‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 67 sur 157 · INCONSÉQUENCES ET MALADRESSES · texte numérisé non relu

INCONSÉQUENCES ET MALADRESSES

finances, Tarméc lui ont presque complètement échappé; ni l*cglise, ni 1-ccole, ni les intérêts matériels, ni même l'administration ne relèvent d'elle ; elle n'apparaît plus que comme l'inutile débris d'un âge disparu. La constitution de Vladislas ne mentionne même pas le nom du roi ■•

Pourquoi les seigneurs s'arrêtèrent-ils en si beau chemin et ne supprimèrent-ils pas la royauté, après l'avoir annulée ^? Mieux eût valu, certes, pour la Bohême. On a vu des républiques aristocratiques faire grande figure dans le monde, et l'oligarchie tchèque renfermait sans aucun doute à cette époque tous les éléments nécessaires d'un bon gouvernement.

La majorité manqua de résolution et de logique : comme en matici^ religieuse, elle eut peur d'un mot, et sa hardiesse incomplète greva l'avenir de redoutables dangers. L'esprit des nobles était plus borné que leur courage, et la prévoyance politique leur faisait absolument défaut. Ils ne surent ni reconnaître au souverain le minimum de prérogatives sans lequel son existence n'avait plus de raison d'être, ni constituer un autre régime. D'ailleurs, s'ils avaient aboli la royauté, ils auraient dû se plier îi l'autorité de certains d'entre eux, et leur superbe ne s'y résigna jamais. Beaucoup moins préoccupés d'assurer les destinées du pays que leur indépendance, ils ne pensèrent pas à établir

K Comme la plupart des constiiiuions arîsUKratiqucs et lîbcralcs, la consiiiiuion bohcine n'oiit pas tixcc pur une loi générale^ mais par une série de rcsohuions ci de précédents, KUc est par Cv^nscqucnt très variable ^i on ne peut en donner vju'une idée approximative, CVst un embarras analogue è celui v.]uVprouvent les historiens anglais. Il faudrait pour chaque point indiquer une série de textes et marquer une foule d'exceptions. Cela eût évidcn>meni dépassé de beaucoup le but que ic me pn^p^-^sc; ic n*écris pas rhisioire du droit public tchèque, mais jVssaie seulement de rcchcrehcr rinriuencc qu\»nt eue les luttes consiiiuti«Mmelles sur les destinées du pays,

2, Sur l'étal de la royauté et les institutions tchèques sous Vladislas, voir la Consiiïuiioii de \"ladislas, le livre de Tovatchov, Vchchrd» les textes publiés dans les Archives N^hèmes, Stransky, ^Respublica Boicma\ etc. Cp. Palatsky» Kalousek, — le Dn^ii public tchèque,— et un résume très précis et très iiuéressant en allemand : Einigc Grundlagen des bœhm, Siaatsrcchts, vl*r, iS7r; HrandK Glossarium illustrans bohemicivmoravicir hisiori* fîmtes» v^^rno t87t>; c*est un véritable dictionnaire des institutions^; Rezck, articles divers sur Vladislas, Louis et Ferdinand 1**; Khloumctsky, Karl von Ziçn.»tYn ; D*Elvert, Zur otstcrr. Vcrvaltungs-Gesch ; ctc.

LES DIETES 229

sur les ruinçs de rancicn système un ordre régulier qui mcritât-.la confiance çle ■ la : nation en respectant tous les droits, mais à exploiter à leur profit la faiblesse du prince. L'anarchie fut leur but suprême, et ils se complurent dans la confusion qui leur permettait de satisfaire leurs rancunes et leur avidité.

Ils perdirent leur temps à se disputer les dépouilles et ne s'avisèrent pas qu'un retour offensif de l'ennemi était à craindre. Leur négligence fut telle que, satisfaits de la possession, ils ne songèrent pas à légitimer leur pouvoir-: sur la plupart des points douteux, ils laissèrent la porte ouverte aux contestations et leur incurie se plut à induire en tentation l'ambition des rois.

Les diètes, par lesquelles s'exerçait leur pouvoir, étaient favorables à toutes les surprises, parce que leur composition était variable et flottante. Tous les seigneurs et tous les chevaliers y avaient voix délibérative, mais la difficulté des voyages, la multiplicité des réunions, les dépenses d'un séjour prolongé à Prague expliquent que le nombre des votants ne dépassât pas ordinairement deux ou trois cents et fût souvent beaucoup moins élevé ; dans ces conditions, rien n'était plus facile au roi ou aux chefs de parti que de déplacer la majorité en appelant aux États une poignée de leurs affidés, sans compter que ces assemblées tumultueuses étaient accessibles à toutes les corruptions et promptes à tous les entraînements. Non seulement les dictes qui se succédaient étaient souvent animées de l'esprit le plus opposé, mais, dans la même session, le personnel était sans cesse en mouvement ; bien peu de membres assistaient aux débats depuis le commencement jusqu'à la fin, et, au milieu des départs et des arrivées continuelles, les résolutions et les tendances variaient de jour en jour. La volonté des États eût été irrésistible, mais ils ne savaient pas vouloir et persévérer. Ils ressemblaient bien plus aux as« semblées polonaises qu'aux parlements modernes.

Les inconvénients d'un pareil système étaient évidents : ils auraient pu être corrigés en grande partie par le dévelop-

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pement des assemblées provinciales ou sje\djr qui, à ce moment, par la force des choses plus qu*en venu d*un plan préconçu, devenaient plus fréquentes et étendaient leurs attributions. Au milieu de Tintérim du pouvoir, elles prenaient en charge quelques-uns des devoirs désertés par la royauté et essa3'aient de reconstituer une administration. L'usage se répandait en même temps qu'elles déléguassent aux Diètes des députés, et les États ne se croyaient pas toujours autorisés à trancher les questions importantes quand tous les Cercles n'avaient pas envoyé des représentants. Le dernier mot de cette évolution eût été la substitution du système parlementaire moderne aux congrégations féodales ; la chambre des communes en Angleterre est sortie d'une transformation analogue. Les réunions de districts auraient eu aussi l'action la plus heureuse sur les progrès de l'esprit public, et elles seraient devenues, comme les assemblées des comitats hongrois, la base solide de la constitution et comme la forteresse de l'indépendance.

Les rois se montrèrent en général assez hostiles à ces assemblées, et ils étaient dans leur rôle, parce que la mobilité des diètes, en favorisant toutes les surprises, leur laissait au moins une chance de relever leur autorité. Mais les nobles, qui arrachèrent tant de concessions àVladislas, auraient sans grande peine triomphé de ses résistances sur ce point ; malheureusement, ils n'en aperçurent pas assez clairement la nécessité et ils ne surent pas par un dernier effort mettre au-dessus de toute contestation leur droit de convoquer les sjezdy ' î

Le régime représentatif eût exigé d'eux un abandon partiel de leurs droits et une abdication momentanée entre les mains de leurs élus, et leur orgueil imprévoyant préférait à la sécurité l'incohérence et les périls d'une liberté indéterminée.

I. Sur les sjezdy voir la très remarquable monographie de M. BohusUs Rieger, Les districts et leur organisation (en tchèque), Prague i8^. M. Bohuslas Ricgcr, le tîls du célèbre orateur bohème, le petit-tîls de Palatsky, continue dignement Tillustre famille dont le nom est inséparable de U naissance slave en Autriche.

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