JUGEMENT SUR SON REGNE
les orgueilleux, nous dit un des hommes qui l’ont le plus fidèlement servi, Tsibor de Tsimbourg, protégeait les faibles, domptait les rebelles; il méprisait la flatterie, était fidèle à ses amis, généreux pour ses serviteurs, infatigable dans le travail. » Sa vie tout entière peut se résumer dans un mot, le dévouement à la patrie : apparition presque unique dans un pays qui a presque toujours été gouverné par des étran- gers. Cela explique qu’il soit resté par excellence le roi tchèque, le monarque populaire, plus que Charles IV dont l’af-. fection pour la Bohême, peut-être aussi sincère, est moins spontanée, plus intellectuelle. La gloire du grand Empereur est, sinon plus allemande, moins exclusivement nationale. Podiébrad est le représentant et comme l’incarnation de ce qui est le grand titre de la Bohême dans l’histoire, la Réforme religieuse, la révolte contre Rome à l’heure où personne ne songeait encore à secouer le joug. Vainement les historiens ont rappelé combien de désastres avaient ensanglanté la fin de son règne et qu'il était mort invaincu, mais non victorieux, le peuple s’en tient à son admiration naïve, et, comme il arrive assez souvent, ses conclusions instinctives sont peut-être plus près de la vérité que les jugements longuement motivés des érudits.
Georges, arrivant à la fin d’une révolution, n'avait ni la foi simple ni la confiance irraisonnée des premiers jours; ce n’était n1 un philosophe ni un apôtre. Appelé à régner sur un pays profondément divisé, il s’est proposé, non pas le triomphe d’une faction, mais l’union de tous les partis sous l'autorité d’un prince qui accordait à tous également sa protection et sa justice. Il a représenté ainsi, non certes en principe, — nul n’a été aussi peu un faiseur de systèmes, — mais en fait, la tolérance, l’État tel que nous le comprenons aujourd’hui, où chacun fait son salut à sa guise. Il est fort loin d’être un martyr, étant donné que ce mot implique quelque chose d’absolu et d’involontaire, essentiellement opposé à sa nature de ménagements et de réflexion; il est un précurseur.
Mince mérite, dira-t-on : après tout, son seul honneur est
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