LA NOBLESSE TCHEQUE
Dans leur long duel avec les rois, les nobles ne furent pas réellement soutenus par la masse de la nation, et ils n'avaient rien fait pour mériter cet appui. Les seules aristocraties qui aient maintenu longtemps leur autorité sont celles qui n'ont pas été absolument exclusives et intolérantes et qui ont, au moins dans une certaine mesure, associé le reste des habitants à leurs succès. Les seigneurs tchèques n'eurent d'autre pensée que de restreindre le plus possible le nombre de ceux avec qui ils devraient partager les bénéfices du pouvoir. Ils formèrent une caste toujours plus fermée, moins accessible, et, du même effort qu'ils étendaient leurs prérogatives aux dépens de la royauté, ils dépouillaient les autres rlasB(' de leurs franchises.
On a dit que la noblesse n'existait pas en Bohême avant les guerres hussites : sous cette forme, l'affirmation est excessive, mais il est incontestable que les traditions démocratiques slaves, encore vivantes, atténuaient dans une proportion très sensible la différence des classes. Les rois choisissaient leurs conseillers où ils voulaient, conféraient^ la noblesse : tous ceux qui possédaient un bien libre et inscrit dans les Tables du Pays avaient voix à la diète ; la fortune seule, et non la naissance, créait les privilèges, et les familles qui perdaient leurs domaines ne paraissaient plus aux assemblées. Tous les habitants relevaient des mêmes tribunaux et étaient soumis aux mêmes lois; tous les nobles siégeaient aux États dans une même curie, et leurs droits étaient égaux. Les titres n'avaient ni sens précis ni valeur déterminée. Enfin, un nombre considérable de petits propriétaires libres ne dépendaient que du roi et perpétuaient le souvenir des institutions égalitaires.
Les guerres hussites modifièrent profondément l'état so-