‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 135 sur 289 · LES VILLES ROYALES · texte numérisé non relu

LES VILLES ROYALES

annulée par les factions exaspérées, dont aucune n'avait une confiance entière dans le souverain, et dont les chefs se disputaient la direction suprême des affaires publiques. Les forces, dont il n’avait pas su faire usage pour maintenir l'intégrité du territoire, allaient s'épuiser dans de nouvelles dissensions intestines.

Comme en 1448, le sort de la guerre fut décidé, avant même qu'elle eût commencé, par un coup de surprise. II y a quelque exagération à prétendre, comme quelques historiens, que Prague sauva encore une fois à ce moment le Hussitisme : en dépit des progrès et des espérances de la réaction, l'Utraquisme n'était pas encore si affaibli que son salut dépendit d’une seule ville; ce qui est vrai, c’est que la révolution qui rejeta dans le parti calixtin la capitale du royaume, lui assura une supériorité si évidente que les Catholiques renoncèrent aussitôt à leurs projets et ne songèrent plus qu’à sortir aux meilleures conditions possibles d’une lutte mal engagée.

Les villes royales remontent en Bohême à la seconde moitié du x siècle et aux derniers Przémyslides ; leurs premiers habitants furent en général des Allemands que les souverains attirèrent sur leurs domaines pour augmenter leurs revenus et pour se préparer des alliés contre les seigneurs. Les villes dès lors jouissent d’une autonomie très étendue et elles ne relèvent que du roi, sans pouvoir être aliénées ou engagées, ce qui, au moyen âge, est le signe distinctif de la liberté. — Charles IV les protégea, favorisa leur développement, confirma ou étendit leurs privilèges et mérita d’être appelé leur nouveau fondateur. Mais chez lui la générosité était toujours prévoyante et il ne sacrifiait pas à une popularité passagère les intérêts supérieurs de la couronne et du pays. Ces villes, nées de la volonté royale et dans lesquelles les princes avaient en général trouvé de dociles auxiliaires, ne se lasseraient-elles jamais de leur obéissance ? Après avoir été un secours, ne deviendraient-elles pas un danger? Mises en goût d’indépendance, ne contesteraient-elles pas aux souverains les

Page 1