillance ? — En Bohème, en Tabsence du roi, chacun des chefs ne songea plus qu*à étendre son influence, des partis se formèrent et se combattirent; les intérêts personnels primèrent toutes les autres considérations; au milieu de cette course furieuse vers le pouvoir, non plus en vue des devoirs qu'il impose, mais des satisfactions matérielles qu'il promet, les plus nobles caractères perdirent peu à peu de leur droiture, les médiocres devinrent pervers et les mauvais dégénérèrent en bandits. Le pire effet de la ruine de la monarchie fut peutêtre la décadence morale de la noblesse qui y travailla.

Les querelles n'éclatèrent entre les nobles que lorsque l'ennemi commun, le prince, fut, en quelque sorte, hors de combat. L'attaque contre la royauté fut menée avec autant de précision et d'habileté que de vigueur.

Dans les pays où la monarchie s'est développée sous les influences latines et ecclésiastiques, elle nous apparaît, dès l'origine, comme à la fois féodale et supérieure à la féodalité. Le roi est le premier seigneur du pays, et, à ce titre, il a des vassaux sur lesquels il exerce les pouvoirs limités que lui reconnaissent les coutumes contemporaines; mais, en même temps, il rappelle et prépare un ordre social différent : ses prérogatives de souverain ne sont pas épuisées par ses fonctions de suzerain ; il est plus que le premier des nobles, il est le chef de l'État.

En Bohême, cette conception de la royauté avait été représentée avec un grand éclat par Charles de Luxembourg, mais elle n'avait pas survécu aux guerres hussites. Le pouvoir exercé par Podiébrad et par les Jagellons était presque exclusivement féodal. L'autorité du prince,>cominc

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