‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 122 sur 289 · QUESTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

QUESTION RELIGIEUSE

elles ont fait table rase, elles s’apercoivent que leur œuvre est préparée, non accomplie. La société, au moyen âge, reposait sur la communauté de foi et la soumission à la Papauté ; la hiérarchie renversée et l'Unité catholique brisée, il s’agit de substituer aux dogmes anciens et aux traditions séculaires des principes et un régime nouveaux. La tâche était si difficile qu’elle exigea partout des siècles et des torrents de sang : émancipée la première, la Bohême connut la première les embarras et les périls de la liberté. Dans un pays que se partageaient des confessions rivales, il était nécessaire avant tout d'établir un régime de tolérance, de créer un état laïque où les sectes rivales vivraient en paix sous la protection indifférente des lois, et où les haines se confondraient dans un dévouement commun à la patrie. Était-ce possible à ce moment? La où avait échoué Podiébrad, qui réussirait? Et la paix publique ne serait-elle pas sans cesse menacée par de brusques convulsions?

Il fallait de plus que l’Église nationale reçût une constitution, à la fois assez souple pour lui permettre tous les progrès et assez solide pour la protéger contre l'émiettement et la dissolution. Le Hussitisme, cessant d’être un parti d’opposition pour devenir un parti de gouvernement, avait pour devoir de proposer à son tour un credo à la foi des populations et de mettre à leur tête un clergé discipliné et respecté. La période d’incubation n'avait que trop duré : s'il persistait dans ses incohérences et ne s’arrachait pas à une

torpeur dont les effets étaient déjà sensibles, son impuis-

sance se traduirait par les défections, l'inquiétude morale, le scepticisme, lacorruption des prêtres, la formation de sectes nouvelles, les troubles religieux, et, en entretenant les espérances de la papauté, l’encouragerait à de nouvelles entreprises. Déconcertée par les contradictions d’une doctrine timide et mal affermie, tourmentée par la crainte d’une réaction violente, la nation finirait par ne plus connaître de la réforme que les troubles, et du progrès que les inquiétudes. Ouverte à toutes les séductions et revenue de tous les

enthousiasmes, sans direction, sans doctrines, sans espéran-

A À À ; F d de.

si

Page 1