LA ROYAUTÉ FÉODALE
celle des nobles sur leurs vassaux, se meut dès lors dans les limites, assez étroites, déterminées par la constitution. Même dans cette nouvelle période, cependant, le pouvoir du roi, tout féodal, conserve un double caractère et s'exerce dans des conditions et à des titres divers. Le prince n'est pas seulement le chef des seigneurs, il est lui-même un seigneur; il a en même temps que des vassaux des sujets, et ces sujets, — c'est-à-dire non seulement les paysans de la Couronne, mais, d'une manière générale, tous ceux qui ne sont pas compris dans la hiérarchie féodale, — ne sont en rien protégés par les conventions qui engagent le prince vis-à-vis de la diète : une intervention des États sur ce terrain est absolument contraire aux traditions et aux idées juridiques ambiantes. Cette dualité est clairement exprimée par l'existence d'une administration royale y dont les membres relèvent exclusivement du roi, à côté de Yadministration dupaySj sur laquelle les diètes exercent un droit de contrôle très étendu.
En pratique, cependant, ces distinctions ne laissent pas que de souffrir quelque difficulté : il est incontestable que l'influence du suzerain sur ses vassaux est en raison directe de son autorité sur ses sujets. — Les nobles comprirent, avec un flair très juste, que le meilleur moyen de mettre leurs privilèges au-dessus des atteintes du roi était de le frapper dans les sources mêmes de sa puissance, en diminuant ses domaines et ses revenus personnels et en lui en refusant la libre disposition. Privé ainsi de toute force indépendante, il devait tomber de plus en plus sous la domination de 4a diète, ou, plus exactement, des nobles qui la dirigeaient. Il leur fut facile, dès lors, d'usurper le droit exclusif de faire la loi, puis de mettre la main sur la justice et sur les finances, et enfin de s'attribuer la puissance executive. Le roi ne fut plus que le président peu respecté d'une république oligarchique. « Son autorité, dit très justement un historien, finit par être moins grande que celle d'un doge de Venise '. »
I. KMoumetsky, Karl von Zierotyn und seine Zeit^ Brno 1863, p. 65. « Lorsque Ferdinand I prit le gouvernement, la constitution du margraviat