‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 108 sur 289 · ESPÉRANCES DU ROI · texte numérisé non relu

ESPÉRANCES DU ROI

venu de reprendre leurs projets d'intervention. Les princes saxons envoyèrent au pape une ambassade, et les dispositions de la Curie semblèrent beaucoup moins hostiles. Un des cardinaux avait même eu le courage de prendre en main la cause du réprouvé, et Paul II n’opposa pas aux médiateurs une fin de non-recevoir absolue; il avait été évidemment étonné de la défense de Georges. Bien que son intelligence fût trop courte pour qu’il se rendît précisémentcompte du discrédit que causait à l’Église une lutte trop longtemps indécise et dans laquelle le beau rôle était certainement du côté des hérétiques, il était tourmenté par une vague inquiétude. Quel serait son embarras si les succès du roi de Bohême devenaient plus décisifs ou même si sa résistance se prolongeait ! Ne valait-il pas mieux essayer de traiter avant que la retraite prit l’apparence d’une déroute? Les nouvelles qui lui arrivaient de tous côtés l'y engageaient. Frédéric III avait de nouveau rompu avec Mathias, qu'il accusait de l'avoir indignement trompé; de Hongrie même, les renseignements étaient fâcheux : quelques-uns des magnats les plus influents, très irrités du despotisme du rot, préparaient un soulèvement. Enfin Podiébrad, par un acte de génie diplomatique, venait d'enlever à la ligue toute chance sérieuse de succès.

Pour conjurer les périls dont la coalition hongroise et catholique menacait la Bohême, il avait renoncé à tout espoir de fonder une dynastie, et1l avait fait élire pour son successeur par les États tchèques le fils de Casimir de Pologne, Vladislas (1469) ‘. C'était une de ces parades imprévues dans lesquelles se révélait la grandeur de son esprit et de son âme. Il fermait sa carrière, comme 1l l'avait ouverte, par un coup d'éclat, véritable coup de théâtre, aussi inattendu et aussi décisif que l'avait été jadis la prise de Prague. Il sacrifiait au bien de son peuple ce qui tient le plus au cœur de l’homme, ses espérances, l'avenir de sa race, et cela, non pas sous la pression de la nécessité et pour écarter une défaite iné-

Page 1