LES LUTTES CONSTITUTIONNELLES EN BOHÊME SOUS LA DYNASTIE DES JAGELLONS
Apaisement des querelles religieuses et prédominance des questions poli-tiques. — I. Triomphe de la noblesse et établissement des institutions oligarchiques. — Affaiblissement de la royauté : les pacta conventa, l’élection des rois, toute-puissance des diètes. La Constitution de 1500. — I. Les Seigneurs et les Chevaliers. — Les nobles et les bourgeois;.traité de S. Venceslas; décadence des villes. — III. Oppression des paysans : le servage ; condition des serfs ; leurs privilèges et leurs souffrances. — Dangers de la situation créée par la victoire de l'aristocratie.
Le traité de Koutna-Hora (1485) ne rétablit pas le calme en Bohême, il changea seulement la nature et l'objet des luttes intérieures. Aux agitations religieuses succèdent les compétitions politiques, les anciens groupes font place à un nouveau classement des partis; il n’est plus question d'Utraquistes et de Catholiques, mais de nobles, de bourgeois et de serfs; on ne dispute plus sur le Calice et la Communion des enfants, mais sur les droits de la diète, la composition et la compétence des conseils, les rapports des diverses castes, les relations des paysans et de leurs seigneurs.
On se dirait vraiment transporté dans un autre pays, tant le changement est complet: les juristes remplacent les théologiens, l’éloquence déserte l’église et se réfugie dans le parlement. Une sorte de dégoût des discussions religieuses s’est emparé de tous. Le répit que la papauté laisse à l'Utraquisme, on n’en use pas; l'Église nationale n’intéresse plus, depuis qu’elle a cessé d’être menacée. On a trop souffert de la conquête de la liberté, on n’a plus de cœur à s’en servir. Les questions ouvertes par le schisme restent pendantes; de temps en temps quelques timides protestations
2e UNE ÈRE NOUVELLE
s'élèvent : le clergé hussite est abandonné sans direction, les cures sont vacantes ; les fidèles, indociles ; n’essaiera-t-on pas de mettre fin à cet état d’anarchie morale? — L'Université est ruinée, sans élèves ; comment lui rendra-t-on son ancienne prospérité ?— Le mouvement humaniste pénètre peu à peu dans tous les pays voisins; ne conviendrait-il pas de lui emprunter certaines idées, qui renouvelleraient la religion nationale, lui rendraient plus d'autorité et d'action? — L’opinion publique se détourne indifférente : le rideau est tombé; qui s'occupe encore de dogme, d'administration ecclésiastique, de progrès moral! Quelques déclarations vagues, quelques bonnes paroles, et l’on passe, emporté par d’autres intérêts.
Cette indifférence, très conforme à la nature de l'esprit humain et qui, si l’on va au fond des choses, n’était que le dernier terme et comme la caricature des théories de Georges de Podiébrad sur la neutralité de l’État en matière de dogme, offrait de graves dangers : on s’en apercçut bientôt. Le mal cependant n’eût pas été sans compensation si l’on avait réussi à résoudre la question constitutionnelle, qui absorbait désormais l’attention. Malheureusement, les luttes politiques furent plus violentes que fécondes, et elles n'aboutirent qu'à une sorte de chaos, dans lequel tous les pouvoirs étaient contestés et tous les droits menacés. C’est une époque décisive pour le développement futur de l’histoire bohème, et elle contient en germes tous les malheurs et toutes les fautes des siècles suivants.
Deux grands faits surtout se dégagent des événements : l’asservissement du peuple et l'effacement de la royauté; le crime de Vladislas fut de n’avoir pas su protéger la masse de la nation contre les usurpations des nobles et de n’avoir