À 28 L'INTERRÈGNE
droit public bohème, son fils, Ladislas le Posthume, héritait de la couronne, maïs n’entrait en possession du pouvoir que sous certaines conditions ; la royauté tchèque n'était pas en effet purement héréditaire : le roi n'exerçait les droits qu’il tenait de sa naissance qu'’après avoir été reconnu par la diète. Les Calixtins présentérent à Ladislas, ou plutôt à son tuteur, l’empereur Fré-
déric [IT, comme condition de sa proclamation, une double
requête : les Compactats seraient confirmés et le jeune roi élevé en Bohème. Ils n’obtinrent que des promesses vagues et insuffisantes. Les chefs catholiques, titulaires des principales charges que leur avaient confiées Sigismond, travailaient sous main à prolonger l’interrègne qui servait à la fois leurs convoitises politiques et leurs haines religieuses. Malgré leur affectation de loyalisme, leur zèle pour la royauté n'était ni plus sincère ni moins égoïste que le dévouement à l’Église dont ils faisaient profession ; ils détenaient, plus ou moins légalement, la plus grande partie des biens domaniaux et ecclésiastiques, et leur principal souci était de mettre leurs usurpations à l'abri de toute revendication. Leur chef, Ulrich de Rosenberg, qui prenait de plus en plus les allures d’un prince souverain, déployait toutes les ressources de sa politique pour prolonger l’anarchie qui facilitait ses desseins ; il pêchait en eau trouble, et ses machinations sans scrupules étaient favorisées par l’inertie calculée de Frédéric III. Les Utraquistes étaient fort découragés. Prague, leur capitale et leur forteresse, languissait sous la domination de Menhart de Hradets qui n’attendait qu’un prétexte pour abandonner publiquement la Réforme qu'il avait déjà abjurée de cœur. Les Hussites disposaient sans doute encore d’une importante majorité parmi la population, mais leur scission en diverses factions, très acharnées les unes contre les autres, paralysait la supériorité de leurs forces.
Fatigués des diètes qui ne décidaient rien et des négociations qui n’aboutissaient pas, les Tchèques, désespérant de
constituer une administration centrale, voulurent du moins
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PTATCHEK DE PIRKSTEIN 29
apporter un remède partiel aux maux dont souffrait le pays en organisant une administration provinciale. Les diètes des divers cercles se réunirent et élurent des capitaines de districts, chargés de maintenir la paix publique. Les quatre cercles de la Bohême orientale, de tout temps les plus dévoués au Calice, se réunirent, formèrent une confédération et élurent un chef commun, Ptatchek de Pirkstein (1440). Nous le connaissons mal; il semble avoir possédé des qualités remarquables, mais peut-être lui manquait-1l un peu de cette étendue d'esprit et surtout de cette énergie et de cette décision qui font seules les grands chefs de parti et qui étaient alors nécessaires à la Bohême. Peut-être aussi le temps seul lui fit-1l défaut. Quand il mourut, en 1444, les Tchèques n’avaient encore ni roi ni gouvernement, mais des progrès sérieux avaient déjà été réalisés, et Ptatchek laissait à son successeur une situation beaucoup plus claire et de précieux éléments d’action.
Il avait compris qu’il importait avant tout de reconstituer le parti utraquiste et 1} s’y était consacré tout entier. A la diète de Tchaslav (1441), les provinces soumises à Ptatchek avaient de nouveau proclamé Rokytsana administrateur général du clergé Réformé, et leur exemple avait été bientôt suivi par le gros du parti calixtin. Peu de temps après, le synode de Koutna-Hora(Kuttenberg), auquel assistaient environ trois cents prêtres, fixait le credo et la discipline de l'Église utraquiste. Les modérés, satisfaits des preuves de bonne volonté que leur donnaient les ardents, très mécontents d’ailleurs des empiétements des Catholiques, se rapprochaient de la majorité réformiste, et la réconciliation sincère de leur chef le plus influent, Jean de Prjibram, avec Rokytsana, — Miélnik 1442 —, enlevait à la réaction une de ses meilleures chances. L'œuvre de concentration se poursuivit à la diète de Prague (1444) qui condamna solennellement les doctrines taborites ; les prêtres les plus avancés du groupe refusèrent, il est vrai, d'accepter cette condamnation, mais ils ne réussirent pas à maintenir leurs fidèles ; un mouvement continu de désertion diminua rapidement
30 PODIÉBRAD. — SES ORIGINES
leur parti et prépara la perte de la fraction radicale dans l'armée utraquiste. Ainsi se trouvèrent peu à peu réparées les conséquences les plus dangereuses des négociations avec l'Église; en face de l'ennemi parut de nouveau, au lieu d’un parti hésitant et divisé, un peuple uni et confiant.
Malheureusement les progrès accomplis, très réels, n’avalent qu'un caractère provisoire; obtenus par Ptatchek, ils dépendaient de lui, etsa mort pouvait tout remettre en. question. Toutes les causes de discorde et de faiblesse subsistaient, voilées plutôt que supprimées. L'œuvre, à peine ébauchée par Ptatchek, fut continuée et accomplie par Georges de Podiébrad.
Dans le district de Tchaslav, sur la rive droite de l’Elbe, s'élève un gros bourg, Podiébrady, qui compte environ trois mille cinq cents habitants. La principale curiosité de cette petite ville est un vaste château, entouré d’un fossé profond, quise dresse sur le côté méridional de la grande place. C'est un édifice fort imposant, avec quelques parties bien conservées ; on y montre aux voyageurs la chambre où naquit, le jour de la saint Georges 1420, le grand roi hussite. |
Les domaines des seigneurs de Kunstatt et de Podiébrad n'étaient pas très étendus et leur influence était bornée, mais ils avaient d’illustres alliances. La sœur de la mère de Georges avait épousé Ulrich de Rosenberg; la sœur de sa grand-mère était la mère de Menhart de Hradets. De toutes les familles seigneuriales tchèques aucune n'avait donné plus de gages à la Réforme; le grand-père de Georges avait protesté dès 1415 contre la condamnation de Hus, et son père, Botchek de Kunstatt, servait dans l’armée qui repoussa la première invasion de Sigismond. Une légende, trop piquante pour ne pas être suspecte, fait de Zizka Île parrain de Georges; il est certain du moins que Botchek resta jusqu’au dernier jour l’ami très intime du terrible chef de bandes. Il combattit les Taborites à Lipan, et Georges y fit ses premières armes à ses côtés : il avait alors quatorze ans. Quatre ans plus tard (1438), il prenait une part active
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