PHILIPPE DE NOVAVILLA
graves que celles qui lui venaient du dehors. Le temps n’apportait aucune modification favorable, — au contraire: pas de discipline, pas d'administration régulière, surtout pas de prêtres. Comment combler les vides qui se produisaient, pourvoir les paroisses de curés canoniquement institués? Les Tchèques avaient de temps en temps des aubaines
imprévues : on se rappelle la joie avec laquelle ils avaient
appris l’arrivée de l’évêque de Santorin (1482); une ving-
taine d'années plus tard, un vieillard, touché par les
plaintes et les prières des Bohêmes, consentit à se mettre à leur service, Philippe de Novavilla, évêque de Sidon :n partibus ; il fut accueilli à Prague avec des transports d’allégresse. Effusions sans lendemain. A peine installés; les évêques d'occasion s’inquiétaient des divergences de coutumes et de rites, prenaient au sérieux leurs fonctions et essayaient de.plier à la règle le clergé, depuis longtemps déshabitué de tout frein : de là des tiraillements, des scandales, une mauvaise humeur réciproque. Augustin Lucien n’était pas en Bohême depuis un an qu'il se repentait de son coup de tête, implorait la Curie, sollicitait son pardon; les Tchèques ne le retinrent qu'à grand peine, presque de force, et la confiance ne revint dns entre le pasteur et ses ouaïlles *. ; | | Philippe de Novavilla fut ds malheureux encore : dans le premier élan de gratitude, on lui avait remis la haute direction de l'Église nationale, et Vladislas l'avait même reconnu comme évêque bohème et président du Consistoire utraquiste. La bonne entente ne fut pas longue : les Hussites entendaient le réduire au rôle « d’ordonnateur » automatique ?, protestaient contre toute ingérence dans les questions de discipline et de culte, discutaient au lieu d’obéir.
1. Les puritains de Prague avaient été choqués des libres habitudes des prêtres italiens. Augustin Lucien mourut en 1403.
2, L'unique désir des Utraquistes était d’assurer l'institution canonique, de manière à maintenir le lien mystique qui rattache les prêtres aux apôtres. Nous verrons le rôle que joue encore cette préoccupation de l’unité et de la continuité de l'Église chez les Frères bohèmes, si libres d'esprit co dant.
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Les excommunications et les interdits les indignaient : que l’on frappât ainsi des Allemands et des Italiens, soit; mais des disciples de Hus, des représentants de la vérité! Les maitres qui dirigeaient le Consistoire avant la venue de Philippe, supportaient avec impatience la déchéance à laquelle ils avaient consenti, en même temps que leur orthodoxie étroite s'effrayait des quelques modifications que
l’évêque s’efforcait d'introduire : un parti d'opposition se
forma autour de Koranda, de Paul de Zatets et de quelques autres membres de l’Université; la population de Prague se prononcça pour eux. En 1505, le Consistoire reprit toute son indépendance : Philippe suspendit les ordinations. Ses adversaires l’atteignirent dans ses partisans. Le vicaire du curé du Tyn était soumis à l’évêque: le juge de Prague le fit arrêter en compagnie d’une femme suspecte, promener avec elle dans toute la ville et jeter en prison. Philippe de Novavilla suspendit le service divin pendant trois jours on n’entendit même pas le son d’une cloche; mais cette mesure d'énergie acheva d’exaspérer ses adversaires : Vous n’avez aucune autorité sur nous, criaiton aux prêtres, vous êtes payés pour faire un travail, et vous n'avez pas le droit de vous y dérober. Les maîtres de l'Université et les magistrats de Prague ordonnèrent qu'on ne tint aucun compte de l'interdit !. Philippe annonca qu'il quitterait le royaume : on le lui défendit. « [Il souffre avec nous l'injustice et la méchanceté humaines, écrit un de ses partisans, pleure et se lamente sans cesse, et c’est une chose triste que la vue des chagrins de ce vieillard ? ». Il réussit enfin à sortir de Prague, mais les honneurs qu'il reçut à Tabor n'effacèrent pas le souvenir des avanies qu'il avait subies. Le séjour en Bohême lui était désormais odieux ; il s'enfuit de nuit, déguisé; on le rattrapa. La mort le délivra enfin (1507). La lecon servit, et depuis lors aucun évéque étranger ne céda à la tentation d'offrir ses services à l'hérésie.