L'UNITÉ NATIONALE MENACÉE
‘du plus fort. Les querelles privées s'ajoutent aux discordes publiques. Le commerce est nul, les champs en jachère : la famine, presque permanente, entraîne les épidémies, et les nobles, à la faveur de l’anarchie, étendent leurs privilèges, soumettentleurs sujets à une domination plus dure et agrandissent leurs domaines.
Comment le sentiment de l'unité nationale n’eût-il pas souffert de cet ordre de choses ? — Dans le mouvement hussite, l’idée slave et l’idée de réforme religieuse avaient toujours été étroitement liées, et les Allemands détestaient moins peut-être dans les Calixtins des hérétiques que les fondateurs d’un état soustrait à l'influence germanique. Par un bizarre enchaînement'des circonstances, la révolution aboutissait maintenant à la dislocation du royaume. Non seulement les provinces lointaines que n’avait jamais réunies à la Bohême un lien bien intime, échappaient à son influence, mais celles que la géographie, l’ethnographie et l'histoire rattachaient plus sérieusement à la couronne, les deux Lusaces, la Silésie, la Moravie même, fidèles au catholicisme ou moins atteintes par les idées nouvelles, reprenaient peu à peu leur indépendance. Pour certains de ces pays, la scission est irréparable : depuis lors, l'union dela Silésie et de la Bohême ne sera plus que fictive, la Réforme allemande même n’effacera pas complètement les anciennes divisions ; au moment où les protestants de Silésie et de Bohème sont menacés par les mêmes ennemis, la défiance de race subsiste et paralyse leur résistance *. |
Menace plus grave, en Bohème même, en dépit des conditions géographiques si favorables à l’unité et dés traditions si puissantes, les symptômes de dissolution nationale sont évidents. L'exemple de l'Allemagne morcelée est contagieux. La royauté supprimée de fait, les seigneurs les plus influents songent à se tailler des principautés à peu près indépendantes ; dans le sud déjà, Ulrich de Rosenberg, proprié-
1. V. sur les disposit'ons de la Silésie le très beau livre de M. Grünhagen
Gesch. Schlesiens, 1‘ vol. Gotha, 1884, en partic. p. 258 et sq. M. Grünhagen fait preuve, en général, d’un sérieux et louable effort d'impartialité.