L'ANARCHIE
souffrances. Au xve siècle, le peuple tchèqué était encore jeune, flexible : surpris en pleine formation, 1l se fût plié aux influences étrangères et aurait perdu sa personnalité; le rétablissement à main armée du catholicisme eût entraîné l’anéantissement absolu de la nationalité slave en Bohème. L'idéal consiste-t-il dans la suppression des petites nationalités? Une plus grande extension de la race germanique eût-elle été favorable au progrès général? Quelle que soit la réponse que l’on fasse à ces questions, il est certain que la fortune de la race slave en Bohème était indissolublement liée à l'avenir du Hussitisme.
En admettant même que l’échec des précédentes croisades détournâtles papes d’une nouvelle déclaration de guerre, le péril que courait la Bohême, moins immédiat, n’en était pas moins grave. Elle semblait près de tomber en dissolution et de périr par l'anarchie. Les pouvoirs réguliers n’existaient plus ou n'avaient plus aucun crédit. Sous la royauté nominale d'Albert d'Autriche (1437-39), le gendre de Sigismond, le désordre est inouï, et il grandit encore pendant les années qui suivent : les uns acceptent pour roi le fils d'Albert, Ladislas le Posthume, encore à la mamelle et que son oncle, Frédéric III, roi des Romains et chef de la maison d'Autriche, refuse de remettre à ses sujets; d’autres se rallient à un candidat polonais qui les encourage peu et les soutient mal : la majorité des États offre mélancoliquement la couronne aux princes voisins et cherche sans le trouver un souverain capable de la diriger et de la protéger. Les guerres se croisent. Autrichiens contre Polonais, Catholiques contre Utraquistes. Les partis se multiplient et se morcellent : Taborites en face des Calixtins ardents, Utraquistes honteux à côté des Catholiques. Les idées se troublent, les programmes se mêlent ; la décomposition gagne de proche en proche et s'attaque non plus seulement au pays tout entier, mais aux divers groupes. Ni chef ni drapeau. Rokytsana est en fuite; Tabor, en décadence; Prague, courbée sous la domination des séigneurs catholiques. Les tribunaux ne siègent plus. Aucune loi, sinon la volonté