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LE ROÏI ET LA PAPAUTÉ

leurs souffrances étaient profondes et leur épuisement tel qu’il était presque impossible d’exiger d’eux un effort décisif. Enfin, les conditions de politique extérieure, bonnes pour le moment, n'excluaient pas toute possibilité de revirement et toute chance de déception. Qui aurait osé afhrmer que Frédéric ne reviendrait pas à Mathias et que le mécontentement des magnats hongrois, tremblants devant le maître, irait jusqu’à la rébellion ouverte? « Nous avons bonne espérance, écrivait Georges à Albert de Brandebourg, après que Mathias est venu boire chez nous de la bière bohême, d'aller boire plus sûrement chez lui du vin hongrois » {mars 1471). En réalité, et en faisant abstraction de l’optimisme du roi, bien que la situation fût certainement beaucoup meilleure que quelque temps auparavant, ni Mathias, ni la papauté n'auraient cédé dans un délai déterminé et rapproché. Aucun des deux adversaires n'était assez fort pour écraser l’autre et le réduire à merci. Le moment n’était pas sans quelque analogie avec celui où avaient commencé les négociations avec le concile de Bâle, lorsque les Catholiques et les Hussites étaient demeurés en présence également harassés, les premiers battus, les autres incapables de profiter de leurs victoires, ceux-là s’avouant l’impossibilité d’écraser l’hérésie, ceux-ci ne parvenant ni à faire reconnaître la légitimité de leurs réclamations ni même à triompher de l’opposition intérieure.

Georges sortait indemne d’une attaque formidable : il avait déjoué le plan de la Curie qui entendait supprimer l’Utraquisme, et celui de Mathias dont les projets de conquête avaient évidemment échoué. Sa tâche était terminée. Que la cour romaine proclamât en quelque sorte son triomphe et le sanctionnât en confirmant les Compactats, que Îles rebelles implorassent leur pardon et qu’il finit en paix son règne, roi utraquiste et légitime, accepté par toutes les provinces, soutenu par les Calixtins, béni par le pape, c'était une apothéose que l’on pouvait rêver, la récompense naturelle de ses luttes et de ses services. Mais l’histoire n’est pas une féerie; il ne suffisait pas, pour amener l’apaisement + «

dé

MORT DE PODIÉBRAD 159

définitif, d’une intelligence supérieure et d’un cœur brûlant de patriotisme, 1l fallait surtout l’action du temps, et peutêtre était-il nécessaire que Georges lui-même disparût. La part est grande que jouent dans les questions politiques les rancunes personnelles, l’entêtement, le point d'honneur : la papauté aurait-elle jamais consenti à traiter avec le prince qu’elle avait solennellement condamné?

Rokytsana venait de mourir, chargé d'années, rassuré sur l'avenir, prévoyant le moment où, après de cruelles épreuves, un jour nouveau se lèverait pour l’Église entière. — « Tout le monde le craignait, dit le vieux chroniqueur, les nationaux comme les étrangers, le roi, la reine et les barons, car lui-même craignait le Seigneur et était laborieux en prières de jour et de nuit, déjà depuis sa jeunesse. » Il semble qu'il avait voulu veiller sur l’Utraquisme, tant qu'il avait pu subsister quelque inquiétude ; la victoire certaine, il allait chercher la récompense ou le repos. — S'il est vrai que la roi soit allé le voir sur son lit de mort, ce fut une de ses dernières sorties. Le chef politique de l’Utraquisme ne survécut que quelques semaines à son chef religieux. La santé de Georges, assez mauvaise depuis longtemps, ne donnait pas cependant de sérieuses inquiétudes : au mariage de son fils avec Catherine de Saxe, il était très gai, plein d’entrain; moins d’un mois après, il était mort (22 mars 1471). L’obésité dont il souffrait depuis longtemps s'était changée en hydropisie : quand on ouvrit son corps, on trouva le foie à demi décomposé, et dans le fiel une pierre de la grosseur d’un œuf de pigeon.

La douleur fut vive dans le pays : les Calixtins pleurèrent le chef qui avait résisté à toutes les tentations et les avait protégés avec autant de bonheur que de courage contre des dangers inouïs; devant cette tombe, les Catholiques oublièrent leurs colères et ne se rappelèrent plus que sa justice égale pour tous, sa modération et sa bonté. « Il poursuivait

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