AFFAIBLISSEMENT DU PARTI RÉFORMATEUR
Comme il maintenaïit la nécessité de l’ordination canonique, ilsouffrait d'unedisette chronique de prêtres, etl’extrême médiocrité de son clergé, recruté au hasard, était d'autant plus fâcheuse que l'administration ecclésiastique était plus incertaine et moinsrespectée. Le mal avait été longtemps en partie corrigé par l'espèce de dictature morale qu'avait exercée Rokytsana tant qu'il avait vécu. A sa mort, il avait été remplacé à la tête du Consistoire utraquiste, qui représentait la plus haute autorité religieuse du parti, par un des maîtres les plus en vue de l'Université, Venceslas Koranda. Koranda avait été très activement mêlé aux derniers événements. Dès 1460, la fermeté de ses convictions était si connue que sa nomination comme doyen de l'Université avait provoqué les aigres réclamations des catholiques; on se rappelle le rôle qu'il joua dans la grande ambassade envoyée à Rome par Podiébrad en 1462. Honnête et ferme, écrivain fécond, polémiste érudit et infatigable, il n’avait pas cependant les qualités supérieures qui imposent l’obéissance et déconcertent l’opposition. Théologien expérimenté, mais sans profondeur et sans originalité, orthodoxe de l'hérésie, ses œuvres se divisent presque également en traités contre les Catholiques et en dissertations contre les sectes avancées, en. particulier contre les Frères de Kheltchitsky, dont il fut un des adversaires les plus acharnés.
Était-il possible cependant de se maintenir éternellement dans cet équilibre instable, à égale distance de la soumission et de la révolte? Beaucoup s’irritaient de ces tergiversations excessives, et, convaincus de la nécessité d'établir un ordré régulier, persuadés d’ailleurs que tous les ménagements ne servaient qu’à rendre plus intraitable la cour de: Rome, proposaient d’élire un évêque national, sans s’inquiéter de la confirmation de la Curie. Ces impatiences, fort légitimes, scandalisaient beaucoup d’esprits timorés, qu’effrayait aussi le progrès des doctrines radicales ; ils appelaient de tous leurs vœux une réconciliation avec l'Église romaine et acceptaient d'avance toutes les concessions de nature à la faciliter. R