‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 115 sur 289 · VLADISLAS A PRAGUE · texte numérisé non relu

VLADISLAS A PRAGUE

cident ! avait provoqué une certaine agitation en Allemagne. Dès 1467, la diète de Nuremberg protestait contre l’élévation au trône de Bohême de Casimir, auquel le pape offrait alors la couronne; en 1471, la diète de Ratisbonne, tres nombreuse, déclarait qu'elle « ne tolérerait pour roi de Bohême ni un Hongrois ni un Polonais; car le roi de Bohème est le premier Électeur de l'Empire, et ne peut être par conséquent qu'un Allemand. » Ces inquiétudes sufhraient à nous expliquer les sentiments qui animaient les Tchèques: ce qu'ils attendaient de Vladislas, c'était le triomphe définitif de la révolution; ce qu’ils lui demandaient, c'était en même temps que de maintenir leurs privilèges religieux, d'assurer « l'honneur de la langue slave. »

Une grande amoassade se rendit à Cracovie pour offrir la couronne au jeune prince. Les conditions, imposées par la diète, étaient assez dures : Vladislas accepta tout, promit d'étendre également sur les deux partis sa protection et sa Justice, de défendre les Compactats et de faire nommer à Prague un archevêque utraquiste ; il confirmerait les privilèges et les propriétés des différents Ordres, n’aliènerait aucun domaine de la couronne, n’accorderait aucune fonction aux étrangers, s’efforcerait d'obtenir le retrait de l’excommunication qui avait frappé Podiébrad ?. [Il se mit alors en route avec une brillante escorte, prêta serment à la Constitution, fut solennellement reconnu par les États et couronné à Prague {août 1471). À son entrée dans la ville, les maîtres de l’Université lui avaient offert une magnifique Bible, et l'avaient exhorté à la lire avec soin, « pour y apprendre à se gouverner, lui et son peuple, suivant la loi divine. »

Le nouveau règne s'ouvrait dans des conditions assez favorables. On se rappelle les espérances qu'avait conçues

1. Les Slaves se divisent en deux grandes familles, les Slaves du Sud et de l'Est (Croates, Serbes, Bulgares, Russes), et les Slaves de l'Ouest, (Polonais et Tchèques).

2. Ces capitulations électorales, fort importantes, ont été publiées dans les Archives tchèques, IV, 451-455,

Podiébrad pendant les derniers mois de sa vie : ces espé-

rances n'étaient pas toutes illusoires, et les chances favo-

rables avaient été plutôt accrues qu'affaiblies par la mort de Georges. Les seigneurs catholiques qui s'étaient ralliés a Mathias, avaient surtout cherché en lui un protecteur contre le souverain qui travaillait avec trop de bonheur et

d'habileté à relever le prestige de la royauté; la longueur.

de la lutte avait refroidi leur ardeur belliqueuse, la disparition de leur adversaire supprimait leurs inquiétudes, et, leurs intérêts rassurés, ils prêtaient l’oreille auxremords de leur patriotisme. Le catholicisme de Vladislas calmait leurs scrupules religieux et offrait à leur revirement un prétexte honorable.

Parmi les provinces annexes, la Moravie où les Hussites

étaient en majorité et où le sentiment national slave était très puissant, ne demandait qu’à reprendre sa place dans la

monarchie. En Silésie,les dispositions étaient moins conciliantes : les Allemands, enserrés entre les Tchèques et les Polonais, sentaient toute la gravité du péril que créait pour eux l'élection d’un Jagellon à la Couronne de saint Venceslas ; mais les luttes antérieures avaient épuisé leur énergie, et le gouvernement de Mathias, ses exigences financières et son despotisme avaient dissipé bien des illusions. Dans l’intérieur même des états hongrois, il suffisait d’une occasion pour faire éclater en révolte ouverte les résistances contenues jusque-là par la terreur presque superstitieuse qu'inspirait le souverain. | Pour appuyer où remplacer Mathias, quels alliés s’offriraient à la Curie? — Les princes de l'Empire ne se souciaient guère de provoquer les représailles des Tchèques; Frédéric se défiait de l'ambition de son turbulent voisin et redoutait sa victoire. La cour de Rome elle-même se lassait de cette lutte éternelle. Paul IT venait de mourir, et son successeur, Sixte IV (1471-1484) n’était plus retenu par les anciennes rancunes et le point d'honneur qui condamnaient son prédécesseur à une politique impitoyable. Ilne manquait certainement pas autour de lui de prélats fana-

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