RUINE DU POUVOIR ROYAL
sance à tenir ses engagements et perd toute popularité en exigeant du pays de lourds et inutiles sacrifices. A une époque où les armées permanentes ont partout
remplacé les milices féodales, le roi de Bohême n’a d’autres
troupes que celles dela levée en masse, et il ne peut ordonner cette levée qu'après avis de la diète ou lorsque le pays est envahi. En fait, sinon en droit, la direction de la politique extérieure revient aux États, qui seuls disposent des soldats et de l’argent. — Dans la plupart des autres pays, l’administration monarchique s'organise, soumet peu à peu à sa haute surveillance les intérêts individuels et accroît son autorité en multipliant ses services : en Bohême, elle n’est pas même en voie de formation; les capitaines de cercles, qui seuls représentent dans les provinces l’action du prince, ne sont pas permanents; lorsqu'on en trouve, ils sont souvent élus par les nobles, toujours choisis parmi eux; quelquefois, leurs charges sont héréditaires : jusqu’à quel point le roi peut compter sur leur soumission et leur dévouement, on le devine.
L'administration centrale échappe presque complètement à l’action du souverain. Le Grand Conseil n’est plus qu’une délégation de la diète; la constitution règle la répartition des principales fonctions entre les diverses classes de la noblesse, c'est-à-dire que le roi est tenu de choisir exclusivement ses ministres parmi ses adversaires naturels. Une
stricte hiérarchie a été établie entre les hauts fonctionnaires,
et personne ne peut s'élever à une charge supérieure qu’après avoir passé par les degrés inférieurs. Les grands dignitaires sont nommés sur la proposition de la diète ou du Conseil, et les États contestent au roi le droit de les déposer. Comme leur nom même l'indique, ils sont les représentants du pays, et non les serviteurs du pouvoir, prêtent serment à la constitution : leur tâche est de surveiller et de limiter l’action du prince, non de la réaliser. A côté de cette administration nationale, l’administration royale, spécialement organisée pour régir les domaines immédiats de la Couronne, aurait pu, comme cela se