ESPÉRANCES DES CATHOLIQUES
Cette situation, qui se reproduit presque périodiquement, rappelait de très près, on le voit, celle qui avait amené la conclusion des Compactats; comme en 1436, les Catholiques essayèrent d'en profiter. Leurs calculs avaient été déjoués alors par l'intervention de Rokytsana, de Ptatchek et de Podiébrad, qui avaient rallié et relevé le parti réformateur : maintenant, 1ls étaient sûrs de la complicité du roi, et Koranda n'avait ni la décision ni le prestige de son prédécesseur. Les passions religieuses avaient beaucoup perdu d’ailleurs de leur intensité: les indifférents n’opposeraient pas sans doute à la réaction une bien sérieuse résistance, et leur adhésion, plus ou moins spontanée, rendrait la majorité aux Catholiques et légitimerait leur entreprise.
Dans le dernier conflit, les fidèles de la papauté avaient été protégés contre toute persécution par l’adoucissement des mœurs et la bienveillance à la fois instinctive et calculée du roi. Aussi, malgré la défaite de la Curie, ils n'avaient pas subi de pértes réelles 7. Dès que la paix fut. rétablie, leur nombre, déjà accru par l’arrivée des Polonais qui avaient accompagné Vladislas, s’augmenta assez vite : la reprise des relations commerciales attirait dans les villes. des étrangers, en particulier des Allemands; la fatigue générale ou le désir de gagner les bonnes grâces du roi amenait quelques conversions : les fils mêmes de Podiébrad renonçaient au calice et imploraient le pardon de l’Église. Dans tout le pays se manifestait une véritable renaissance catholique. Les couvents abandonnés et détruits étaient réparés et se repeuplaient, et quelques fondations nouvelles témoignaient du réveil de la piété. Les seigneurs catholiques usaient rigoureusement de leur droit de présentation aux cures et chassaient des églises de leurs domaines les prêtres schismatiques. Le pape avait consenti à suspendre l’interdit qui pesait sur Prague depuis plusieurs années,
1. Georges se vante, dans une lettre aux habitants de Cheb, non seulement de tolérer, mais de protéger et de secourir les Allemands de Prague « fort nombreux et qui détiennent beaucoup d’églises et de cloîtres. » (Fontes rerum austriac. II Abth., t. 46, 411). Ils étaient tous catholiques.