‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 134 sur 289 · L'ÉVÊQUE DE SANTORIN · texte numérisé non relu

L'ÉVÊQUE DE SANTORIN

Quelles étaient les véritables causes de la résolution de Lucien? Les documents que nous possédons sont trop incomplets pour nous permettre de les déméler. Il ne paraît pas qu'il y eût en lui l’étoffe d’un martyr, ni même celle d’un ambitieux de grande envergure. Les événements suivants nous le montrent médiocre et hésitant, sans influence, perdu au milieu de difficultés qu’il n'avait pas soupconnées. Mais, qu'il eût cédé aux séductions imprudentes d’une fantaisie brouillonne ou aux inspirations d’une âme tendre et d'une piété sincère, que ce fût un aventurier ou qu'il eût entrevu le rôle d’un apôtre, l’arrivée d’un prélat, revêtu des pouvoirs indélébiles de l’épiscopat, était un coup de fortune pour les Utraquistes. Les Catholiques, dont la déconvenue était extrême, se répandirent en récriminations ; Vladislas essaya d’effrayer Lucien ', et la cour de Rome envoya au chapitre de Prague l’ordre de l'arrêter (juillet 1482). Ce n'était pas si aisé. La satisfaction des Utraquistes égalait l’indignation de leurs adversaires. Ils avaient vu en Lucien une sorte d’envoyé de Dieu et dans son arrivée une manifestation miraculeuse de la volonté céleste : dans les villes où il paraissait, il était accueilli au milieu d’un enthousiasme superstitieux. Les chefs du parti jugèrent le moment opportun pour compléter leur. œuvre de 1478. Dès cette époque, quelques villes s'étaient rapprochées, la formation d’une ligue avait été agitée, mais sans aboutir : les négociations furent rouvertes et vivement poursuivies. L'initiative partit de deux villes qui s'étaient toujours distinguées par leur ardeur belliqueuse et leur dévouement

dans une lettre au roi, dit qu'il a été décidé par la conviction que les Tchèques étaient injustement traités, par la bonne impression qu’avaient produite sur lui leurs candidats. Il n'est pas douteux, d'autre part, qu'à la diète de 1478 on avait fait allusion à la possibilité de gagner un évêque italien. Augustin-Lucien eut grand soin d'apporter les documents qui établissaient sa situation. — Sur cet incident important, v. Palatsky, t. V, P. FRE et suiv., et Frind, p. 80.

Sa démarche, répondait-il aux protestations de l’évêque, lui paraissait RSR peu conforme aux traditions. S'il voulait, comme il le prétendait, rétablir la paix entre les deux partis, pourquoi s’était- il tout de suite si nettement prononcé pour l’un d’entre eux ?

192 LIGUE: DE! ZATETS

aux doctrines nouvelles, Zatets ! et Kralové-Hradets ?. La faiblesse relative de leur population, peut-être aussi quelques imprudences et un penchant connu pour les sectes radicales les avaient rejetées au second plan pendant la seconde période des guerres hussites : au moment du péril, elles reprenaient leur rang. Le 15 juin 1482, Zatets forma une ligue avec les villes voisines, Kralové-Hradets l’imita deux jours après, et elles invitèrent les seigneurs et

les chevaliers à se joindre à elles. Les membres de la ligue.

s'engageaient à protéger l'évêque de Santorin et à défendre contre toute attaque leurs privilèges religieux; quelquesuns des plus grands seigneurs et des plus hauts fonction-

naires du royaume adhérèrent à l’Union. Avant cependant

de recourir aux moyens extrêmes, 1ls offrirent encore une fois la paix aux Catholiques, leur demandèrent de renoncer à une politique de provocation qui les exposait à de fâcheuses représailles. Les Catholiques affichèrent une extrême surprise : comment les soupconner de méchants desseins! Que désiraient-1ls? — la concorde, l’union. Quand on les pressa de donner une preuve visible de leur bonne volonté en adhérant aux Compactats, ils se dérobèrent : ils étaient soumis au Saint-Siège et, dans toutes les matières de foi, il leur était interdit de prévenir ou de dépasser ses instructions. Les Utraquistes savaient ce qu'ils voulaient :

les représentants de l’Église romaine n’abdiquaient aucune de leurs prétentions; de plus longues tergiversations auraient été coupables et dangereuses. Vladislas, par entraînement et par imprudence plus encore que par conviction, avait, en quelques années, compromis aussi maladroitement à l’intérieur qu’à l'extérieur les résultats du règne de Podiébrad : les rancunes assoupies étaient réveillées ; deux partis en armes, prêts à s’entredéchirer; l'autorité royale,

1. Zatets (Saatz), sur l'Ohrze (Eger), au nord-ouest de la Bohême, 9000 habitants; elle avait toujours été une des forteresses du parti radical.

2. Kralové-Hradets (Kæniggrætz ou mieux Kœnigingrætz), au confluent de l'Orlitse (Adler) et de l’Elbe, à l’est de la Bohéme, vers la frontière de Silésie : 6000 habitants,

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