L'INTERRÈGNE
taire d'immenses domaines, tranche du souverain, a ses ambassadeurs, entretient soigneusement l'anarchie dont profite son ambition. Le péril est d'autant plus sérieux que ces convoitises féodales trouveront un appui intéressé chez les princes allemands voisins, heureux de laffaiblissement d’un royaume redouté. Ils comptent bien d’ailleurs avoir part à la curée. Déjà l'invasion étrangère a commencé, lente, insidieuse, vers le nord, par la Saxe qui met la main un à un sur les châteaux et les villes de l’Elbe et de la frontière de Misnie, au sud par la Bavière. Les incursions des croisés, les razzias des bandes indisciplinées qui, sous prétexte de religion, rançconnent les populations limitrophes, entretiennent une agitation perpétuelle, grosse de complications. L'opinion, absorbée par les querelles de partis, fait abstraction des questions générales ; des confédérations particulières se forment, les factions se constituent géographiquement, et chacune d'elles exerce une sorte de souveraineté dans les régions où elle est en majorité. Quelle résistance offrira à la conquête ou à l’infiltration germanique un pays ainsi isolé, séparé de ses alliés naturels, divisé contre . lui-même, perdu dans des luttes inexpiables ?
La Bohême sortit victorieuse de cette crise redoutable parce qu'elle eut le bonheur de trouver un chef de premier ordre dans Georges de Podiébrad. Assez modéré pour contenir les passions, assez résolu pour ne pas reculer devant une lutte inégale, politique assez avisé et assez vaillant soldat pour en sortir à sa gloire, son génie et son dévouement sauvèrent le pays d’une défaite qui semblait inévitable et dont les suites auraient probablement été mortelles. Les Tchèques ont voué à la mémoire du grand chef utraquiste une sorte de culte : quand on s’est bien pénétré de la situation, on ne trouve pas que leur reconnaissance dépasse ses services.
Les années qui suivirent la mort de Sigismond montrèrent clairement la gravité du péril. Albert d'Autriche était mort (1439), sans avoir recueilli réellement la succession que lui avait ménagée son beau-père. D’après le