‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 150 sur 289 · LES TIMIDITÉS DE L'OLIGARCHIE · texte numérisé non relu

LES TIMIDITÉS DE L'OLIGARCHIE

formellement leurs projets et ne laissèrent pas prescrire leurs revendications.

-- La principale cause de l'échec relatif des seigneurs sur ce point fut une certaine irrésolution, qui se combine d’une facon singulière avec la plus insolente audace et dont les effets sont très sensibles pendant toute cette période historique. Cette irrésolution elle-même tient à certains traits permanents du caractère tchèque que fortifiaient ici les conditions spéciales de la lutte engagée contre la royauté. Les aristocraties ne sont ni moins ambitieuses ni plus timorées que les démocraties, elles en différent moins par le but qu’elles se proposent que par les procédés qu’elles em- * ploient; tandis que les démocraties, partant ordinairement de principes généraux, se réclament de la raison absolue et font volontiers table rase, les aristocraties, s'appuyant sur les traditions et l’histoire, sont, par définition, respectueuses des précédents; ellesles torturent pour en tirer ce qu’elles veulent, mais, en les tournant, elles les respectent; même dans leurs révolutions, elles ne peuvent pas cesser d’être conservatrices, et leurs revendications perdent de leur force à leurs propres yeux si elles ne sont pas fondées sur l’histoire. En Bohême comme en Hongrie, les insurrections n’ont jamais éclaté que parce que la constitution avait été violée. Ces scrupules intermittents de légalité qui se mêlaient aux plus âpres ambitions, cette timidité qui n’arrêtait pas les empiètements, mais empêchait de les pousser jusqu’au bout, ne furent pas très heureux pour le pays : ils entravèrent l’affermissement d’un régime défini et définitif, qui, quel qu'il fût, eût toujours été moins mauvais que la lutte permanente des pouvoirs. Sur ce pointspécial de l'élection au trône, il était trop certain que, pendant les siècles qui avaient précédé les guerres hussites, la couronne avait régulièrement passé de père en fils, et la Bulle d’or de Charles IV en 134, tout en réservant l'autorité souveraine du peuple, avait maintenu et précisé la coutume de l’hérédité. Les États, génés par ces souvenirs, reculaient devant une proclamation révolutionnaire de leur droit, mais ne désespéraient pas d’ar- 1)

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