LA COURONNE ÉLECTIVE
comme il était en contradiction manifeste avec les doctrines politiques qui prévalaient, on pensa à transformer la royauté en une présidence viagère. C’eût été le dernier mot de la révolution féodale et le moyen le plus sûr d'empêcher tout retour de fortune. |
En dehors de la logique intime qui pousse les partis à : aller jusqu’au bout de leurs théories, des considérations d'ordre moins général firent de l'élection des rois un des principaux articles du programme oligarchique. Chaque élection était en effet une excellente affaire — pour les électeurs. Les candidats ne manquaient jamais, et, pour distancer leurs compétiteurs, ils n’épargnaient n1 les faveurs ni l’argent. L’avidité, une fois éveillée par ces faciles bénéfices, étouffa sans peine les craintes et les scrupules qu’aurait dû éveiller un système qui érigeait en principe l'incertitude et la corruption, démoralisait la nation et ouvrait la porte à l'influence étrangère.
Les seigneurs tchèques ne réussirent pas sur ce point à faire sanctionner leurs désirs par la loi. Tandis qu’en Pologne les diètes s’arrogèrent régulièrement le droit de disposer de la couronne, en Bohème, les États n’élurent le prince que par occasion et comme par usurpation, mais ils ne dé: sespéraient pas d’emporter les résistances qu’ils rencontraient, et, à plusieurs reprises, ils furent sur le point d’y réussir. Ils parurent, par exemple, avoir cause gagnée quand Vladislas, pour assurer le trône à son fils, reconnut à la diète le droit d’élire le souverain (21 mars 1509). Quelque temps plus tard, pour obtenir la promesse que, si Louis mourait sans enfant, la couronne passerait à sa fille Anpe, il s'engagea à ne la marier qu'avec l’autorisation des États : il est évident que, dans ce cas, l’approbation de la diète était une véritable élection du prince-consort. Les prétentions des nobles étaient si conformes à la logique de la situation et à la vérité des faits, si anciennes aussi, que, pendant tout le premier siècle de la domination des Habsbourgs, malgré l’attitude des souverains et les progrès sensibles du pouvoir central, les diètes n’abandonnèrent jamais