PÉNURIE DE PRÊTRES
Les candidats utraquistes recommencèrent leur lamentable odyssée à la recherche de l’ordination, surprenant la bonne foi des évêques, sollicitant leur pitié ou achetant
leur complaisance. Chaque année, les difficultés augmen-
taient, les interdictions de la cour pontificale étaient plus sévères et mieux obéies. Avertis de la véritable situation, les prélats qui avaient été trompés une fois, se tenaient sur leurs gardes; les simoniaques haussaient leur prix, et leurs
exigences. dépassaient souvent les pauvres ressources du.
Consistoire : ils imposaient aux candidats les plus honteux compromis, les forçaient d'acheter leur consécration par un faux serment. Ceux-ci devaient leur promettre de ne pas distribuer le calice, puis demandaient au Consistoire de leur pardonner leur faute '. Triste prélude pour entrer au service de Dieu qu’une double apostasie!
Aussi, quels étaient les hommes qui se soumettaient à ces humiliations! Les meilleurs n'avaient aucune instruction et ne connaissaient même pas les rites du culte, favorisaient la superstition, propageaient, sans s’en douter, par ignorance, les doctrines les plus contestables. Beaucoup étaient des gens sans aveu, quelquefois des criminels qui fuyaient une condamnation ; ils négligeaient tous leurs devoirs et donnaient à leurs paroissiens les plus déplorables exemples. Bien que l’on accueillit à peu près au hasard tous ceux qui se présentaient, un grand nombre de cures restaient vacantes; presque tous les prêtres avaient deux ou trois paroisses à gouverner, beaucoup cinq ou six.
La médiocrité intellectuelleet morale du clergé lui enlevait toute dignité et toute indépendance. Le droit de patronage
1. Rétractation des prêtres devant le Consistoire utraquiste (1500) : « Nous nous accusons devant le Seigneur tout puissant, nous avons péché contre Dieu et contre cette sainte Eglise utraquiste, en prêtant en Italie, devant l’évêque qui nous a consacrés prêtres, un serment impie et sacrilège; nous avons, en vertu de cette promesse et contre l’ordre de Jésus-Christ, reçu la communion sous une seule espèce. Ce péché, nous nous en accusons devant Dieu, devant son Eglise et vous qui la représentez, afin que vous priiez pour nous, que Dieu nous pardonne et nous reçoive comme ses serviteurs. » — Borovy, die Utraquisten in Bæhmen, dans les Archiv für æœsterr. Gesch., XXXVI, p. 264. :